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La tendance au Liban

Les sunnites patriotes,
rempart contre la discorde sectaire
Par Ghaleb Kandil

lundi 13 août 2012, par Comité Valmy


La tendance au Liban

Les sunnites patriotes, rempart contre la discorde sectaire

Par Ghaleb Kandil

Les efforts s’intensifient en vue de provoquer un conflit communautaire et sectaire dans la région arabo-musulmane, dans le but de la déchirer.

Les Israéliens prévoient déjà le morcellement de la Syrie, du Liban et de l’Irak, alors que les Etats-Unis s’emploient à enfoncer de grands pays du Moyen-Orient, comme l’Iran et le Pakistan, dans des bains de sang, à travers des mouvements terroristes et takfiristes, œuvrant sous le slogan de la libération du Baloutchistan.

Le Liban vit depuis des années sous le spectre d’un conflit sectaire, qui devient un danger réel. De nombreuses tentatives ont eu lieu ces derniers temps pour provoquer des heurts qui serviraient d’étincelle à une discorde qui deviendrait incontrôlable, tantôt à travers le déplacement des combats de Bab Tebbané et Jabal Mohsen, à Tripoli, vers d’autres régions, ou encore en provoquant des affrontements à Tarik Jdidé. L’enlèvement de pèlerins libanais retenus en otages en Syrie depuis le 20 mai s’inscrit également dans le cadre de ces tentatives.

Ceux qui ont planifié ces incidents ont à chaque fois tenté de susciter des réactions sectaires et de répandre le désordre et le chaos sécuritaire. Ils ont tenté, à n’importe quel prix, de provoquer un accrochage ou des frictions, mais ils ont échoué jusqu’à présent, en raison de la décision du Hezbollah et du Mouvement Amal de ne pas se laisser entrainer dans un affrontement sectaire. Déçus par leur fiasco, ils ont confié cette sale besogne à cheikh Ahmad Al-Assir, qui a fait des prêches sectaires et provocateurs, dans l’espoir de susciter des réactions du même type de la part de l’autre camp. Mais en dépit du fait que ce cheikh intégriste a dépassé toutes les limites, et du laxisme des autorités et sécuritaires face à ce discours extrémiste interdit par les lois libanaises, et de la complicité de nombreux médias inscrits sur la payroll des Etats du Golfe et de leurs représentants au Liban, Amal, le Hezbollah et leurs alliés ne sont pas tombés dans le piège.

La fermeture de la route du Liban-Sud au niveau de Saïda par les partisans de cheikh Al-Assir a montré sur quelles bases devrait reposer la riposte à ces provocations. Les dirigeants patriotes de la ville se sont dressés pour étouffer la fitna dans l’œuf, rendant à cette ville son rôle national en y instaurant un nouvel équilibre populaire et politique. Ce sursaut a fait avorter l’initiative de cheikh Al-Assir, qui espérait provoquer des heurts interconfessionnels. Mais au lieu de cela, ce sont les fils de Saïda qui se sont opposés à lui. Ses commanditaires se sont alors employés à lui trouver une porte de sortie et son sit-in a été démantelé sans qu’il n’atteigne les objectifs qu’il s’était fixé. A savoir, l’examen « sérieux » de la question des armes de la Résistance. A cette occasion, les liens existant entre Al-Assir et le Courant du futur (CDF) sont apparus au grand jour avec la rencontre entre le cheikh intégriste et Ahmad Hariri, secrétaire général du CDF, et la décision de ce mouvement de ne pas appuyer la grève à Saïda.

La conclusion que l’ont peut tirer de ces événements est que les forces réellement nationalistes sont capables de faire échec à la discorde.
Dans ce cadre, les forces et personnalités sunnites patriotes, qui partagent avec leurs partisans les principes et les valeurs de la Résistance et l’attachement à l’identité arabe, peuvent jouer un rôle central. De même que la participation de médias à ce complot peut être jugulée à travers une bataille politique et juridique menée en Conseil des ministres pour priver les « partisans de la discorde » de la couverture médiatique dont ils bénéficient.

La Résistance et les forces patriotes ont toujours fait montre d’une patience exemplaire dans le traitement des questions nationales sensibles, plaçant en tête de leurs priorités la nécessité d’éviter la fitna.

