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Dix petits nègres... (I) Descartes
+ Giesbert dénigre les petits candidats à la présidentielle (vidéo)

vendredi 13 avril 2012



Dix petits nègres... (I) Descartes

Vendredi 13 avril 2012

L’état pitoyable de la télévision publique française n’a fait guère l’objet de débats dans cette campagne éléctorale. Certains candidats se sont bien essayés à proposer telle ou telle innovation institutionnelle, Haute Autorité ou Cour Suprême chargée de garantir l’indépendance de ce que certains qualifient de "quatrième pouvoir". Mais sur la qualité des émissions et de la grille des programmes ? Rien, nothing, nicht, nada. D’une manière générale, les question de culture et d’éducation sont absentes sans préavis de cette campagne. Bien sûr, tous les candidats parlent du nombre d’enseignants ou du budget de la culture. Mais personne ne semble avoir grande chose à dire sur les contenus. Et pour ce qui concerne l’audiovisuel, c’est le désert du Sahara. Comme si tout le monde avait jeté l’éponge, et qu’on s’était résigné à une télé au rabais, faite de télé-réalité, de "talk-shows" débiles ou grotesques, de radio-crochets où le clinquant se dispute au vulgaire, de fausses émissions de variétés où les invités ne viennent que parce qu’ils ont un disque, un spectacle ou un film à promouvoir, le tout assaisonné de séries américaines au kilomètre.

Au milieu de ce désastre auquel tous les gouvernements depuis 1981 ont contribué avec enthousiasme, France 2 a décidé qu’il fallait, élections présidentielles obligent, une émission ou l’on parle politique. Enfin, pas vraiment ou l’on parle politique, mais qui ait un vernis politique. Plutôt une émission de divertissement politique, une sorte de "on n’est pas couchés" mais en plus sérieux. Bien sur, il ne s’agit pas de refaire ces émissions ringardes des années 1970 et 80, style "l’heure de vérité" ou "la marche du siècle", ou l’homme politique invité avait du temps pour exposer ses idées face à des journalistes qui connaissaient leurs dossiers et dont le but était d’abord de permettre - voire forcer - l’invité de se révéler. Et ensuite seulement, et de manière accessoire, de "faire du spectacle", de diffuser leurs propres idées voire, horresco referens, de vendre leur propre image. France 2 a donc accouché d’une émission politique "phare" : "Des paroles et des actes". Le titre en lui même est lui même passablement ridicule. Des "paroles", soit. Mais quels sont les "actes" qu’on pourrait voir dans une émission de télévision ? Laissons donc les actes de côté, et intéressons nous aux paroles. Ou plutôt à ceux qui les profèrent. D’un côté, l’invité qui change d’émission en émission. De l’autre, les journalistes : Pujadas en Monsieur Loyal, Nathalie Saint-Criq qui "tire le portrait" de l’invité, Fabien Namias et François Lenglet qui posent les questions politiques et économiques respectivement, et finalement Franz-Olivier Giesbert et Helène Jouen qui "notent" la prestation.

Pendant la première phase de la campagne, ce fut une émission inofensive, une sorte de "Vivement Dimanche" en plus trash et sans les copains. Des hommes politiques planchaient pendant deux heures et demie devant des journalistes tout à tour complaisants - lorsque l’invité était un "poids lourd" ou qu’il souscrivait à la pensée unique - ou agressifs lorsque l’invité s’écartait des positions conformistes. Mais en cette deuxième phase, ou les temps de parole doivent être rigoureusement identiques, il a fallu changer de format. Au lieu d’un invité unique, on fit passer devant le jury tour à tour les dix candidats à la présidentielle, cinq par soirée au cours de deux soirées consécutives. Ce fut une expérience télévisuelle passionnante. Passionnante surtout pour ce qu’elle a montré de notre establishment journalistique. Le fait de voir ces candidats si différents défiler en rapide succession devant les mêmes journalistes permettait en effet de voir comment l’attitude des journalistes change en fonction du candidat. Tour à tour déférents, agressifs, obséquieux, méprisants... ce fut un véritable festival.

