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Le chef de la diplomatie libanaise ne veut pas de sanctuaire ASL chez lui
Par Louis Denghien

jeudi 8 mars 2012, par Comité Valmy


Adnan Mansour ne veut pas que son pays serve de base arrière à l’ASL, et l’a dit à Washington

« Nul ne peut dicter au Liban une attitude car il se comporte conformément à ses intérêts ». C’est le chef de la diplomatie libanaise, Adnane Mansour, qui le dit, ce 9 mars. Et il le dit à l’ambassadeur américain à Beyrouth, Maura Connelly, qui avait invité le Liban à protéger les réfugiés syriens, y compris les opposants et les dissidents de l’Armée syrienne libre qui se rendent au Liban, camouflés en réfugiés « civils« . M. Mansour s’exprimait au cours d’ un entretien accordé à la chaîne libanaise al-Manar. Et, manifestement, pour le ministre libanais des Affaires étrangères, il n’est pas dans les intérêts du Liban de laisser, sous prétexte d’urgence humanitaire, se constituer une base de l’opposition radicale : « Nous ne voulons pas d’un nouveau camp Achraf au Liban » a expliqué Adnan Mansour, dans une allusion au camp des opposants iraniens des Moujahidines el-Khalk, situé en Irak, et longtemps source de tensions entre Bagdad et Téhéran, et que l’actuel gouvernement irakien, proche de l’Iran, a entrepris de démanteler. Par ailleurs, le ministre a jugé « inacceptables » les demandes de la Ligue arabe de fournir un soutien moral et matériel aux membres de l’ASL.

Mercredi, le Premier ministre Nagib Mikati avait justement reçu l’ambassadeur américain pour un entretien qui a principalement porté sur la situation politique et sécuritaire au Liban, les bouleversements en Syrie et les relations bilatérales. La représentante de Washington aurait mis l’accent « sur les craintes américaines d’un impact négatif des développements en Syrie sur la stabilité du Liban »,selon le site officiel de l’ambassade. « L’ambassadrice a en outre réaffirmé l’engagement de son pays en faveur de la stabilité, de l’indépendance et de la souveraineté du Liban » ajoute le communiqué. Mais, manifestement, les dirigeants libanais ne sont pas tout à fait dupes de cette profession de foi.

Il est vrai que le Liban est sur le qui-vive depuis le début de la crise syrienne : le pays, comme on sait, est divisé en deux camps très opposés, l’un pro-occidental structuré autour de l’ex-Premier ministre Saad Hariri et de la tendance chrétienne de Samir Geagea, l’autre pro-syrien, actuellement au pouvoir (depuis juin 2011) et coalisant le Hezbollah, la faction chrétienne de Michel Aoun, le mouvement chiite Amal. Des incidents, sanglants mais encore limités, ont éclaté récemment à Tripoli entre partisans et adversaires de Bachar al-Assad, c’est-à-dire des sunnites d’un côté, des alaouites de l’autre.

Cette crise chez le voisin syrien suscite d’ailleurs des remous au sein de chaque camp : le vieux leader druze Walid Joumblatt, au terme d’une énième « évolution« , s’est dissocié de ses alliés gouvernementaux en prenant bruyamment fait et cause pour la « révolution » syrienne et en accusant Bachar… d’alignement sur Israël ! En face, le chef du parti Kataeb chrétien, Amine Gemayel, a mis en garde contre la montée de l’extrémisme sunnite en Syrie et les dangereuses conséquences que cela entraînerait au Liban.

Et c’est bien pour parer à toute extension de l’incendie syrien au Liban que Beyrouth, en accord avec Damas, a renforcé le contrôle de sa frontière. Dimanche 4 mars, l’armée libanaise a ainsi procédé à l’arrestation d’un groupe d’opposants syriens en armes, qui venaient de pénétrer au Liban par la bourgade frontalière d’al-Qaa. Et c’est bien pour contourner cette fermeté que les Etats-Unis mettent la pression sur les autorités libanaises afin qu’elles ne fassent rien contre le trafic d’armes et l’infiltration de combattants en Syrie.

Le Qatar et l’Arabie Séoudite isolés par leur extrémisme

Kofi Annan et Nabil al-Arabi au Caire : apparemment, l’ASL n’a plus trop la cote

Restons en terre arabe : mercredi, le gouvernement égyptien a mis publiquement en garde contre le risque de déclenchement d’une guerre civile qu’entraînerait l’armement de l’opposition syrienne, reprenant les arguments de la hiérarchie militaire américaine et s’opposant, sans les nommer, au Qatar et à l’Arabie Séoudite. Et jeudi, c’est l’envoyé spécial dans la région de l’ONU, Kofi Annan, qui, suite à une rencontre au Caire avec Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, se prononçait contre une « plus grande militarisation » de la crise syrienne, exhortant l’opposition à l’aider à trouver une solution. En ce qui concerne la responsabilisation de l’opposition radicale, nous dirons que M. Annan peut toujours courir mais, clairement, sa déclaration est un nouveau désaveu pour le CNS et surtout ses protecteurs qataris et séoudiens qui réclament le droit d’équiper les gangs de l’ASL – ce qu’ils font déjà du reste. A l’heure du premier anniversaire de la crise, les deux pétro-monarchies activistes qui avaient, jusqu’à une date récente, fait la pluie et le beau temps (façon de parler) au sein de la Ligue arabe, s’y retrouvent isolées par leur extrémisme anti-Bachar. Le fait que le gouvernement égyptien, soumis à la pression fondamentaliste sunnite que l’on sait, désavoue sur ce point essentiel Doha et Ryad en dit long sur l’échec de ces semeurs d’huile sur le feu. A quelque chose, malheur aura été bon !

Source :
http://www.infosyrie.fr/actualite/le-chef-de-la-diplomatie-libanaise-ne-veut-pas-de-sanctuaire-asl-chez-lui/


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