COMITE VALMY

Accueil du site > - ANALYSES MARXISTES, documents et apports communistes > « Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud (PRCF)

Editorial du n°84 d’Initiative Communiste consacré à la nation

« Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud (PRCF)

samedi 2 juin 2012, par Comité Valmy


C’est à ce cri que l’ "armée des savetiers" raillée par la réaction balaya à Valmy celle des Rois d’Europe appelée à sa rescousse par Louis XVI. C’est dire si la référence à la "nation" s’enracine dans notre histoire révolutionnaire, le mot "patriote" désignant à l’origine les amis de Marat et autres "Sans-Culotte"...

Pourtant nombre de militants de gauche rejettent avec horreur toute référence à la nation et aux symboles qui la représentent aux yeux des Français, drapeau tricolore et Marseillaise en tête. C’est que la grande bourgeoisie, devenue contre-révolutionnaire, a longtemps dévoyé le sentiment national pour justifier sa politique anti-ouvrière et colonialiste.

« Devenir la nation »

Nul ne peut oublier non plus que depuis 1981, le Front "national" de Le Pen a usurpé le nom de ce mouvement de résistance créé par le PCF sous l’Occupation : froidement mis sur orbite par Mitterrand, ce prétendu F"N" a cultivé la xénophobie... et fourni le repoussoir idéal dont Mitterrand avait besoin pour ringardiser le patriotisme et préparer la mise en place du traité de Maastricht et de l’euro...

Mais les résistants conséquents d’aujourd’hui savent qu’il est absurde de confondre nation et nationalisme – rejette-t-on l’intégrité parce qu’il y a des intégristes, ou l’humanité parce que les "humanitaristes" à la Kouchner aident les ingérences impérialistes ? Comme le dit Léon Landini, président du PRCF et ancien officier FTP-MOI : si votre fille a été violée, vous ne devez pas la renier, mais l’aimer davantage et réserver vos coups aux violeurs. Et ce n’est pas parce qu’Hortefeu se réclame de "l’identité nationale" pour casser de l’immigré qu’il faut renier la France, ou traiter le drapeau français de "torche-cul" comme le font certains "gens de gauche", offrant la nation sur un plateau à la pire réaction !

Dans le « Manifeste », l’internationaliste Marx conseillait à la classe ouvrière de "devenir la nation" pour entraîner derrière elle la masse des exploités. La Commune, premier gouvernement ouvrier de l’histoire, fut le résultat d’une insurrection patriotique contre l’occupant prussien et ses collabos versaillais. En 36, le grand patronat criait "Plutôt Hitler que le Front populaire !", mais le PCF, appuyé par l’Internationale communiste, associait drapeaux tricolore et rouge pour isoler les fascistes. Il devint le fer de lance de la Résistance armée sur des bases patriotiques, sociales et internationalistes en créant les Francs-Tireurs et Partisans de France et "Main d’Oeuvre Immigrée", quand la bourgeoisie "française" eut fait "le choix de la défaite" militaire en 1940. Et cette alliance antifasciste entre la nation républicaine et la classe ouvrière, "seule restée fidèle en sa masse à la France profanée" selon le gaulliste Mauriac, rendit possible le programme du Conseil National de la Résistance d’où viennent les avancées sociales des ministres communistes de 45.

Sauver la nation pour sauver la classe ouvrière

Associer patriotisme républicain et combat anticapitaliste ne devrait donc pas poser problème à des communistes et à des républicains conséquents, et il est étonnant que certaines organisations se réclamant du marxisme-léninisme refusent en pratique d’aider le PRCF à défendre sur des bases de classe la nation déchiquetée par la "rupture" de Sarko-Thatcher et l’Europe...

