COMITE VALMY

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Envisager aujourd’hui un avenir digne et librement choisi

jeudi 8 décembre 2011, par Comité Valmy


Le texte ci-dessous, que les auteurs du livre ont ajouté au document, est conçu comme orientation du lecteur, il s’adresse à de Gaulle lui-même pour ainsi rappeler la situation historique dans laquelle ce dernier a rédigé le document. ">

10 janvier 1942 : la veille vous avez inspecté les Forces françaises navales libres à Liverpool. C’est grâce à elles que Saint-Pierre-et-Miquelon s’est rallié à la France Libre quinze jours plus tôt. Vous avez compris que pour développer et maintenir son rang, la France doit être présente sur tous les fronts et ne rien concéder ni à ses amis ni à ses alliés. Contrairement aux Etats-Unis, qui vont attendre encore cinq mois pour le faire, l’Union soviétique a reconnu le Comité national français qui gouverne la France Libre, deux jours après sa création. Le régime institué par Staline ne vous a jamais plu, mais il faut gagner la guerre contre Hitler tout en équilibrant les alliances de la France Libre. C’est la raison pour laquelle vous engagez les Forces françaises libres au pays des Soviets. Dans dix jours vous exalterez la solidarité franco-soviétique sur les antennes de Radio Londres. A la fin du mois de février, les pilotes de la France Libre combattront sur le front russe contre les troupes allemandes.

Envisager aujourd’hui un avenir digne et librement choisi

Les messages secrets du général de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale – une attitude loyale entre tous les blocs

par Tobias Salander

Annonçons la nouvelle parution du livre de Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier intitulé : « Les Messages secrets du général de Gaulle. Londres 1940–1942 ». Pour la première fois, sous forme de fac-similés ou de documents transcrits, les messages secrets du général de Gaulle à ses généraux résidant dans l’ancien empire colonial français, sont mis à disposition du public intéressé. Alors que sa patrie vaincue par la Wehrmacht était abattue, Charles de Gaulle organisait depuis Londres la résistance de la « France libre » au Proche-Orient et en Afrique du Nord. La plupart des messages furent écrits à la main par De Gaulle, puis codés et télégraphiés aux commandants.

Les textes furent gardés par sa secrétaire durant plus de 70 ans, avant d’être redécouverts par Gérard Lhéritier et rachetés par le Musée des lettres et manuscrits. Les documents sont un témoignage éloquent du fait que durant la Seconde Guerre mondiale, le sort de la France se décida pour la plus grande partie dans les pays qui aujourd’hui sont sur toutes les lèvres sous le vocable de « printemps arabe ». Ce qu’il convient aussi de souligner, c’est qu’il s’agissait de 70% d’indigènes qui combattaient contre la Wehrmacht, en Tunisie, au Maroc, en Algérie, au Sénégal, en Syrie et en Libye sous les ordres d’officiers et de généraux français pour la « France libre ».

En lisant ces documents, on découvre le portrait impressionnant d’un homme plein de détermination qui, dans une situation pratiquement sans issue, était prêt à tout donner pour la liberté et l’indépendance de sa patrie. Sa volonté inflexible, sa droiture et sa fermeté, son courage et son esprit combatif forcent le plus grand respect chez nous qui sommes nés depuis. En particulier à une époque de crises, dans un monde qui peut à tout moment être précipité dans l’abyme si les marchés financiers voulaient l’y forcer – et si les citoyens ne s’y opposent pas énergiquement. A l’époque présente où le projet de l’UE est sur le banc d’essai, il peut soit continuer à se développer en direction du centralisme et d’un éloignement absolutiste et féodal du citoyen ou au contraire s’orienter vers le modèle d’une Europe des patries souveraines, amicalement reliées entre elles. Les messages du combattant d’avant-garde pour une Europe des patries sont inestimables puisqu’elles nous redonnent intérieurement courage et nous encouragent à braver tous les dangers et à franchir la crise avec dignité – sans vendre notre liberté pour un plat de lentilles.

De Gaulle se trouva confronté au problème délicat de chercher des alliés mais sans se livrer à eux. Le texte descriptif des documents de Guéno et Lhéritier décrit comme suit la situation dans laquelle se trouvait De Gaulle : dès 1941–42, Washington prévoyait, une fois la Wehrmacht vaincue, d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés y aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre la monnaie et aurait soumis les Français à l’« American Way of Life » et à l’économie américaine.

Guéno et l’Héritier soulignent ensuite que ce fut là la raison pour laquelle les Etats-Unis pratiquèrent à la fois une forme d’obstruction soutenue contre De Gaulle – surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance – et une certaine complaisance envers Vichy. Selon les deux auteurs français, le régime de Vichy, en tant que gouvernement de marionnettes des nazis, présentait aux yeux de Washington le mérite d’être plus manipulable qu’un gouvernement à forte assise démocratique et populaire. En d’autres termes, les Etats-Unis auraient préféré un « Vichy » américain « sans Vichy ». Et cela aurait aussi obtenu le soutien des élites françaises ultralibérales, qui s’accrochaient aux privilèges qui avaient été menacés par le gouvernement du Front populaire pendant l’entre-deux-guerres.

