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Sitôt passées les élections... La bataille de France !
Le Monde de la finance fourbit ses armes
Jean-Yves Crevel

20 avril 2012

samedi 28 avril 2012, par Comité Valmy


« Le Monde de la Finance », désigné démagogiquement par François Hollande comme son « véritable adversaire », a synthétisé son plan de bataille dans une note confidentielle du Chief economist de CHEUVREUX, Nicolas DOISY.

Demandez le Programme !

Quand les investisseurs anglo-saxons demandent à ce spécialiste de la haute finance des éclaircissements sur le programme de François Hollande, celui-ci répond tout à la fois que le candidat socialiste reste dans le vague pour des raisons de pure tactique électorale mais que le vrai programme lui sera « imposé par l’appartenance à la zone euro ».

Nicolas Doisy : « (...) Le programme (ndlr : de François Hollande) sera imposé par l’appartenance à la zone euro. Le conflit d’objectif que va avoir François Hollande, c’est : rester dans la zone euro versus satisfaire les demande de son électorat naturel. Les deux ne sont plus compatibles maintenant, on le voit avec la crise grecque. Il sait qu’il sera pris, à terme, à un moment, entre la pression de ses électeurs et la pression des marchés. »

L’UE : deux en un !

L’Union européenne est l’outil magique pour le Monde de la finance :

- 1. Elle permet d’imposer la politique contraire aux choix de électeurs,

- 2. Puis, en y mettant en scène des crises d’opérettes, en faisant croire à de fausses concessions porteuses de vains espoirs, l’union permet de tromper tout le monde, avec pour finalité l’acceptation par les peuples de leurs déclins, et en prime, l’impression confuse d’avoir été sauvés du chaos par l’Empire.

« La demande de Hollande pour une renégociation du Traité serait donc utilisée pour tromper le public français afin de lui faire avaler des réformes au goût moins agréable, incluant le marché du travail. »

1ère bataille : « The famous CDI »

Le Monde de la finance et les « pairs » de François Hollande ont décidé que l’appartenance de la France à la zone impliquait la « libéralisation du marché du travail » ce qui signifie tout d’abord la suppression du contrat à durée indéterminée. Ce représentant du « Monde de la finance » explique tout simplement que le résultat des élections serait sans aucune importance, que celui qui sera élu devra, de toute façon, se soumettre à ce qui a été décidé à l’échelle du continent.

Le gros coup d’angoisse

Devant l’hypothèse de « l’irruption du Peuple sur la scène de l’Histoire », Nicolas Doisy ricane, dans un premier temps : « Hi, hi, la prise de la Bastille n°2 ! » Mais le journaliste se fait plus précis : « Si, comme en 1936, on avait une élection qui était suivi de mouvements de masse, de manifestations, de grève... »

Réponse : « Qu’est-ce qui se passe en Europe ? Bah, là, je crois que c’est le gros coup d’angoisse, il faut être très clair, ça va être le GROS coup d’angoisse ! Parce que, quand ça se passe en Grèce, on a déjà une Europe qui se sent sur le point d’exploser, je vous laisse imaginer pour la France ! »

Escrocrise en banques organisées

Il est bien normal que la perspective d’explosion de l’euro soit angoissante pour le Monde de la finance : imaginez que les banquiers ne puissent plus emprunter à 1% à la BCE pour prêter ensuite à 4% ces milliards aux états ! Sans cette escrocrise en banques organisées, le Monde de la finance ne pourraient plus indéfiniment reporter l’heure des comptes et l’explosion des produits toxiques qu’ils se sont échangés pour créer ex-nihilo des profits délirants. N’importe qui s’angoisserait pour beaucoup moins.

Conclusion

Pour les peuples, les salariés et les entrepreneurs de l’économie réelle, l’angoisse serait, au contraire, que l’escrocrise continue : le Monde de la finance soumettrait tous les pays au régime grec, jusqu’à la ruine totale des économies européennes. Que l’eurozone explose et, immédiatement, l’horizon s’éclaircit : chaque nation retrouve la possibilité de disposer d’une monnaie adaptée à son économie, et les pays d’Europe cesseront de concourir avec l’euro-boulet au pied. Que chaque état puisse se financer directement auprès de sa banque émettrice et cesser de cracher au bassinet des banques privées.

Ce qui est angoissant pour le Monde de la finance est rassurant pour la France, et vice versa.