Le premier point remarquable est le niveau de conformisme de notre profession journalistique. Dès lors que le candidat énonce une affirmation que le journaliste partage, aucune justification ne lui est demandée. Par contre, que l’homme politique se risque à soutenir une position qui sort du consensus journalistique sur ce qui est juste et bon, et les questions fusent. La question de l’Euro est de ce point de vue emblématique : le candidat qui aurait le malheur de proposer la sortie de l’Euro se voit immédiatement attaqué. Celui qui propose de rester dans l’Euro, par contre, ne risque pas de se voir poser les questions symétriques. On interpellera celui qui veut sortir sur les difficultés liées à la dévaluation, mais on n’interrogera pas le second sur les difficultés liées à la parité fixe. Est-ce un choix idéologique, ou plus simplement une question d’ignorance ? Les journalistes sont-ils conscients de ce "deux poids deux mesures", ou sont-ils tout simplement incapables de concevoir que la position "canonique" puisse elle aussi être problématique ? Je ne saurais le dire. Peut-être un peu des deux.

Le deuxième élément notable est combien les émissions politiques ont cessé d’être proprement politiques pour devenir de plus en plus "people". Ce n’est plus du tout le projet politique qui intéresse, mais la personne. Les questions posées lors de ces deux émissions étaint plus proches d’un Grand Oral de l’ENA que d’un oral d’agrégation (1). Plus que de permettre de défendre un projet ou d’argumenter une politique, on cherche à "tester" la capacité du candidat à se sortir d’un mauvais pas ou de répondre à une question gênante.

Mais le point le plus remarquable - et le plus détestable - de la soirée fut le comportement personnel des journalistes. Il faudrait un jour que les journalistes français comprennent que leur rôle dans une émission politique est de permettre à l’invité, quel qu’il soit, de présenter ses idées, ses projets et ses arguments dans les meilleures conditions. Que si le journaliste pose des questions qui peuvent être gênantes, ce n’est pas pour descendre son invité, mais au contraire pour lui donner l’opportunité de répondre. Et que ce qui est important dans l’émission, c’est la parole de l’invité, et non celle du journaliste.

Les journalistes politiques ne veulent pas comprendre qu’ils ne sont ni des oracles, ni des professeurs et moins encore des examinateurs. Ils n’ont pas d’opinion personnelle à exprimer, ni a travers des questions qu’ils posent, ni en commentant la réponse de l’invité. Plus que "des paroles et des actes", l’émission devrait s’appeler "les journalistes jugent les politiques". La séquence la plus ridicule et la plus significative de ces deux soirées fut l’intervention finale de Giesbert et Jouen, "notant" les candidats, mettant à untel un mauvais point, à l’autre un bon point, un bonnet d’âne au troisième, une félicitation au quatrième (2). Comme si leur opinion sur la question avait le moindre intérêt. Comme si après avoir regardé les dix candidats pendant deux heures nous, pauvres téléspectateurs imbéciles qui payons la redevance que nous sommes, nous étions incapables de nous faire notre propre opinion et avions besoin de Giesbert et Jouen pour nous dire ce qu’il fallait penser de ce que nous avions regardé.

Prochain chapitre : la prestation des politiques...

Descartes

(1) Le Grand Oral de l’ENA est une épreuve où le candidat se trouve en face d’un jury de sept personnes (un journaliste, un professeur d’université, cinq hauts fonctionnaires assortis) qui le bombardent de questions pendant 45 minutes. L’épreuve n’a pas de programme, et les questions peuvent porter sur n’importe quel sujet possible et imaginable. En fait, l’épreuve teste bien un niveau de culture générale, mais surtout la capacité à partir d’éléments épars de construire sous stress et dans un temps très court des raisonnements logiques complexes, la capacité d’empathie avec le jury et d’une manière général cherche à révéler la personnalité du candidat. Les grands oraux de l’ENA se tiennent au moix de septembre-octobre et sont publics. Il suffit de se présenter sur place avec une pièce d’identité pour pouvoir y assister. L’oral d’agrégation, au contraire, est une épreuve qui teste les connaissances approfondies du candidat.

(2) Pour ce qui concerne Giesbert, personne - est surtout pas ceux qui se rappellent son attitude lors des campagnes précédentes - ne sera étonné d’apprendre qu’il a été odieux avec tous les candidats sauf deux : il a trouvé Hollande "tres bon" et Sarkozy "remarquable". Que voulez-vous, l’un des deux sera au pouvoir demain, et il faut bien faire bouiller la marmite...


Giesbert dénigre les petits candidats à la présidentielle


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