Leurs ennemis ont exploité cette patience pour multiplier les provocations et faire avancer leur plan, en misant sur le silence de la Résistance dont l’attachement à l’unité nationale s’est transformé, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, en point de faiblesse.

L’expérience des derniers mois a prouvé que les leaders sunnites patriotes sont un partenaire de confiance sur lequel on peut compter. Ils disposent d’une assise populaire et d’un prestige politique susceptibles d’empêcher le glissement vers le bain de sang pour lequel les services de renseignements des Etats du Golfe, et leurs mentors occidentaux et israéliens, travaillent d’arrache-pied.

Tendances de l’Orient

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
Tendances de l’Orient No 95 lundi 13 août 2012.

Bulletin hebdomadaire d’information et d’analyse, spécialisé dans les affaires de l’Orient arabe.


Déclarations et prises de positions

Michel Sleiman, président de la République libanaise

« Je suis attaché à l’option de la proportionnelle dans le projet voté par le Conseil des ministres. Cette option était réclamée par un large éventail de Libanais, y compris par une partie de ceux qui s’opposent aujourd’hui au projet totalement ou partiellement, et cela est leur droit démocratique. C’est à la Chambre de débatte de la question des circonscriptions électorales de façon à ce que celles-ci entraînent l’approbation du plus grand nombre de députés. Il est nécessaire d’améliorer le quota féminin afin que la femme puisse avoir une participation et un rôle réel et effectif dans la vie politique. »

Sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah

« La Résistance constitue la source principale de crainte pour Israël s’il vient à songer à agresser le Liban. Si la Résistance constitue un rempart face à l’agression israélienne contre le Liban, au regard de son échec en 2006, Israël est en revanche rassuré par les régimes arabes, parce que leur décision se trouve hypothéquée par les États-Unis. Les armes qui sont détenues par la plupart des armées arabes ne font pas peur à Israël. Mais si quelqu’un vient à rompre l’équilibre, ils ont immédiatement recours à la menace. Ce qui signifie que le Liban possède une force de dissuasion qui s’appelle la Résistance. Comment peut-on être réellement en mesure de penser à se dispenser de la puissance de la résistance avec tout ce qui se produit dans la région ? Est-ce le moment de le faire ? Et quelle est la force de dissuasion alternative dont le Liban pourrait bénéficier pour être sûr qu’Israël n’aura pas peur d’attaquer ?

Les visées d’Israël sur nos terres et notre eau ont-elles disparu, alors même qu’il manifeste un intérêt notable pour notre pétrole et notre gaz ? Les autres n’ont pas de vision. Ils veulent juste que nous remettions nos armes. L’armée peut-elle constituer une force de dissuasion ? Sa force devrait être égale à celle de l’armée israélienne et c’est à ce moment-là qu’elle peut constituer une force de dissuasion.

Peut-on seulement en arriver à ce stade ? Il faut apaiser les craintes communautaires créées par le maintien des armes par une seule communauté, mais sans ôter les armes de la Résistance et exposer tout le Liban au danger israélien. La solution, c’est de préserver la Résistance et de nous asseoir calmement pour discuter des craintes. Ils disent qu’il ne peut y avoir d’élections à l’ombre des armes. Il y a eu des élections au Koura et elles se sont déroulées en toute intégrité. Tout cela s’est produit à l’ombre des armes de la Résistance, qui sont pour la Résistance et qui n’ont eu aucune influence sur les élections. Durant toutes les élections, il n’y a jamais eu d’influence quelconque des armes sur le scrutin. Certains affirment qu’il ne devrait pas y avoir de proportionnelle à l’ombre des armes. Pourquoi peut-on le faire avec un scrutin majoritaire et pas la proportionnelle ? Certains prétendent que pour régler l’état de chaos généré par les armes au Liban, il faudrait dissoudre la Résistance et en ôter les armes. Il y a au Liban des partis, des milices, des guerres et le chaos des armes d’avant notre naissance et avant que la résistance n’existe. Les armes sont chez tous les Libanais et les armes qui génèrent des problèmes sont aux mains de tous les Libanais. Quant aux armes qui servent à dissuader Israël, elles sont chez nous, uniquement. Il est possible d’organiser le chaos des armes si l’État et les forces politiques en possèdent la volonté, tout en préservant la Résistance. Ils disent que les armes de la résistance empêchent l’édification de l’État.