Les monopoles capitalistes, eux, n’ont pas d’états d’âme pour mener de front casses sociale et nationale - programme du CNR, principes républicains issus de la Révolution, souveraineté nationale bradée par le Traité de Lisbonne, laïcité sacrifiée au "dialogue avec les religions", République une et indivisible déchirée par l’euro-régionalisation, autonomie communale dépecée par le plan Balladur/Mauroy, séparation républicaine des pouvoirs (Sarko phagocyte les pouvoirs législatif et judiciaire...), langue française (Seillière et Parisot veulent faire de l’anglais l’unique "langue des affaires et de l’entreprise"), recherche scientifique, production en France laminée par les délocalisations industrielles, agriculture familiale, commerce de proximité et pêche artisanale….

C’est l’existence même de la nation que menace, pour des raisons de classe, l’aristocratie financière. Elle veut en faire une coquille vide, un « site France », plate-forme du tourisme friqué, de la finance et du camionnage, pour mondialiser ses profits et mater la jeunesse et le prolétariat de France jugés trop frondeurs. Cerise sur le gâteau, Sarkozy réintègre l’armée française dans le commandement unifié de l’OTAN, démantèle les garnisons de frontières et autorise un bataillon... allemand en Alsace, à deux pas du l’ex-camp nazi du Struthof !

Sortir de l’Europe !

Les vrais progressistes doivent donc rompre avec l’illusion d’une "réorientation progressiste de l’UE" prônée par Aubry, Royal, le PC "euroconstructif" de Wurtz et "l’euro-révolutionnaire" Besancenot, dont les listes seront ouvertes aux euro-régionalistes de tous poils. A l’inverse de ces « euro-nationalistes » qui dénigrent la petite France pour mieux adorer la Grande Europe, les vrais progressistes doivent oser rouvrir une perspective politique révolutionnaire en osant prôner la SORTIE de la France de l’euro et de l’U.E., une politique nationale de réindustrialisation, la nationalisation démocratique des banques et des secteurs clés de l’économie, de nouveaux traités internationaux progressistes permettant d’échanger avec le monde entier...

Cela cristalliserait d’immenses affrontements de classes à l’initiative des travailleurs sur tout notre sous-continent, et engagerait concrètement la lutte pour le socialisme en unissant derrière le mouvement ouvrier la majorité de la nation laborieuse, y compris les couches moyennes précarisées par Maastricht, sans cesser une seconde de développer l’internationalisme prolétarien !

Dans l’immédiat, nationaliser les luttes reste la priorité pour construire ici le "tous ensemble en même temps" qui vient de triompher en Guadeloupe. Et comment y parvenir si on nie la dimension nationale des luttes pour complaire à la Confédération Européenne des Syndicats ? Car, associée au mot d’ordre d’Europe des luttes, la résistance à la casse nationale est le dénominateur commun des luttes populaires en cours (Renault, SNCF, Education nationale, universités, CNRS...) et le meilleur moyen de fédérer la « France d’en bas » autour du mouvement ouvrier de classe.

En appelant les progressistes à participer au colloque unitaire du 30 mai prochain sur l’actualité du CNR, le PRCF entend agir pour la renaissance républicaine de notre pays, indissociable de la renaissance d’un vrai PCF et de la reconquête par la classe ouvrière du rôle national dirigeant dans la transformation sociale.

Georges Gastaud est secrétaire du Pôle de Renaissance Communiste en France

Mise en ligne CV/ 2 mai 2009

8 Messages de forum

  • « Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud

    19 avril 2009 20:03, par Lejacobin

    Bien vu et bien développé !

    Je n’ajouterai qu’une chose : le patriotisme républicain et le combat pour une société plus égalitaire, cela a un nom dans l’histoire de France ; cela s’appelle le JACOBINISME.

    Il serait temps, il serait même grand temps que la gauche, la vraie, celle qui se réclame de ces deux valeurs ré-assume ou assume tout court cette manière de faire politique, jaillie de la plus grande prise de pouvoir populaire de notre histoire, si ce n’est de tous les temps : la Révolution française, dont le syntagme dit à lui seul et la radicalité politique et sociale, et le caractère national français.

    Et à ceux à qui le JACOBINISME fait horreur, pour ce qu’il contient de centralisme et d’autoritarisme, je livre ces lignes tirées du discours de ROBESPIERRE du 10 mai 1793 :

    "Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner ; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui ; laissez aux communes le pouvoir de régler elles-mêmes leurs propres affaires, en tout ce qui ne tient point essentiellement à l’administration générale de la République."

