COMITE VALMY

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Les propos de McCain et le sens de la stratégie
Soraya Hélou

lundi 16 juillet 2012, par Comité Valmy


Alors comme cela, le sénateur McCain, président de la commission sénatoriale des affaires étrangères aux Etats-Unis, aurait été mal compris au Liban ? Il pensait à la Turquie et à la Jordanie, mais certainement pas au Liban pour y installer une zone sûre pour l’opposition syrienne. Comment ne pas y avoir pensé ? Les Libanais sont décidément très nombrilistes pour toujours tout ramener à eux et à leur pays. Voyons, il est tellement normal pour un sénateur américain, républicain de surcroît et connu pour ses positions extrêmes, de violer la souveraineté d’un autre pays à partir du Liban. Parce qu’il s’agit bien de cela, n’en déplaise aux puristes. Demander à un Etat souverain de retirer sa souveraineté sur une parcelle de son territoire pour permettre à des hommes armés de circuler librement à travers sa frontière n’a pas d’autre nom jusqu’à présent, dans le dictionnaire politique.

Naturellement, il n’aurait pas été plus simple pour le sénateur McCaine de transmettre son message directement aux autorités turques ou jordaniennes en se rendant dans ces deux pays pour y faire sa fameuse déclaration. Non, à partir du Liban, il pensait peut-être que cela avait plus de portée… Trêve de sottises. Cela suffit de prendre les Libanais pour des demeurés.

N’en déplaise à ceux qui s’accrochent à leurs rêves, le sénateur McCain a certainement souhaité que le Liban réserve une zone sûre aux combattants de l’opposition syrienne sur son territoire Nord et son démenti n’a convaincu personne. Surtout pas en tout cas, les groupes alliés à l’opposition syrienne au Akkar qui ont aussitôt décidé de fermer les routes de leur région en prenant pour prétexte la remise en liberté des officiers arrêtés dans l’affaire de la mort de cheikh Abdel Wahed et son compagnon. A peine le sénateur américain avait-il terminé sa déclaration que les éléments armés du Nord sont descendus dans les rues.

La coïncidence est étrange et l’on peut aisément penser qu’il y a un lien entre les deux éléments. Seulement, cette fois, ce serait l’ambassadrice des Etats-Unis elle-même qui serait intervenue pour demander au bouillant sénateur de corriger sa précédente déclaration. D’une part parce qu’elle est en flagrante contradiction avec les propos tenus par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton au cours de son entretien téléphonique avec le Premier ministre Négib Mikati. D’autre part, elle ne s’inscrit pas pour l’instant dans l’ordre des priorités de la politique américaine dans la région. Face à la fragilité de la scène libanaise, l’administration américaine plongée dans plusieurs dossiers chauds et paralysée par sa propre campagne présidentielle, ne souhaiterait pas des développements qui risqueraient de modifier le statu quo actuel. Certes, il faut alimenter la crise syrienne et empêcher toute possibilité de solution, mais il ne faut pas non plus élargir le périmètre du chaos de manière à mettre en cause l’équilibre actuel.

L’administration américaine, selon des sources diplomatiques occidentales, souhaiterait donc maintenir le conflit syrien dans le cadre des guerres d’intensité faible, selon l’expression reconnue. Sans prendre trop de risques. Car s’ils veulent bien aboutir à une chute du régime de Bachar Assad, les Américains savent désormais que ce n’est pas une partie facile et qu’en tombant Assad pourrait entraîner un chaos généralisé à une période particulièrement critique pour les Occidentaux.

Pour cette administration, il s’agit donc de donner des armes de communication et des moyens de contact sophistiqués comme les lunettes à infra rouges pour les combattants de l’opposition, sans aller jusqu’à leur livrer des armes de combats, laissant ce soin aux pays arabes qui se dévouent pour le faire.

L’objectif de ces manœuvres est d’empêcher l’opposition encore divisée et peu performante de s’effondrer face à la détermination et à la cohésion du régime. Pour le reste, il faut attendre, mais le Liban restant une scène très sensible, il vaut mieux ne pas trop le remuer, pour l’instant. C’est donc pour cette raison que le sénateur McCain a été contraint d’apporter un démenti à ses déclarations et comme l’a dit un diplomate qui connaît bien les Américains : « Après tout, ce n’est pas bien grave. Les Américains ne connaissent pas bien la géographie de la région. Le sénateur a très bien pu confondre la Turquie, la Jordanie et le Liban… ». C’est ce qui s’appelle le sens de l’humour à défaut d’être celui de la stratégie.

Source : moqawama.org


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