COMITE VALMY

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Nouveau coup de semonce de l’Europe contre le monde du vin
Guénaël LEMOUEE

samedi 31 décembre 2011, par Comité Valmy


Pour Olivier Nasles, pas de doute : en libéralisant le droit de planter, l’Europe remet en cause toute l’orgnisation et l’équilibre économque de la filière viticole. Photo Serge Mercier

Après le projet de coupage de rosé, l’Union veut déréglementer la plantation des vignobles. En pays d’Aix, les acteurs de la viticulture entendent rester vigilants

Il a beau se creuser le ciboulot, tourner le problème dans tous les sens, Jean-Michel Escoffier ne comprend pas l’intérêt du dernier projet européen en matière de viticulture. "C’est quoi leur idée de libéraliser la plantation des vignes ? De refaire du quantitatif, de revenir au bon temps des années 70 et du Margnat village ?"

Le propriétaire du domaine aixois de Château L’Évesque, comme nombre de ses collègues, ne décolère pas depuis qu’il a eu vent d’une décision du conseil des ministres de l’Agriculture des vingt-sept pays membres de l’Union européenne : ouvrir totalement les droits à planter de la vigne à vin, un secteur très strictement réglementé et contingenté jusqu’à présent (lire ci-dessous). Après le projet européen - abandonné depuis - de permettre la mise sur le marché de rosé de coupage (mélange de blanc et de rouge), voilà donc le vignoble français lancé dans une nouvelle croisade contre l’Union européenne. "Pour le rosé coupé, on avait bien compris que l’idée, c’était d’écluser les excédents de blanc espagnol, mais là, c’est quoi le projet ? Que les Tchèques se mettent à faire du vin en masse ?", s’interroge Jean-Michel Escoffier.

Olivier Sumeire, président de l’association des côtes de provence sainte-victoire, en vient presque à se demander si ce n’est pas "de la pure idéologie : l’Europe a vu un marché réglementé, ce qui ne lui plaît jamais et a décidé de tout déréguler au nom du libéralisme sans se poser plus de question". On ne peut pourtant pas vraiment accuser le propriétaire des Châteaux Sumeire d’être un gauchiste radical. Mais c’est désormais clairement un vigneron "dans une rage noire".

"Un lobbying forcené"

La décision de libéraliser les plantations émane du Conseil de l’Union, où siègent donc les ministres des vingt-sept pays membres et qui prend ses décisions à la majorité qualifiée (pondérée par rapport à la population de chaque pays). "Parmi ces vingt-sept pays, une minorité sont des pays viticoles mais c’est pourtant ce conseil qui décide de notre avenir, sans rien connaître à la viticulture, voire en s’en foutant totalement !", tempête Olivier Sumeire. Résultat, d’une crise à l’autre, les vignerons doivent se mobiliser après coup "pour se lancer dans un lobbying forcené" auprès des politiques et tenter d’éteindre l’incendie en attendant le prochain foyer…

Mais au fait, est-ce si grave de permettre à chacun de planter de la vigne à vin là où il le désire ? "C’est potentiellement dramatique pour la filière !", affirme Olivier Sumeire, qui prend l’exemple qu’il connaît le mieux, celui de sa propre AOC. Les côtes de provence s’étendent aujourd’hui sur un territoire de quelque 60 000 ha, dont 20 000 sont consacrés aux cépages. Le reste est occupé par du bâti (en minorité), de la polyculture, des bois et des friches. "Si tout à coup, vous vous mettez à planter de la vigne jour et nuit sur la majeure partie des 40 000 ha disponibles dans l’appellation, vous allez faire exploser la production", explique le vigneron. Les prix ne tarderont pas à suivre la pente inverse des hectolitres, "et en quelques années, on est tous à terre et vous livrez tout le vignoble aux grands groupes et à leur viticulture industrielle".

Le scénario est-il catastrophiste ? Pas tant que ça, si on jette un oeil du côté d’appellations atlantiques comme le muscadet ou le bordeaux, qui, à force d’étendre leur zone d’AOC et donc leur production, ont vu les cours de leurs vins s’effondrer et les viticulteurs boire le bouillon. "Le premier enjeu, derrière la réglementation des droits à plantation, c’est évidemment la régulation du marché et des cours", confirme Olivier Nasles, viticulteur et oenologue aixois.

"L’enjeu, c’est la régulation du marché"

Mais il existe aussi une seconde conséquence à l’ouverture des droits, qui bouleverserait, de manière indirecte, l’économie de la filière. "Cette bataille cache aussi un enjeu patrimonial fort dans certains vignobles", considère Olivier Nasles. À l’image des licences de taxis, qui n’acquièrent leur valeur marchande que parce qu’elles sont limitées par un numerus clausus, le prix des arpents de vignes dans les AOC les plus huppées est largement soutenu par la rareté des extensions de vignoble.

Avec l’actuel système, les 4 000 ha de coteaux d’aix croissent ainsi, bon an mal an, de 0,5 % par an. Libéraliser totalement le système, laissez planter des vignes dans toutes les terres agricoles disponibles et "vous verrez le prix de l’hectare de vigne s’effondrer", pronostique Olivier Nasles. Et le patrimoine potentiel de celui qui avait acheté son domaine sous l’actuel régime de droits à plantation fondre comme neige au soleil dès que la dérégulation entrera en action.

Pour l’oenologue aixois, qui estime que l’UE pourrait finalement faire marche arrière sur les droits à plantation, il existe aussi un plan B pour les viticulteurs des régions vinicoles historiques : s’appuyer sur le cahier des charges des AOC (environ 50 % de la production française) "et négocier que, quoi qu’il arrive, les appellations gardent la gestion de leur potentiel de production". Et donc de leurs hectares de vignes.

Alléluia, voilà les vignerons du cru sur la même ligne que le commissaire européen à l’agriculture, le Roumain Dacian Cioloç qui, en juin dernier, précisait à des parlementaires italiens que "les appellations d’origine protégée (...…) sont régies par des cahiers des charges qui détaillent toutes les qualités et caractéristiques des terroirs à protéger. Tous ces critères et conditions (...…) devraient contribuer à la préservation de notre viticulture régionale". Une viticulture régionale qui se demande surtout l’intérêt "de casser un système qui fonctionne par un autre dont on ne sait s’il fonctionnera", commente Olivier Nasles.

Guénaël LEMOUEE

lundi 26 décembre 2011

http://www.laprovence.com/article/a-la-une/nouveau-coup-de-semonce-de-leurope-contre-le-monde-du-vin


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