COMITE VALMY

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Fiers de quoi ?
Descartes

dimanche 1er juillet 2012, par Comité Valmy


Dimanche 1 juillet 2012

Fiers de quoi ? Comme tous les ans, le début de l’été est marqué par cet événement mondain qu’on appelle vulgairement la "gay pride". Ou pour être plus précis - et pour faire plus français - la "marche des fiertés homosexuelles, lesbiennes, bi et trans". En quoi cela consiste ? Et bien, des hommes qui aiment coucher avec des hommes, des femmes qui aiment coucher avec des femmes, des hommes et des femmes qui aiment coucher avec tout le monde et des gens qui ne savent plus très bien s’ils sont des hommes ou des femmes marchent dans les rues pour proclamer combien ils sont "fiers" d’être ce qu’ils sont (0). Accompagnés, bien entendu, par le gratin de l’establishment mondain - "vous n’êtes pas allé à la gay pride, vous êtes bien ringarde, ma chèèèère" - dont plusieurs ministres.

Qu’une telle marche ait lieu, et qu’elle attire autant d’attention médiatique, et surtout qu’on considère une telle marche comme une manifestation de "liberté" est une illustration du niveau d’aliénation mentale dans notre société. Hier, on sommait les homosexuels d’avoir honte de leurs préférences. Aujourd’hui, on les somme d’en être "fiers". Et personne ne semble réaliser que les deux injonctions sont les deux faces de la même médaille, celle de l’intolérance. Etre libre, c’est pouvoir choisir sans être sous la surveillance des dragons de vertu. Et les dragons qui imposent la honte ne sont pas pire que ceux qui exigent la fierté.

Ainsi, le "journal de référence" - dont on sait qu’il exprime le point de vue de l’establishment bienpensant - publie le 29 juin une tribune intitulée "Sortons du placard !". Que dit cette tribune ? Qu’il faut impérativement que les homosexuels qui occupent des positions dirigeants dans la société proclament publiquement leurs préférences sexuelles. Il n’est pas inutile de suivre le raisonnement. D’abord, honte à ceux qui voudraient vivre leur sexualité d’une manière privée :

"Sur plus de 900 parlementaires, seuls trois (...) ont affiché publiquement leur orientation sexuelle. Seraient-ils tous et toutes hétérosexuel-le-s ? Évidemment non. La très grande majorité continue de ne rien dire, au nom d’un prétendu droit à l’indifférence. Quand les journalistes leur posent - rarement - la question, ils préfèrent esquiver".

Les traîtres ! Tous ces parlementaires qui au lieu de s’exhiber pour la cause préfèrent garder leurs attributs pour eux. Et tous ces journalistes qui, lâchement, évitent de "poser la question". Mais quelle question ? De quel droit un journaliste poserait à un homme politique la question "préférez vous les hommes et les femmes" ? Et franchement, si vous étiez un homme politique et qu’on vous posait une telle question, que répondriez vous ? "Mêlez vous de vos affaires" me paraît la réponse la plus appropriée. On voit bien que pour les auteurs de cette tribune (1) l’affichage de ses préférences sexuelles n’est pas un droit, mais une obligation. Et cela continue :

Dire publiquement "je suis responsable d’un grand syndicat et je suis homo", "je dirige une grande entreprise publique et je suis homo", "je suis député-e, maire, présidente ou président de collectivité et je suis homo", "je suis un acteur ou une actrice, et je suis homo", "je suis footballeur ou footballeuse de haut niveau, et je suis homo", ce n’est pas, comme on veut nous le laisser croire, être réduit à sa seule homosexualité. C’est encore moins se caricaturer. C’est simplement, banalement, dire la réalité.

Admettons. Mais toute réalité est elle bonne à dire ? Pourquoi dire "je suis responsable d’un grand syndicat et je suis homo" serait il plus important à dire que "je suis responsable d’un grand syndicat et je suis hétéro", "je suis responsable d’un grand syndicat et je suis catholique", "je suis responsable d’un grand syndicat et je suis blanc", "je suis responsable d’un grand syndicat et je suis français depuis dix générations" ? Après tout, en quoi ces "réalités" seraient elles moins bonnes à dire que celle de son homosexualité ? En quoi les hétéros, les blancs, les "français de vieille souche" seraient moins en droit de s’estimer "fiers" de ce qu’ils sont que les homosexuels, les lesbiennes, les bi ou les trans ?

Ce discours est, dans le mauvais sens du terme, antilibéral. Le "prétendu droit à l’indifférence" que nos militants homosexuels rejettent est en fait la conséquence de ce pilier de la République qu’est la séparation entre la sphère publique et la sphère privée. Placer préférences sexuelles, comme les préférences esthétiques, culinaires, religieuses dans le domaine privé revient à les faire échapper au pouvoir normatif. C’est le fondement même de la liberté. Ramener la question des préférences sexuelles dans la sphère publique, c’est la soumettre au contraire aux normes sociales. Est-ce cela que nous voulons ? Pas moi, en tout cas. Je n’ai pas envie que la société m’oblige à remplir la case "hétérosexuel" ou "homosexuel" dans les formulaires, qu’elle me fasse injonction de dire "avec qui et dans quelle position je plonge dans le stupre et la fornication", pour reprendre la formule de Brassens.

Venons ensuite à l’idée de "fierté". On comprend aisément qu’on puisse être "fier" de ce qu’on fait : l’étudiant qui réussit un examen, l’architecte qui complète une oeuvre, la mère de famille qui voit ses enfants réussir, le médecin qui sauve un malade peuvent être légitimement "fiers" d’avoir, par leur travail et leur effort, accompli quelque chose. Mais quel sens cela peut avoir d’être "fier" de ce qu’on est par le pur effet du hasard ? Etre "fier" d’être blond, d’avoir les yeux bleus, d’être né dans tel ou tel patelin, c’est du plus profond ridicule (2). En être "fier" et le proclamer à la face de la terre est un signe d’aliénation. Si quelqu’un vous expliquait qu’il est "fier" d’aimer le gâteau au chocolat plutôt que la tarte aux cerises, s’il organisait une marche des "fiertés d’aimer le gâteau au chocolat" vous trouveriez certainement que ce quelqu’un est légèrement dérangé. Si quelqu’un vous affirmait qu’il est "fier" de croire que Dieu créa le monde en sept jours, et qu’il organisait une marche pour proclamer cette "fierté", vous trouveriez que c’est un fanatique. Si quelqu’un vous déclarait qu’il est "fier d’être blanc" et organisait une marche pour le proclamer, vous diriez qu’il est raciste. Alors, pourquoi proclamer dans les rues qu’on est "fier" d’aimer les femmes plutôt que les hommes ou viceversa devrait être considéré autrement ?

Le raisonnement des "fiertés" est un raisonnement profondément inégalitaire. Sous prétexte de libérer les "sexualités différentes", on les emprisonne au contraire dans un cadre communautariste. L’égalité, c’est l’indifférence, et non la glorification des différences ou pire, l’injonction impérative envers les gens d’exhiber leurs différences sous peine d’être accusés de "rester dans le placard". Ce n’est pas par hasard si cette injonction idiote de devoir être "fier" de ce qu’on est nous vient tout droit des Etats-Unis, société aliénée s’il en est au besoin de paraître et traversée, malgré ses proclamation sur "l’égalité", de profondes divisions communautaires, raciales et religieuses. Au lieu d’importer bêtement ce genre d’idées, nous ferions mieux au contraire de défendre ce "droit à l’indifférence" indispensable dans toute société libre. Le problème, c’est que l’indifférence ne fait pas vendre. La différence, si. Car là où il y a différence, il y a de la place pour un lobby. Qui pourra, en brandissant sa différence, obtenir influence, pouvoir et bien entendu espèces sonnantes et trébuchantes sous forme de subventions. D’où le paradoxe schizophrène des mouvements communautaristes : d’un côté, ils disent se battre pour l’égalité, de l’autre côté l’atteinte de ce but les priverait de leur raison d’être.

Difficile aussi de parler de cette "marche des fiertés" sans parler de la question du mariage homosexuel. Cette année, le climat était en effet à la célébration de la victoire sur les forces obscures de la réaction, puisque le gouvernement a proclamé sa volonté d’ouvrir aux homosexuels le mariage et l’adoption. Dominque Bertinotti, ministre de la famille, a été jusqu’à déclarer qu’il était normal que dans notre société "chacun puisse faire famille comme il l’entend". Ce qui montre à quel point la réflexion institutionnelle de la gauche est pauvre : c’est précisément parce que c’est la société, et non l’individu, qui décide comment on "fait famille" que celle-ci est une institution. Si chacun est libre de choisir ce qui est ou n’est pas une famille, celle-ci cesse d’être instituée pour devenir un élément de la sphère privée. C’est bien le paradoxe du mariage homosexuel : les militants homosexuels veulent accéder à une institution, sans réaliser que le fait même de leur ouvrir ferait disparaître l’institution en tant que telle.

