COMITE VALMY

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Eclairages sur le future politique étrangère de la France
Igor Ignatchenko

7 Mai 2012

lundi 7 mai 2012, par Comité Valmy


L’élection présidentielle achevée, quelques indications sur la politique de la future équipe gouvernementale peuvent déjà être données.

La première est la traduction par COMAGUER d’un article publié avant le second tour (le 01 Mai précisément) par le site russe de géopolitique « STRATEGIC CULTURE FOUNDATION » sous la plume d’IGOR IGNATCHENKO. Il se place dans l’hypothèse largement admise chez tous les observateurs internationaux d’une victoire de François Hollande qui avait été donné vainqueur par tous les sondages depuis les primaires socialistes et que les électeurs français ont eu l’aimable obligeance de valider.

Le face à face télévisé du 2 Mai a confirmé qu’en matière de politique étrangère il n’y avait pas d’opposition entre les deux candidats. En effet la séquence de politique étrangère a été reléguée en fin de débat, écourtée et consacrée à deux questions mineures. La première concernait l’Afghanistan mais il n’a été question dans la bouche du nouveau Président ni de l’opportunité, ni du coût, ni des résultats de cette guerre vieille de 11 ans et le débat s’est réduit à la date du rapatriement des troupes françaises, les deux duellistes étant d’accord sur le principe du rapatriement. La seconde a été une simple évocation sans débat de la crise sahélo-malienne où on a gentiment agité la marionnette du « terrorisme islamiste » mais qui a quand même permis au président battu de manifester sa condescendance toute coloniale en parlant de « ATT » l’ex président malien. Sous cet acronyme quelques spécialistes de la politique africaine auront évidemment reconnu AMADOU TOUMANI TOURE mais c’était aussi inélégant et méprisant dans la bouche d’un chef d’Etat encore en fonction que de dire « MACHIN, le type du Mali ».

Une observation : le chroniqueur russe attribue à la seule Marine Le Pen le mérite d’avoir demandé la sortie de la France de l’OTAN et il oublie donc de mentionner que cette question était également abordée dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr celui-ci n’ignorait pas que sur ce sujet il n’avait aucune chance d’être entendu par le nouveau président mais ce rappel des faits était nécessaire.

La seconde est le résumé d’un article publié le 07.05.2012 dans la version espagnole du Réseau Voltaire et qui donne quelques précisions sur les futures relations de la France avec le Qatar, leader des émirats réactionnaires du Golfe dans la contre-révolution arabe. Le 2 Février 2012 L’émir Hamad ben Khalifa al-Thani a reçu à Doha l’envoyé spécial de François Hollande : Laurent Fabius, très probable ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement. Il s’agissait d’organiser après le changement de pouvoir la poursuite des relations très étroites nouées par le couple présidentiel français avec l’Emir qui n’hésitait pas à mettre à leur disposition son avion privé, s’était vu ouvrir les portes de la France pour ses investissements, avait été aidé dans ses achats immobiliers à Paris tant par le maire Bertrand Delanoë que par le Ministre de la culture Frédéric Mitterrand. Il avait par ailleurs, en violation flagrante de la résolution de l’ONU, embauché et équipé 5000 mercenaires pour mener la guerre au sol contre le régime libyen pendant que l’armée française bombardait le pays, mercenaires qui furent , pour tout ou partie, transférés en Syrie une fois tombé le régime Kadhafi.

Nul n’ignore d’autre part que l’émir est le propriétaire de la chaine Al Jazeera qui est aujourd’hui la voix de la réaction arabe En 2006 François Hollande avait déclaré que la diplomatie du Qatar « poursuivait son chemin dans le sens de la stabilité et de la recherche de la paix. » opinion largement partagée par le gouvernement de Tel Aviv.

A la lumière de la montée en puissance de l’émir du Qatar comme leader de la contre révolution arabe, révisera-t-il son jugement ?

Article d’Igor Ignatchenko (01.05.2012)

(traduction de l’anglais par Comaguer)

Ce que laisse attendre la nouvelle présidence française

Pour l’heure il n’y a plus guère de doute sur la victoire de François Hollande dans la course présidentielle en France.