    Et pour faire bonne mesure, j’y ajoute ces autres lignes d’avril 1791 du même ROBESPIERRE fustigeant l’aristocratie "la plus insupportable de toutes ; celle des Riches" :

    "Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches est l’intérêt particulier."

    Qu’on se le dise ! Lejacobin.

    Voir en ligne : Lumières et Révolution

    • « Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud 28 avril 2009 12:16, par gastaud
      Je constate un large accord sur l’essentiel. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que j’ai été longtemps membre des Amis de Robespierre du Pas-de-Calais (ARBR). Lénine était d’ailleurs un admirateur de la Montagne et ses adversaires mencheviks l’avaient surnommé "Maximilien". Ne serait-il pas juste d’établir des liens plus réguliers sur les plans politique et intellectuel ? Si vous avez un site, le Pôle de Renaissance Communiste en France pourrait éventuellement envisager un jumelage (www.initiative-communiste.fr). Amicalement, G.G.
      • Jacobinisme littéraire 3 mai 2009 18:41, par Batko
        Bonjour ! En ce qui concerne le jacobinisme, on peut certes trouver de la littérature signée Robespierre qui glorifie le peuple, la liberté, etc ... et tant de belles choses, mais qui ne résiste pas à l’analyse des faits. La Terreur a été un régime insupportable et violent qui ne se justifie que par les "dangers étranger et réactionnaire intérieur", comme se justifient tous les régimes autoritaires du monde et de l’Histoire. Quant à l’arrestation de députés élus du peuple le 2 juin 1793 qui conduira à l’exécution de certains d’entre eux, il faudra une montagne de mauvaise foi pour lui trouver une quelconque excuse, tout comme le bain de sang qui s’ensuivit lorsque le peuple se révolta contre ce coup d’Etat autoritaire (on dirait aujourd’hui "fascisant") qui priva la "province" de tout pouvoir démocratique au seul bénéfice de la "capitale". Souvenons-nous qu’à l’origine, le 14 juillet 1790, première fête nationale s’appela "Fête de la Fédération". C’était un beau rêve !
        • Jacobinisme littéraire 10 juin 2009 21:13, par MR
          Ah ! ce fédéralisme qui fait toujours rêver surtout avec l’UE qui aimerait bien nous diviser en régions ethniques sous direction Allemande. Diviser pour régner, le fédéralisme n’est que la loi du plus fort et la légalisation des inégalités. Toute l’Europe a combattu la République Française mais jamais pour des questions de libertés de clochés mais bien parcequ’elle instaurait l’égalité des droits entre tous les citoyens. Ce mot formidable qu’ils s’acharnent à détruire en y substituant des personnes humaines. Si vous acceptez cela au nom de racines vous deviendrez personne, c’est à dire moins que rien. RM.
  • « Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud

    20 avril 2009 16:28, par BA

    Lundi 20 avril 2009, communiqué de l’OFCE : « On attend une reprise en L, et le scénario qu’on a en tête, c’est le Japon des années 1990 ».

    Lisez cet article :

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml ?num=29c87fa8e3e736c6041cc5095f4673b8

    Pour savoir ce qu’a subi le Japon, lisez cet article :

    « Au Japon, dans les années 1990, la croissance a été nettement plus faible, essentiellement à cause de surinvestissements à la fin des années 1980, des accords du Plaza de 1985, et d’une politique économique d’austérité destinée à purger les excès antérieurs des marchés boursiers et immobiliers. Les efforts du gouvernement japonais pour relancer la croissance auront peu de succès, le pays s’enfonçant dans un long cycle de déflation aux conséquences dévastatrices pour les entreprises les moins compétitives et pour les ménages les plus fragiles.