Le fameux document confidentiel :

(Texte complet et illustrations dans le PDF sur le site masutti.lautre.net)


Retour vers le futur : la réforme « Big Bang » de la France sera forcée par le marché - (Doisy)
L’indispensable Big-bang structurel nécessaire en France devrait être politiquement moins problématique que dans les années 1980
Lorsqu’il sera élu le 6 mai, comme c’est probable [1], le socialiste François Hollande devra clarifier sa position sur deux questions urgentes : l’austérité budgétaire et la réforme du marché du travail. En effet, sur ces deux points, il est resté quelque peu silencieux et / ou évasif concernant ses intentions pour des raisons purement électorales : il ne veut pas mettre en péril le soutien dont il jouit de la part de son électorat et donc risquer de perdre l’élection pour être trop transparent.
Cette position ambiguë reste sensée jusqu’à ce que les élections présidentielles et législatives soient passées, car une clarification dès maintenant repousserait l’électorat populaire vers les extrêmes. En effet, comme le montre le graphique 1, les électeurs indécis ont tendance à passer de François Hollande (gauche modérée) à Marine Le Pen (extrême droite) sur l’hypothèse que ces deux candidats n’ont pas l’intention de réformer le marché du travail et de soumettre les finances publiques au nouveau Traité.
Nicolas Sarkozy est un peu plus audacieux et plus transparent sur les enjeux fiscaux et sur la question du marché du travail, mais il est aussi largement perçu comme le perdant de ce scrutin présidentiel. Si l’on se réfère à 2007, il a été élu sur une plate-forme électorale orientée vers l’économie de l’offre, mais n’a pas satisfait à ce sujet. Logiquement, il ne recevra pas beaucoup de crédit parmi les électeurs centristes par cette attitude aujourd’hui plus ouverte. En outre, la crise économique fait que sa plate-forme électorale n’est pas au goût des électeurs populaires qu’il tente de repêcher.
Bien qu’intelligente d’un point de vue électoral, la stratégie de Hollande se retournera contre lui à coup sûr une fois élu : soit les électeurs soit les marchés financiers seront déçus. Exactement comme en 1981-83 pour François Mitterrand, l’ancien président socialiste (voir l’encadré 1), François Hollande devra déplaire aux uns ou aux autres juste après la période électorale de 2012, tout comme il est sûr d’être incapable de concilier les deux.
En politicien averti des risques de bouleverser à la fois les marchés financiers et l’Allemagne, Hollande sait qu’il devra éventuellement céder à leurs exigences (voir encadré 1). En effet, la pression du marché ne reculera pas tant que la France ne clarifiera pas sa position sur le projet Euro(péen). Sans plus de pouvoir de négociation pour résister à Angela Merkel, en raison de la faible forme de l’économie française, l’appartenance à la zone euro sera prévaudra, comme en 1983.
La vraie question sera la réforme du marché du travail, davantage que la discipline budgétaire et l’appartenance à la zone euro
L’objectif primordial de la France sera de rester dans la zone euro, mais aussi, et surtout, de continuer le jeu du bloc coopératif avec l’Allemagne. Au cours des trois dernières décennies, depuis le « tournant de la rigueur » de 1983, cet objectif a été aveuglément poursuivi par tous les présidents français (à commencer par François Mitterrand), même au prix d’un chômage élevé. François Hollande ne fera sûrement pas exception à cette règle.
Très malheureusement pour François Hollande, la nécessité de libéraliser le marché du travail est le résultat direct de l’appartenance à la zone euro, de sorte que l’un ne peut aller sans l’autre. . En effet, à un degré de gravité près, la situation économique de la France n’est guère différente de celle de l’Italie. Quel qu’il soit, le prochain président aura donc à rationaliser les finances publiques et favoriser la croissance, grâce à d’ambitieuses réformes de la fiscalité et du marché du travail.
Dans la mesure où la politique de croissance proposée par Hollande échouera à coup sûr, elle est probablement conçue comme une astuce pour éluder la question du marché du travail au cours de la campagne et servir d’édulcorant au-delà. . Cette politique est censée « re-industrialiser » la France avec des subventions publiques pour l’embauche de jeunes travailleurs et de la R & D, mais elle ne pourra pas de sitôt réduire suffisamment le handicap de la France dans son rapport compétitivité-coût. En effet, il a fallu pour cela à l’Allemagne une décennie de réformes difficiles.
Ainsi, la seule question est de savoir si François Hollande va ne serait-ce que tenter de s’en tenir à ses promesses ou s’il reviendra volontairement sur elles dès qu’il sera élu. . Le sens commun lui conseille de se diriger tout de suite vers l’indispensable libéralisation des marchés du travail et des services. Mais la prudence innée de Hollande et la politique de son parti imposeront des freins : en conséquence, seule une contrainte extérieure fera pencher la politique française dans la bonne direction.
L’Allemagne ayant libéralisé son marché du travail récemment (l’Espagne et l’Italie lui emboîtant le pas), François Hollande n’aura probablement guère de choix dans ce domaine. . En effet, dans les années 1980 et 1990 (voir encadré 2), ne pas y penser lorsque tout le monde faisait de même, cela n’était pas un problème. Mais cette fois, la France devra faire face à la colère de ses partenaires de la zone Euro (et celle du marché) si elle refuse de mettre en oeuvre les réformes que d’autres ont fait ou sont en train de faire.