Les questions découlant naturellement de ce contexte sont les transformations pouvant affecter , le cas échéant ,la politique étrangère française sous le Président entrant et, en particulier, comment Paris va structurer ses relations avec Moscou au cours des cinq prochaines années.

Un communiqué publié par Hollande en décembre 2011 – avec les élections à l’horizon – contenait des passages relatifs à la politique intérieure de la Russie, y compris la répression présumée des protestations de l’opposition à la suite du scrutin parlementaire, disant qu’elle était l’objet d’une grave préoccupation et que la Russie devrait faire plus pour garantir la liberté d’expression et la dissidence publique . En général, Hollande a clairement indiqué que, s’il était élu, il ne resterait pas indifférent à l’état de la démocratie dans d’autres pays. En outre, l’actuel favori a déclaré dans une interview au Nouvel Observateur que, selon lui, la Russie partageait la responsabilité des massacres en Syrie.

Hollande avait écrit sur son programme lors de la campagne électorale que la France soutiendrait une opération militaire en Syrie sous bannière de l’ONU, ce qui était pour l’essentiel l’agenda de politique étrangère de son rival N. Sarkozy. La coïncidence était totalement prévisible - c’est un constante de la politique de la gauche française et de celle des socialistes français dirigés par Martine Aubry qui ont appelé à une action dure et ont critiqué Sarkozy pour sa passivité lors de la récente intervention en Libye. Comme Sarkozy, Hollande semble appartenir entièrement à l’école de pensée défendue par l’ancien chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, un protégé du lobby israélien et un partisan des interventions humanitaires qu’il définissait comme toute invasion d’un pays souverain à des fins humanitaires et pour la protection des droits humains fondamentaux que les populations locales ne peuvent pas ou sont mal préparées à défendre.

Hollande est un critique public de la conduite de la Russie à l’ONU, accusant la Russie et la Chine d’être devenues de facto complices des massacres syriens lorsqu’ils ont torpillé la résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU et que leur opposition à une intervention a eu une lourde incidence sur la situation dans le pays. La position de Hollande, c’est que la communauté internationale doit protéger la population civile en Syrie du régime de Bachar el Assad, avec un rôle clé à donner aux voisins de la Syrie dans le processus, principalement à la Turquie.

Assez paradoxalement à la lumière de ce qui précède, Hollande rejette l’idée d’admission de la Turquie dans l’Union européenne dans un avenir prévisible. Il a l’impression que la Turquie manque de démocratie, que le problème de Chypre a été régulièrement laissé sans solution par Ankara et qu’elle a résolument refusé de reconnaître le génocide arménien dans l’Empire Ottoman. Hollande s’est engagé à resoumettre le projet de loi criminalisant la négation du génocide au Sénat français, mais continue à souhaiter des relations turco-français plus chaleureuses qui, à son avis, se sont beaucoup dégradées sous Sarkozy, dans la mesure où Ankara a une importance stratégique, compte tenu de l’évolution de la situation en Syrie.

Les médias français soupçonnent Hollande de ne pas être très à l’aise en politique internationale. En effet, comme son ancienne compagne Ségolène Royal, qui a représenté les socialistes français à l’élection présidentielle de 2007, Hollande semble malhabile dans son approche de quelques questions de politique mondiale. Contrairement à la majorité de ses alliés de gauche avec leur poussée pour un statut d’égalité avec les États-Unis en politique étrangère et de leur rhétorique anti-OTAN, Hollande n’a aucune intention de mécontenter les cercles atlantistes influents qui sont déterminés à garantir que la France se contente de sa position de partenaire mineur dans le cadre de la stratégie militaire globale de Washington.

Hollande admet que Sarkozy a fait un pas précipité en 2007 lorsque, sans aucun débat public, la France a réintégré les structures militaires de l’OTAN, dont elle était sortie sous de Gaulle, que la France n’a ainsi gagné aucune influence supplémentaire dans l’OTAN, pas plus que ce retour n’a visiblement bénéficié à la sécurité européenne, mais, il affirme qu’aujourd’hui revenir sur la décision est hors de question.

Hollande évidemment approuve Washington lorsqu’il souscrit à l’opinion que le système de défense antimissiles européen est supposé être le parapluie de l’Europe contre l’Iran et, éventuellement, la Corée du Nord, exprimant l’espoir que le complexe militaro-industriel français obtiendra une part décente du gâteau quand les infrastructures seront construites. Ces dernières attentes, il faut noter, peuvent s’avérer naïves si l’on considère que, dès le départ, l’appétit des fournisseurs américains est connu pour être une des principales motivations de ce projet.

En parallèle, il est toujours intéressant de faire des conjectures sur les contours de la politique étrangère française si, contrairement à la plupart des prévisions, Nicolas Sarkozy l’emportait au second tour. Les relations entre Paris et Moscou ses sont effilochées sous sa présidence par rapport à ce que nous avions vu sous Jacques Chirac entre 2002 et 2007. Une preuve assez choquante du glissement se trouve dans la mise à jour de la doctrine militaire de la France dévoilée en juin 2008. Le Figaro Magazine a publié des extraits du document montrant que l’un des 12 scénarios justifiant l’utilisation de la force militaire de la France est la menace de la Russie sur ses voisins. L’éventail des possibilités dans le projet de doctrine s’étendait largement assez pour embrasser l’option de forces française opérant sur les territoires de républiques postsoviétiques, sans aucune exclusion de la Russie qui était ainsi introduite dans la catégorie des adversaires potentiels. Il faut accorder crédit à ce document suffisamment sérieux pour effacer les périls mythiques comme les ambitions nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord.

La vérité fondamentale est que les différences entre Sarkozy et Hollande sur toute une série de sujets de politique étrangère sont minimes ou inexistantes. Les deux soutiendrait un Etat palestinien, garderaient fermées les portes de l’UE à la Turquie, soutiendraient une intervention en Syrie et seraient en faveur du renforcement des pressions sur l’Iran à propos de son programme nucléaire controversé. Avec quelques efforts, on peut découvrir quelques différences mineures entre les deux rivaux : Sarkozy, par exemple, jugerait inapproprié d’attaquer publiquement la Russie sur la démocratie, chose qu’Hollande ne craindrait pas de faire Le candidat socialiste envisage de retirer les forces françaises en Afghanistan lors d’une opération unique alors que Sarkozy est pour un retrait graduel. Les deux sont d’inébranlable Euro-Atlantistes, mais Sarkozy est convaincu que la réintégration française dans la structure militaire de l’OTAN était un changement pour lequel il mérite des applaudissements, alors qu’ Hollande, tout en n’élevant à aucune objection fondamentale, dit qu’il n’y n’avait aucun besoin de se dépêcher.

Contrairement aux deux candidats arrivés en tête, le chef de file de l’extrême-droite Front National Marine Le Pen a la réputation d’offrir des alternatives réelles à la politique étrangère. Seule parmi les 10 candidats du premier tour de l’élection présidentielle française, elle s’exprime toujours comme une amie de la Russie qu’elle décrit comme un partenaire géopolitique clé de la France et de l’Europe. Le Pen se rebelle contre la servilité vis-à-vis des États-Unis et le cours atlantiste risqué suivi par Paris et elle prie instamment la France de préparer une sortie immédiate de l’OTAN, effaçant l’alliance comme l’héritage obsolète de la guerre froide et de l’époque du monde bipolaire. Dans l’ensemble, la position de Le Pen est que le moment est venu pour la France de repenser l’ensemble de son système d’alliance stratégique et de loyauté.

L’élection présidentielle de 2012 en France a mis en évidence le paradigme bien connu : la droite française a tendance à être plus favorable à la Russie que la gauche française. Considérant que le couple qui a fait de la course en tête vend des programmes pratiquement identiques, au cours des cinq prochaines années les relations entre Paris et Moscou sont peu susceptibles de s’élever à un niveau plus élevé qu’actuellement.


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