    La signature d’accords avec l’Organisation mondiale du commerce força le Japon à réduire ses subventions aux agriculteurs, ouvrant la voie aux riz américains ou vietnamien, sujet sensible dans un pays où le riz constitue la base alimentaire quotidienne. La crise économique asiatique de 1997 a eu pour effet d’accentuer cette situation économique tendue.

    Depuis fin 2002, un mouvement de reprise s’est amorcé »

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Japon#.C3.89conomie

    Conclusion :

      nous sommes en 1929 ;

      la France va subir une crise économique pendant dix ans.

  • « Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud

    27 avril 2009 00:25, par carlo

    A ce tableau de la profonde misère de la pensée politique en France, ajoutons cet étrange mépris avec lequel parfois des fervents de "La Gauche" jettent le mot de "souverainiste" à la face de leurs interlocuteurs, incapables qu’ils sont d’imaginer qu’il n’y rien de plus souverainiste que le peuple...souverain tant ils vivent dans la soumission à l’idéologie européiste des maîtres du capital.

    Nous touchons là à cette sorte d’infirmité de tant de gens "de gauche" qui vivent dans la hantise du péché de "profanation de l’Europe"et veulent absolument être "modernes", c’est-à-dire soumis aux injonctions de la mode politique "européiste" à un point tel qu’ils en deviennent incapables de penser la souveraineté du peuple.

    C’est ainsi que meurent les Républiques.

    Quant à nous, il nous faut rappeler inlassablement que Non ! nous ne voulons pas d’une "autre Europe" . Nous ne voulons pas d’Europe du tout ! Nous voulons bien envisager de nous entendre avec d’autres Républiques affirmant comme nous la souveraineté du peuple, la laïcité de l’Etat, l’égalité des citoyen/nes, mais pas avec des régimes restés dans l’archaïsme d’une monarchie -même constitutionnelle-, ou avec des Etats construits pour la guerre à l’extérieur et l’organisation policière à l’intérieur.

    Précisément nous sommes internationalistes parce que nous savons très bien ce qu’est une nation.

    • « Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud 28 avril 2009 12:21, par gastaud
      D’accord avec vous, à ceci près que l’Europe des luttes sociales non pas "dans le cadre de l’UE" mais contre l’UE est bloquée par ceux-là mêmes qui n’ont que l’Europe (capitaliste) en bouche, de Chérèque à Thibault. Avec mon organisation, le PRCF, j’appelle d’ailleurs, pour aider les luttes sociales à se dégager de l’eurogauche social-libérale, à l’abstention citoyenne aux européennes. Moins il y aura de citoyens à se déplacer pour ce scrutin-mascarade, qui vise à valider l’enterrement du 29 mai, et plus la vraie perspective se rapprochera : celle d’un Front républicain, anti-impérialiste, patriotique et progressiste reprenant et élargissant fortement les principes du CNR. C’est cela ou, tout bonnement, l’agonie de notre pays. Georges Gastaud, secrétaire du Pôle de Renaissance Communiste en France, organisation impliquée dans l’Arc républicain de progrès.
  • Sauver la nation, exigence culturelle

    2 mai 2009 12:26, par Michel Renard

    Sauver la nation est un impératif politique. C’est aussi une exigence culturelle, au sens le plus vaste de ce terme. La gauche accumule les cécités : elle oublie la part du patriotisme dans son héritage, elle est encore plus aveugle face à l’extraordinaire dégradation de l’école.

    "Aveugle", au moins pour la partie la plus vertueuse de la gauche, sinon il faudrait dire "complice". Car l’essor du pédagogisme et de toutes les velléités de "rénovation" de l’école qui ont vidé celle-ci de sa mission de transmission des connaissances, est dû pour l’essentiel à la gauche : tous les tenants des prétendues "sciences de l’éducation" sont de gauche ; les écoles normales puis les Iufm ont été, dès 1981, truffés de socialistes, "copains" incompétents à qui on refilait un "fromage".

    Les destructeurs de l’école sont les plus chauds partisans d’une Europe destructrice du cadre national.

    Michel Renard co-auteur de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? (Larousse, septembre 2008).

    Voir en ligne : http://identitenational.canalblog.com/


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette