COMITE VALMY

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Les origines de la mondialisation financière - 1880-1913
L’Europe de 2012 nous ramène au XIXe siècle

samedi 21 janvier 2012, par Comité Valmy


La zone euro semble sur le point d’exploser, comme si elle ne pourrait résister au grand écart entre d’une part, les vertueuses fourmis anglo saxonnes, teutonnes ou scandinaves et, d’autre part, les légères et dispendieuses cigales latines. Il est frappant de constater les similitudes entre la situation actuelle avec celle de la fin du XIXe siècle, quand la mondialisation financière passait par la fin du bimétallisme au profit de l’imposition par la finance internationale du seul étalon or.

Déjà, au XIXe siècle, la mise en place d’un système financier global, l’endettement des états au profit des banques participaient à imposer le capitalisme le plus sauvage aux mépris des frontières et des souverainetés. Déjà, le racialisme exacerbait les clivages entre les créanciers germains et les débiteurs latins.

Ce rappel historique est riche d’enseignement, au moment où la finance globale s’affranchit de toute règle. Pour les peuples et les entrepreneurs de l’économie réelle, la juste réponse à cette agression est le rétablissement du Droit basé sur les principes de souveraineté des nations et de liberté des peuples.

En tirant la leçon de l’Histoire, il est encore possible d’éviter la funeste tragédie guerrière qui a déjà conclu la première mondialisation. En premier lieu, il faut regarder la réalité en face et constater les méfaits causés par les monnaies communes ou uniques, la nocivité des organismes supranationaux comme le FMI. Le rétablissement du droit de battre monnaie doit être affirmé comme un préalable à l’organisation d’un monde néo westphalien plaçant la paix et l’épanouissement humain au dessus de la spéculation financière.


Extrait de l’ouvrage :

« Les origines de la mondialisation financière - 1880-1913 »

 [1]

La montée du nationalisme après 1873 a favorisé la multiplication de thèses reliant la « race » ou la croyance religieuse aux performances économiques nationales. Il n’était pas rare que les économistes et les statisticiens associent la gestion des finances publiques à des aspects culturels. Baxter, éminent statisticien britannique, affirmait ainsi en 1871 qu’il existait un net clivage entre la tendance « latine » à l’impécuniosité et les vertus du caractère économe affiché par les « Anglo saxons »

« Rares sont les pays à pratiquer la réduction de la dette nationale [...] Tous sont des nations anglo saxonnes, teutonnes ou scandinaves. [...] De leur côté, les pays latins compromettent leurs perspectives industrielles par l’inconséquence avec laquelle ils s’enfoncent dans la dette »".

L’analyse des mécanismes monétaires a fait l’objet de constats analogues. Ainsi, en plein débat européen sur le bimétallisme et l’étalon or, un économiste allemand avançait : « Sans insister davantage sur la théorie des historiens qui, convoquant les nations à leur tribunal, mettent l’accent sur l’ascension des Allemands et le déclin des Latins, [on] peut remarquer que les idées favorables au bimétallisme sont surtout françaises ou adoptées par les pays qui se font toujours aisément piéger par les séductions de l’esprit français »’".

Aujourd’hui, les voix méprisantes à l’égard des finances latines sont loin de s’être tues. Pour ne citer qu’un exemple, feu Rudiger Dornbusch était tout à fait dans le ton du XIXe siècle lorsqu’il a formulé le voeu suivant comme résolution pour le nouveau millénaire :

« Abolir les monnaies du Sud. [... ] Personne ne peut faire confiance à une monnaie appelée `lire turque’. Le terme `lire’ incite déjà à la méfiance et l’adjectif `turque’ n’arrange pas les choses ».

Se fier aux apparences, même lorsqu’elles semblent justifiées par les modèles économiques, induit un grave risque d’interprétation erronée des relations entre croyances, institutions et performances économiques. Ainsi, même la classification proposée par Baxter présente certaines bizarreries. Celui ci range en effet la Belgique francophone dans la catégorie des pays « anglo saxons » et « teutons » , mais il classe l’Autriche germanophone avec les pays « latins ».

L’interprétation la plus probable est qu’il y avait davantage de « Latins » parmi les « mauvais élèves » et davantage d’Anglo saxons et de Teutons chez les « bons élèves ». Les pays à problèmes sont devenus « latins » honoris causa, et vice versa. Baxter fait exactement comme ceux qui ont tiré des conclusions de la signification des variables muettes utilisées pour montrer l’effet de l’étalon or. Beaucoup de pays sont passés à l’étalon or pendant la convergence des taux d’intérêt, mais beaucoup n’ont pas modifié leur politique de change et ont néanmoins connu cette convergence.

De plus, ce n’est pas toujours dans les écrits des théoriciens que l’on trouve les idées les plus utiles aux décideurs. Les personnes directement impliquées dans le mécanisme de marché ne sont pas celles qui ont développé des théories « raciales » sur les performances macro économiques, En général, les spécialistes de l’économie financière critiquaient ces points de vue.

Ainsi Leroy Beaulieu, libéral convaincu qui a formé des générations d’analystes du risque souverain, s’attache dans chaque édition de son fameux manuel Sciences des finances à dénoncer ce qu’il appelle les « affirmations trop absolues, présentées avec une exagération considérable », des « racialistes ». Les origines culturelles des acteurs des milieux bancaires et financiers internationaux expliquent aussi la réticence de cette communauté face à ces théories.

Pourtant, banquiers et financiers ont servi de relais à la mondialisation du capital. Ils ont joué un rôle essentiel dans la valorisation du risque souverain.

Il faut donc se pencher sur l’ensemble des analyses qualitatives ou formelles, règles générales, théories appliquées et recherches opérationnelles qu’ils ont élaborées pour guider la prise de décision. Quelles étaient les variables macro économiques importantes pour les investisseurs de l’époque ?

Quelles étaient les « théories en vogue » ? Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra mesurer correctement les effets de l’étalon or sur les conditions d’emprunt ou évaluer l’arbitrage que devaient opérer les décideurs envisageant de lier leur monnaie au métal jaune.

http://www.decapactu.com/spip/article.php3 ?id_article=652

Notes

[1] « Les origines de la mondialisation financière - 1880-1913 » de Marc Flandrau et Frédéric Zumer - Etudes du Centre de développement de l’OCDE


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