COMITE VALMY

Accueil du site > - ANTI-IMPERIALISME - Solidarité entre les peuples et nations (...) > Malbrunot : Juppé contre Chevalier (et les réalités syriennes) Par Louis (...)

Malbrunot : Juppé contre Chevalier (et les réalités syriennes)
Par Louis Denghien

samedi 31 mars 2012, par Comité Valmy


C’est ce qui se murmure assez haut au Quai d’Orsay : Juppé, (ici avec Ghalioun à Paris en novembre dernier) a misé sur le mauvais cheval (CNS) en Syrie, ce contre l’avis de notre ambassadeur à Damas

La publication et le développement de l’info, le 29 mars, sur le blog de Georges Malbrunot, le « M. Figaro » du drame syrien, a valeur de confirmation officielle : rien ne va plus entre Alain Juppé d’une part, notre ambassadeur à Damas Eric Chevalier, et d’autres diplomates du Quai d’Orsay, d’autre part. Malbrunot s’appuie sur le récit et l’analyse d’un membre de notre corps diplomatique, désigné sous les initiales « HdN » et censé s’intéresser de près à la crise syrienne.

L’autisme diplomatique de M. Juppé

HdN livre donc sa « lecture des événéments » qui, euphémise ou ironise Malbrunot, « ne correspond pas tout à fait à la version officielle du Quai d’Orsay« . La critique de HdN s’articule sur les points suivants :

 

" La diplomatie française a sous estimé le régime syrien parce qu’on a bien voulu le sous estimer" : " on" , c’est bien évidemment Alain Juppé.

Qui pourtant, assure notre diplomate anonyme, avait été parfaitement informé des réalités de terrain et des rapports de force par Eric Chevalier, « qui a clairement averti Paris que la crise allait être longue« . Les diplomates français connaissent très bien le régime depuis trente ans qu’ils le pratiquent, notre pays passant successivement de l’animosité à l’amitié avec Damas. Et si Paris est passé brutalement d’une lune de miel avec Bachar à son excommunication, à la faveur de l’éclatement des troubles, l’année dernière, c’est clairement, dit HdN, que la direction française (Sarkozy/Juppé) a été extrêmement déçue de n’avoir pas été écoutée par le président syrien : précisons à ce stade, ce que ne fait pas Malbrunot, que la déception français vient du fait que Bachar a refusé de s’éloigner de l’Iran et du Hezbollah.

- « Le Conseil national syrien (CNS) est en perte de vitesse sur le terrain. Nous avons soutenu un cheval perdant«  . Et là encore, insiste HdN, « ce n’est pas faute pourtant d’avoir lancé des mises en garde » (à Juppé). Là, le diplomate dit ce qu’Infosyrie écrit : « La perception des Syriens de l’intérieur est très négative vis-à-vis du CNS. Ils sont nombreux à estimer que ses dirigeants ne le représentent plus ». Quant à nous, Infosyrie, nous estimons que la grande majorité des Syriens ne s’est jamais sentie représentée par les exilés professionnels d’Antalya et d’Istambul. Le diplomate avance que même les opposants de Bab Amr, les membres des CLC (comités locaux de coordination, opposition radicale intérieure) sont remontés aujourd’hui contre le CNS qu’ils accusent d’avoir récupéré leur résistance.

HdN pointe aussi l’opposition systématique du CNS à toutes les initiatives lancées pour tenter d’arriver à un apaisement, de la mission d’observation arabe en décembre au plan Annan aujourd’hui. C’est vrai, mais il ne faut pas oublier que c’est la Ligue arabe elle même qui a saboté la mission de ses observateurs, sous pression euro-américaine. HdN vise plus juste quand il dénonce les réactions du CNS après les attentats de Damas et d’Alep, qui les a attribué stupidement au pouvoir juste pour se faire démentir par ses appuis américains.

Bref, les gens du CNS se sont peu à peu déconnectés de la réalité du terrain dit l’homme du Quai qui ajoute, à destination de son ministre de tutelle sans doute : « Nous devrions en prendre conscience«  . Et en tirer les conséquences…

-Par ailleurs, HdN souligne, comme s’il écrivait là encore pour le site Infosyrie, que le gouvernement français a complètement « sous estimé » l’importance de la « majorité silencieuse » en Syrie. Qui, estime-t-il, n’aime pas le régime mais n’est pas convaincue par les déclarations et agissements de l’opposition exilée radicale. Nous ne pouvons quant à nous sonder les reins et les coeurs des Syriens, mais nous pensons que Bachar jouit d’une popularité supérieure à celle de son régime, et que celle-ci a encore été accrue par sa résistance à l’ingérence et à l’arrogance de ses ennemis, par les réformes importantes qu’il a promulguées et aussi par la violence des groupes armés qui ont joué les repoussoirs.

Malbrunot recueille encore l’avis de son correspondant anonyme sur les récents développements autour du plan Annan : celui-ci estime que l’émissaire de l’ONU a bien joué – lourd sous-entendu : bien mieux que Juppé – s’efforçant de ne pas braquer Bachar par un ton et des exigences comminatoires, lui laissant le temps de réagir, et rompant ainsi avec les anathèmes et ultimatums de la direction qatarie de la Ligue arabe.

Et pour finir, HdN en revient à la France, enfin à l’équipe Sarkozy/Juppé, prisonnière de son radicalisme anti-Bachar : « Nous avons adopté une position tellement radicale dès le début que nous ne pouvons plus en changer. Nous sommes condamnés à camper sur la ligne jusqu’au-boutiste du CNS : c’est-à-dire pas de discussion avec Bachar« .

Eh bien si c’est cela, que périsse Juppé avec les fantoches d’Istambul : la France et la Syrie lui survivront certainement.

le 30 mars 2012


http://www.infosyrie.fr/re-information/malbrunot-juppe-contre-chevalier-et-les-realites-syriennes/


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette