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Syrie ou la vaine « diplomatie de la tempête » de la part de ses faux amis !
Dr Amin Hoteit

jeudi 7 juin 2012, par Comité Valmy


Lamia Chakkour ambassadeur en France de la République arabe syrienne

Certains ont sans doute été surpris de ce qu’a entrepris l’alliance occidentale sous commandement US pour « signifier congé » aux diplomates syriens ou leur faire savoir qu’ils étaient devenus « indésirables ». Une entreprise synchrone et si bien coordonnée, que la plupart de ces pays ont pu prendre leur décision en moins de 24 heures après la déclaration du Conseil de sécurité ! Lequel Conseil n’a fait qu’imputer « aux auteurs des violences » la responsabilité des massacres barbares en Syrie, notamment à Taldo, petit village de la région de Houla proche de Homs.

Dès les premiers jours de l’agression contre la Syrie, les observateurs s’attendaient à un tel comportement de la part d’un Occident qui vise à lui infliger un isolement diplomatique maximal, surtout à partir du moment où elle a réussi à contrecarrer la guerre globale dirigée contre elle ; tout en menant ses adversaires et ennemis dans des impasses complexes et obscures, qui ont conduit à leur dénigrement mutuel et à la désintégration de leurs organisations artificielles conçues pour mettre en œuvre cette agression. Nous disons même que cette décision arrive avec un retard d’environ cinq mois, car nous l’attendions pour le début de l’année 2012 ; après que la soi-disant « opposition syrienne » ait réussi à contrôler quelques régions, notamment celles situées en pleine campagne autour de Damas, Homs et Idlib ; et avant que les forces gouvernementales ne les reconquièrent et les ramènent dans le giron de l’Etat.

En effet, l’Occident se retrouve face à une situation syrienne qui a évolué vers des obstacles qui empêchent l’intervention militaire étrangère. Il est bien obligé de constater que la Syrie n’a pas plié sous le poids des sanctions politiques et économiques imposées au peuple syrien, sans l’aval de l’ONU et par contournement du droit international. Il a compris que la mission de M. Kofi Annan, échafaudée tel un « Cheval de Troie » qui lui aurait permis de contourner l’impossibilité d’une intervention militaire, a été intelligemment contenue et convertie en une mission de paix à la recherche d’une solution pacifique de la crise sans dépassement du gouvernement en place, mais sous son autorité ; et non en « mission de reconnaissance avant intervention étrangère » visant à le renverser et a installer les suppôts et agents du Renseignement des États-Unis comme dirigeants de la Syrie !

C’est à partir de cette motivation, et dans ce contexte, que l’Occident a tenté d’exploiter le massacre de Houla en exprimant « indignation et colère » contre le gouvernement syrien ; en prétendant « avec sérieux » vouloir poursuivre sa guerre pour le renverser après l’avoir isolé ; et enfin, en décidant d’expulser ambassadeurs et diplomates syriens des quelques ambassades sur ses territoires.

Quelle importance accorder à cette décision d’expulser les diplomates syriens et quelle en serait l’efficacité pour la réalisation des objectifs occidentaux en Syrie ?

Avant de répondre à ces questions, il convient de souligner que le prétexte avancé par l’Occident pour justifier sa « diplomatie de la tempête » contre la Syrie, n’est qu’une réalité qu’il a déformé pour acquitter l’assassin et condamner l’innocent. Parce que le massacre condamné et la sauvagerie déplorée, qui ont eu lieu à Taldo, ont été infligés à des villageois musulmans chiites fidèles au gouvernement, favorables à la ligne réformatrice adoptée par le Président Al-Assad, et opposés à la violence et au terrorisme perpétrés par les takfiristes et les terroristes dissimulés derrière diverses appellations telles que « Armée Syrienne Libre » [ASL] ! Et parce que, comme il est désormais indéniablement prouvé, les victimes de ces assassinats ont été exécutées au poignard, à la découpe, ou par des tirs à bout portant ; méthodes adoptées par les organisations terroristes et criminelles qui opèrent en Syrie sous la bannière de « mise à bas du régime » ! Par conséquent, connaissant la victime, son identité, la façon dont elle a été tuée, et le style du tueur… vous pouvez facilement en déduire l’identité de ce dernier ; qui, dans ce cas précis, appartient inévitablement à ces organisations professant et pratiquant le crime, la destruction et l’anéantissement. Mais la désinformation est omniprésente. La preuve en est, par exemple, l’effarante mystification d’un prestigieux média occidental qui n’a pas hésité à sacrifier sa réputation et a publié une photo d’un assassinat collectif commis par l’armée des États-Unis en 2003 en Irak… en prétendant qu’il s’agissait du massacre perpétré à Houla ! [1] [2].