J’ai dejà dit mon opinion sur le mariage homosexuel dans un papier sur ce même blog (consultable ici). Permettez-moi d’en citer un paragraphe :

Mais en allant plus loin, la revendication du mariage homosexuel met en lumière l’incapacité des individus dans notre société de s’accepter tels qu’ils sont, avec les limitations inhérente à leurs conditions et leurs choix. Les vieux n’acceptent plus d’avoir les cheveux blancs, les jeunes de devoir attendre leur tour pour accéder au pouvoir, les femmes n’acceptent pas de ne pouvoir pisser debout, les hommes de ne pas porter d’enfant, et les tétraplégiques le fait qu’ils ne pourront jamais danser comme la Pavlova. Toute une industrie de la "reconnaissance" s’est créé pour satisfaire ces besoins névrotiques de devenir ce qu’on n’est pas. Et pour revenir à l’homosexualité, le fait est que les sociétés humaines sont construites sur une réalité biologique, celle de la reproduction sexuée. Celle-ci n’est pas l’invention d’on ne sait quel "patriarcat" ou "dictature hétérosexuelle", c’est un "fact of life". Dans ce contexte, l’homosexualité est fatalement une limitation. Il ne peut y avoir de "lignée" homosexuelle, n’en déplaise à ceux qui - comme Caroline Fourest - continuent à parler des "enfants de couples homosexuels" sans se rendre compte que le "de" génitif est un abus de langage. Il y pourra y avoir "des enfants élevés par des couples homosexuels", mais il n’y a pas "d’enfant de couple homosexuel", du moins pas sans recours au clonage reproductif. Et c’est en vain que les activistes homosexuels cherchent dans la Loi une solution à ce problème. La Loi peut faire beaucoup de choses, mais ne peut changer un homme en femme. Quant bien même la loi accorderait aux couples homosexuels le mariage et l’adoption, le couple homosexuel ne sera jamais l’égal du couple hétérosexuel, ne serait-ce que parce que l’enfant d’un couple hétérosexuel peut raisonnablement croire - même si c’est faux - que ses parents sont ses géniteurs. Alors qu’il ne pourra jamais maintenir cette fiction ses parents sont homosexuels, parce que dans ce dernier cas, il y aura toujours "l’autre", le parent biologique disparu mais toujours présent, qui sera le "véritable" géniteur. Ce véritable géniteur ne peut être chassé qu’au prix d’une nevrotisation des rapports : un enfant élevé par un couple homosexuel n’a pas "deux mamans" ou "deux papas". Il y a toujours une maman ou un papa extérieur, peut-être même inconnu, mais dont on ne peut pas effacer l’existence par décret. Faire dire le contraire à la Loi pour satisfaire un besoin de reconnaissance est aberrant.

La quête de reconnaissance qui est derrière l’activisme homosexuel est par définition une quête sans fin. Elle ne peut jamais être assouvie, parce que quelque soit la revendication obtenue, elle ne peut satisfaire le besoin. Une fois obtenu le mariage et l’adoption, il leur faudra autre chose : un soldat inconnu homosexuel sous l’arc de triomphe, une loi de parité entre homosexuels et hétérosexuels aux élections... c’est un chemin sans fin.

Je ne croyais pas si bien dire. Maintenant que le mariage homosexuel et l’adoption semble acquis, la prochaine institution à détruire est la filiation elle même. Et on entend dejà des réclamations tendant à créer une "présomption de filiation" au bénéfice du conjoint du parent homosexuel (ce qui revient dans les faits à nier l’existence du parent biologique absent) ou même d’une filiation multiple. La course à l’échalotte continue...

Descartes

(0) Pour des raisons mystérieuses, les zoophiles, les échangistes, les triolistes et les fétichistes sont exclus de la marche. On a le droit d’être "fier" de changer de sexe, mais pas de changer de femme.

(1) Lucas Armati, journaliste ; Alix Béranger, consultante ; David Belliard, journaliste ; Alice Coffin, journaliste ; Mathieu Magnaudeix, journaliste ; Anne Susset, travailleuse associative homosexuel-le-s.