Dans le pire des cas, mais ce n’est pas le scénario le plus probable, la pression des pairs de la zone euro et des marchés va obliger un demi-tour comme dans les années 1980.
Ne serait-ce qu’en raison du référendum raté de 2005 sur la constitution européenne, François Hollande devra naviguer à travers les forces d’opposition qui ont cours à gauche. . Ainsi, le Traité a été rejeté parce qu’il fait de la libéralisation des marchés un principe fondateur de l’UE, grâce à l’inclusion dans la Constitution de la Directive sur les Services [2]. Ce rejet était la manifestation typiquement française (à gauche comme à droite) des préjugés anti-marché.
À cet égard, il pourrait s’avérer politiquement utile que ses pairs de la zone euro laissent Hollande simuler l’obtention de concessions de leur part, même si cela reste hors de propos dans la réalité. . La demande de Hollande pour une renégociation du Traité serait donc utilisée pour tromper le public français afin de lui faire avaler des réformes au goût moins agréable, incluant le marché du travail. Lui permettre de faire valoir l’intégration de sa politique de croissance serait donc un simple édulcorant politique.
Ainsi, le scénario du pire (bien que peu probable) serait que la France se résigne à la libéralisation du marché du travail, mais seulement après une telle politique de croissance que l’on démontrerait inefficace. . Il y a bon espoir de voir ce scénario se dérouler dans les mois qui viennent (et non après quelques des années comme dans les années 1980), sans une grande agitation sociale. Un possible (et malheureusement souhaitable) catalyseur pour un tel revirement serait une augmentation substantielle et irréversible du chômage, en particulier pour les jeunes.
Un autre catalyseur efficace dans ce contexte serait la pression du marché susceptible de se produire si Hollande devait s’avérer trop hésitant pour aller chercher une plate-forme de réforme assez audacieuse. . Une perspective désagréable pour un président fraîchement élu, ce qui devrait se révéler un puissant stimulant pour lui éviter de jouer des jeux stupides avec les marchés. L’alternative (les attaques incessantes du marché) devrait assez rapidement se révéler suffisamment proche du pire scénario.
Les meilleures garanties pour un scénario plus optimiste sont de deux ordres : François Hollande doit se souvenir de la période 1981-83 et il a toujours eu le cœur d’un Européen convaincu [3]. . Cela devrait l’aider, d’une manière ou d’une autre, à s’orienter vers des réformes efficaces et favorables à la croissance, comme la réduction des dépenses publiques et la libéralisation du(es) marché(s) du travail (et des services). Le véritable défi pour lui sera de trouver la formule politique pour vendre cela au public français.
*
François Hollande a déjà signalé aux électeurs centristes qu’il n’annulera pas une partie des mesures les plus symboliques et utiles de son adversaire (si et) lorsqu’il sera élu. . En particulier, il a fait savoir qu’il ne rétablira pas l’infâme régime des 35 heures qui a été annulée par Nicolas Sarkozy [4]. Il a également explicitement souscrit au plan de réduction du déficit budgétaire convenu entre Nicolas Sarkozy et ses pairs la zone euro.
Il s’est jusqu’à présent empêché de s’engager à quoi que ce soit d’important afin de satisfaire au goût supposé de son électorat pour l’interventionnisme d’État. . Il a également été assez prudent pour ne pas donner des détails sur la façon dont il pourra réduire le déficit, tout comme ses adversaires. Il n’a proposé que des modifications marginales de la réforme du système de retraite mise en oeuvre par son adversaire, ou de la politique de la non augmentation du nombre d’emplois publics.
Dans l’ensemble, la seule ambiguïté de François Hollande est de ne pas avoir fait de propositions de réformes de l’offre, en ce qui concerne la rigidité du marché du travail en particulier. . Alors qu’on ne peut le blâmer pour être tactique, des éclaircissements seront nécessaires aussitôt après les élections. (La menace d’) Les attaques du marché sur le secteur de la dette souveraine française, en raison de la colère des pairs la zone euro face à l’inaction de la France, devrait suffire pour obliger le pragmatiste europhile qu’il est.
Nicolas Doisy

Reproduction autorisée avec ce lien : Jean-Yves CREVEL (Comité Valmy)Sitôt passées les élections... La bataille de France !

Mis en ligne le 19 avril 2012

Notes

[1] Voir Politoscope No.1 "The French 2012 elections : an upcoming shift back to the left".

[2] La Directive de Services (alias la Directive Bolkestein) visait compléter le marché intérieur européen par la libéralisation des services non financiers, mais elle fut largement édulcorée après le référendum français.

[3] 5. En 1993-97, Hollande présidait le think-tank politique de Jacques Delors, le « Club Témoin ».

[4] Dans un registre différent mais très symbolique (la politique étrangère et la défense), il a fait savoir qu’il n’allait pas abroger la décision prise par Sarkozy visant à réintégrer la France dans l’OTAN.

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