Ceci étant clairement dit, nous pouvons revenir à la question des objectifs de l’Occident quant à sa décision de s’en prendre aux diplomates syriens, pour constater ce qui suit :

1. La nécessité d’un argument psychologique frappant pour simuler la cohésion du front des « ennemis de la Syrie », lequel apparaitrait « uni » autour d’une décision menant à une agression justifiée, surtout depuis que l’Occident et ses alliés se sont retrouvés dans une impasse militaire, politique et économique les menaçant de désintégration.

2. La nécessité d’un écran de fumée qui dissimulerait le délitement de « l’opposition syrienne », en particulier le « Conseil d’Istanbul » prétendument « National et Syrien » et reconnu par ce même Occident, lors de la dernière réunion des ennemis de la Syrie, comme le seul représentant du peuple syrien et même de toutes les oppositions ; mais qui se révèle impuissant d’élire ne serait-ce que son président, au point que Bourhan Ghalioun continue à mener les affaires courantes après avoir été contraint à la démission, moins d’un mois après son élection !

3. La nécessité d’organiser un environnement qui empêche le gouvernement syrien de « profiter du massacre de Taldo », massacre perpétré par les « bandes de Takfiristes & Frères », prétendument unis sous la bannière de l’ASL, lesquels continuent à commettre toutes sortes d’actes terroristes tel le récent enlèvement de onze visiteurs chiites des lieux saints sur leur chemin de retour, d’Iran via la Turquie.

4. La nécessité de faire pression sur la Syrie et ses puissants alliés iranien et russe, pour les pousser à accepter une solution médiane grâce à laquelle les Occidentaux pourraient compenser la perte des bénéfices attendus par leur agression programmée contre la Syrie, qui dure depuis bientôt quinze mois !

Quant aux effets, sur la Syrie, de la « décision de signifier congé » à certains de ses diplomates, nous pensons que son importance ne dépasse pas celles de la désinformation médiatique ou de la manipulation psychologique, et reste sans effets juridique ou diplomatique. Cette décision s’est limitée à suspendre les fonctions de quelques diplomates en poste dans diverses ambassades syriennes. Elle ne signifie ni rupture des relations diplomatiques, ni fermeture des ambassades, ni refus de la légitimité de l’État syrien ; pas plus qu’elle ne répond aux souhaits déclarés du « Conseil d’Istanbul » qui attend qu’on lui livre les ambassades de Syrie, maintenant que l’Occident l’a reconnu comme représentant de l’État syrien ! En conséquence, il est probable que certains diplomates syriens rentreront chez eux, comme il est probable que la Syrie expulsera, en réponse, un nombre équivalent de diplomates étrangers utilisant à leur égard les mêmes formules ou expressions, sans que ce chassé croisé n’aboutisse à la victoire ou à la défaite de l’une des parties. Dans quelques jours, les effets de cette décision médiatique et psychologique se dissiperont dans l’oubli, tels ceux escomptés lorsque le Conseil de coopération du Golfe [CCG] a procédé de même vis-à-vis de Damas.

Reste à souligner que l’essentiel se rapporte à deux prises de position diplomatiques : l’intervention militaire étrangère et le sort de la « mission Annan ». Il est clair que la porte est fermée devant la première, sans espoir d’ouverture jusqu’ici. Quant à la seconde, nous constatons que malgré l’absence de désistement de l’Occident, la mission vacille car la supercherie n’est pas passée étant donné que la Syrie a traité le problème de façon judicieuse et avec sagesse ; ce qui a empêché cette soi-disant mission de paix de se transformer en « mission pour observateurs » comme l’Occident l’espère ; lesquels observateurs se seraient multipliés jusqu’à arriver à 5000, qu’on aurait armés pour devenir une force de démarcation militaire. La Syrie n’acceptera pas la présence de telles forces qui menaceraient sa souveraineté sur son territoire et se battra, avec ses alliés, qui ne permettront pas le contournement de leur position fermement axée sur la résolution pacifique de la crise.

De ce qui précède et contrairement aux souhaits de ceux qui voudraient exploiter à leur profit « la suspension des fonctions de diplomates syriens dans des pays occidentaux », nous voyons que la Syrie est toujours une forteresse qui ne cède pas sur ses lignes fondamentales et indiscutables devant les pressions, le chantage et l’intimidation. Les effets de cette décision politique seront, eux aussi, balayés par le vent !

Dr Amin Hoteit

31/05/2012

Article original : Al-Tayyar

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/amine-hoteit-hh-1577.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

[1] BBC News uses ’Iraq photo to illustrate Syrian massacre’

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/9293620/BBC-News-uses-Iraq-photo-to-illustrate-Syrian-massacre.html

[2] En marge de Houla : bilans truqués & photo recyclée

http://www.infosyrie.fr/actualite/en-marge-de-houla-bilans-truques-photo-detournee/

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Source : Mondialisation.ca, Le 1 juin 2012


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