(2) Je prévois l’objection concernant la "fierté nationale". Etre fier d’être français, allemand ou japonais est bien une fierté de ce qu’on fait, et pas de ce qu’on est. La nationalité ne se réduit pas à un hasard de naissance, c’est aussi un "contrat renouvelé chaque jour". "Patrie est la terre ou l’on a souffert, patrie est la terre ou l’on a rêvé, patrie est la terre ou l’on a lutté, patrie est la terre ou l’on est né" a écrit le poète argentin.

2 Messages de forum

  • Fiers de quoi ?
    Descartes

    1er juillet 2012 19:10, par chb

    J’ai peu de goût pour la sexualisation de la sphère publique. La pub, la TV « réalité », heurtent ma conscience -et mon éducation prude, à l’ancienne. Mais je comprends cet annuel mouvement de publicité-là car il s’y agit moins d’être réellement « fier » d’une orientation sexuelle minoritaire que de dépasser les siècles de honte, voire de répression. Il faut permettre à des homos de se considérer comme « normaux », et c’est important pour nombre d’ados autrefois promis à une vie misérable – et parfois à la mort. Une de amies ne parle plus à son père depuis qu’elle a assumé son homosexualité : dommage, non ? Les homosexuels sont emprisonnés, encore aujourd’hui, dans certains pays dont les dirigeants veulent ignorer que 2 (à 10 ?) % des gens ne sont pas stricto sensu hétéros : affligeant, non ?

    La reconnaissance sociale du couple formé par deux personnes de même sexe vous semble ne pas devoir être étendue à la sacralisation par le mariage ? Mais pourquoi pas, si ça les amuse... ou si cela leur permet de payer leurs impôts comme couple, ou de faciliter une transmission de patrimoine (le but premier du mariage, en dehors duquel nos pères avaient toutes les aventures « sans conséquence ») ? Admettez que le mariage n’est plus ce qu’il était, et n’a plus à être protégé autant depuis l’invention de la pilule !

    Quant à la descendance, évidemment que deux femmes, donc sans production de spermatozoïdes, ne sont pas biologiquement toutes deux les « vraies mères » selon votre critère (encore que la technique médicale permette des trucs, j’vous dis pas). Mais : la multiplication des familles légalement recomposées, le grand nombre d’adoptions, l’acceptation en société des enfants nés hors des liens sacrés (et leur droit à hériter !) ont modifié la donne. Les fils de pédé, cela existait avant. Il s’agit de donner aux éventuels rejetons une famille où l’on s’aime, il s’agit qu’une personne « différente » par ses préférences ait droit à une famille aussi. J’en connais, de ces familles atypiques, qui marchent bien mieux que d’autres monoparentales !

    Vieux jeu vous êtes, et je vous comprends ; mais faut s’y faire. Au-delà de Descartes, si vous essayiez Montaigne, ou les auteurs grecs anciens, pour alimenter vos réflexions ? Bon courage.

  • Fiers de quoi ?
    Descartes

    1er juillet 2012 19:56, par Thierry LARONDE

    Il s’agit, comme toujours à notre époque, d’un mensonge, c’est-à-dire d’une interversion : la soi-disant "liberté" exige de mettre sur la place publique le plus intime de l’individu : la privauté. C’est la forme moderne de la confession. La confession permettait de pénétrer dans le for intérieur qui, sans cela, restait à l’abri de la police religieuse. L’obligation d’exhiber ce qui relève strictement de la privauté fait partie de ce totalitarisme qui impose que tout soit connu publiquement, afin de pouvoir tenir les individus.

    Dans le même esprit totalitaire sous couvert de "liberté", on notera également dans les discussions sur les forums, l’exigence par certains d’avouer pour qui l’individu a voté (hormis si le discours indique clairement qu’il s’agit de répéter la vulgate ; dans ce cas-là, on n’exige pas la "transparence", et on ne fait pas preuve de terrorisme intellectuel).

    On notera également que si l’homosexualité ne posait plus de problème en France, elle recommence à en poser, par l’importation de cultures nettement moins ouvertes et qui prônent la répression allant jusqu’au meurtre. Et, hasard : ceux qui protestent contre les agressions contre les homosexuels, sont aussi ceux qui défendent les beautés du "multiculturalisme" source des agressions...

    La politique consiste à gérer le commun. Dans le domaine de la sexualité, la collectivité ne doit avoir à connaître que de ce qui relève de conséquences communes : la prophylaxie, la prostitution, etc. Vouloir faire entrer autre chose dans la politique, c’est soit inviter à mettre en place une police de la privauté, soit réduire la politique à la gestion d’affaires strictement individuelles. C’est, dans les deux cas, un désastre.


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