De Gaulle devait donc maîtriser une situation extrêmement complexe : bien qu’avec les Etats-Unis, mais sans être accaparé par l’hégémonie occidentale, il devait sortir vainqueur du combat contre la Wehrmacht. Les documents produits ci-contre montrent de façon parlante et claire qu’il prit aussi contact avec l’autre partenaire de ce qu’on appela plus tard la Strange Alliance entre les USA et l’Union soviétique de Staline, au sein de laquelle la future guerre froide rougeoyait déjà. De Gaulle voyait très clairement – et Jean-Rodolphe von Salis a également fait ressortir cela (cf. Horizons et débats no 41 du 17/10/11) – que pour l’espace eurasiatique, le peuple russe était le partenaire idéal de l’Europe. Précisément parce qu’au-delà des idéologies et des systèmes justement dominants ce sont des réflexions géopolitiques qui déterminent constamment la politique des peuples. C’est un point que déjà Mackinder et plus tard Zbigniev Brzezinski soulignaient, bien que, à la différence de De Gaulle, avec une pointe acérée contre le peuple russe. De Gaulle n’avait aucune peur des contacts avec l’Union soviétique, ce qui est prouvé par le message reproduit ci-contre. Au-delà de l’idéologie et de l’appareil de puissance, De Gaulle voyait toujours les hommes comme des frères et des prochains. D’où découle sa profonde consternation face aux bombardements des villes de l’Allemagne méridionale – à la grande différence des politiciens et idéologues anglo-saxons, qui en raison de leur discutable théorie du « gène Wotan », ne voyaient les Allemands que comme une masse et poursuivaient une politique de la dureté.

On souhaite une large diffusion à ce livre soigneusement illustré et volontiers aussi une prochaine traduction dans d’autres langues, pour que les Européens d’aujourd’hui puissent se libérer d’éventuelles inhibitions en ce qui concerne notre grand voisin de l’Est. De Gaulle nous a montré que les Européens savent au mieux régler leurs propres affaires eux-mêmes, sans qu’une superpuissance transatlantique s’en mêle. Une puissance qui se trouve elle-même placée devant des montagnes de problèmes et qui devrait engager toute sa force pour accorder à ses propres citoyens une existence digne de l’homme. C’est un vrai travail d’Hercule qui nécessiterait un engagement total, quand on sait qu’actuellement près de 50 millions de citoyens américains dépendent de cartes de rationnement de denrées alimentaires.

De Gaulle proposa une Europe des patries – pourquoi ne pas y revenir de nouveau à présent ? Et proposer en plus un monde des patries, au lieu d’un gouvernement mondial dominé par une petite élite anglo-saxonne ? •

1942 : Les réflexions géopolitiques priment sur l’idéologie et le système actuel au pouvoir

10 janvier 1942 - Au Gal Catroux

Pour le cas où l’offensive alliée en Libye ne pourrait avoir de suites en Afrique du Nord français et à supposer que l’ennemi ne passerait pas prochainement à l’offensive en Orient, j’envisage l’envoi en Russie du Sud à partir du quinze mars d’une force française importante. Cette force prendrait part aux opérations alliées prévues pour le printemps sur ce théâtre d’opération. Le Comité National s’est mis d’accord à ce sujet avec le Gouvernement des Soviets lequel est extrêmement désireux d’obtenir notre participation. L’importance politique et militaire de notre action en Europe orientale ne vous échappera certainement pas.

D’autre part, le gouvernement britannique a donné son accord de principe pour autant que l’affaire le concerne. Le corps expéditionnaire français en Russie comprendrait :

a) Une Division légère composée de un Groupe de Reconnaissance, trois ou quatre Bataillons d’Infanterie dont un européen et un nord africain, un groupe d’artillerie à deux Batteries, un détachement du Génie, un détachement de transmissions, des services, le tout aussi mécanisé et motorisé que possible. Cette Division légère serait celle qui se trouve actuellement stationnée en Syrie et au Liban.

b) Un détachement de quarante pilotes de chasse français fournis par les forces aériennes actuellement en Angleterre.

Les éléments fournis par les troupes sous vos ordres feraient mouvement par Tabriz à partir du quinze mars. En vue de maintenir dans les Etats du Levant un noyau suffisant de troupes françaises après le départ de la deuxième Division légère, j’ai décidé l’envoi immédiat en Orient de deux bons Bataillons Sénégalais et d’une Batterie prélevés sur les forces de l’Afrique française libre, sans préjudice des effectifs sénégalais que vous avez demandés pour les remplacements. Je compte en outre pouvoir vous envoyer d’Angleterre à partir du premier mars un détachement de deux cents spécialistes motocyclistes, transmissions, chars, artillerie, bien instruits et encadrés ainsi qu’une vingtaine d’aspirants.

Je vous serais obligé de me faire connaître dans le plus bref délai possible votre avis d’ensemble sur tout cela. Il est naturellement évident que la question demandera ensuite un travail approfondi par votre état-major.

Général de Gaulle

Source : http://www.horizons-et-debats.ch/index.php ?id=3015

5 décembre 2011


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