Y avait-il un État avant la création de la Résistance ? Il n’y a pas eu d’État avant 1990. Est-ce notre faute ? Non. Jamais. Ils dissimulent les véritables raisons et inventent des prétextes fallacieux. Les véritables raisons sont l’État confessionnel –nous avons, depuis la fondation du Grand Liban, une crise d’État – ainsi que la corruption, politique, financière et administrative – et comment édifier un État alors que la corruption est répandue ? Certains changent leur fusil d’épaule et d’allégeance politique en fonction de l’argent. La réforme tarde, mais le problème, c’est que la corruption est protégée. La plupart des forces politiques qui triomphent lors des élections sont une partie de la corruption et la protègent. Et lorsque nous voulons parfois combattre la corruption, elles menacent d’une guerre civile et confessionnelle. Nous sommes ceux qui profiteraient le plus de l’édification de l’État réel. Nous avons des armes depuis 30 ans. Si nous avions voulu établir notre hégémonie sur l’État, pourquoi ne l’avons-nous pas fait ? Nous ne le voulons pas.

Si l’une des composantes du 14 Mars avait nos armes, elle aurait établi son hégémonie sur le pays. Nous avons eu l’opportunité de dominer le pays le 7 mai 2008 et nous ne l’avons pas fait parce que nous ne le voulons pas. Au nom de la communauté chiite, je déclare que nous ne voulons être ni une communauté gouvernante ni une communauté leader. Nous reconnaissons le Liban dans toutes ses communautés et dans le respect mutuel. Nous devons tous être égaux pour vivre ensemble. Mais il y a un camp politique qui refuse tout véritable dialogue : les forces du 14 Mars, qui souhaitent que la résistance remette ses armes et que le gouvernement Mikati s’en aille pour prendre le pouvoir.

Pouvez-vous protéger le Liban si vous prenez le pouvoir ? Pouvez-vous combattre la corruption ? Comment pourraient-ils le faire alors qu’ils sont une partie importante de la corruption ? Si le cabinet chute et que le 14 Mars prend le pouvoir, la TVA va augmenter. Au moins le gouvernement actuel mène une politique de dissociation à l’égard des événements en Syrie. S’ils prennent le pouvoir, ils ouvriront des camps de combattants dans le Nord et la Békaa, et créeront des zones tampon. Il n’y a qu’une seule issue : nous devons nous asseoir ensemble à la table de dialogue. Les États-Unis et l’Occident veulent détruire la Syrie et y empêchent tout dialogue. Cela est déplorable au plan humanitaire, mais si la situation est abandonnée à la solution militaire, les choses iront vers plus de tueries et de massacres. Nous souhaitons que tout le monde se calme en Syrie. Et que les parties au Liban ne posent pas de conditions au dialogue, et que les Libanais continuent à discuter ensemble :
l’alternative au dialogue, c’est le chaos. »

Najib Mikati, Premier ministre du Liban

« Je me suis rendu en Turquie en compagnie des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, le président Michel Sleiman s’est aussi rendu en Turquie et les informations disponibles montrent que les Turcs font de leur mieux dans l’affaire des onze pèlerins libanais enlevés en Syrie. Mais il est apparu que les otages sont encore en Syrie. Les derniers développements médiatiques montrent que ce dossier commence à prendre une nouvelle orientation. À notre avis, les pèlerins sont devenus des otages utilisés dans des objectifs libanais internes.

Malgré cela, nous tentons de régler la question de la manière la plus satisfaisante possible. Nous n’avons pas de contact direct avec les ravisseurs, mais il y a un échange de messages loin des médias pour suivre l’évolution de la situation. En tout état de cause, notre principal souci est d’assurer la sécurité des pèlerins et leur retour chez eux sains et saufs. Je ne suis pas de ceux qui provoquent des polémiques stériles. Tant que je n’ai pas de preuves claires, je ne dirais rien. Mais les apparences montrent aujourd’hui qu’il y a une certaine manipulation et une exploitation de l’affaire (…) J’ai dit que je suis le chef d’un gouvernement qui reste en place. Les ministres assument pleinement leurs fonctions, même s’il faut plus de complémentarité entre les différents ministères. J’ai ajouté que je ne serais pas un obstacle devant tout ce qui est utile au Liban. Par conséquent, s’il y a un accord pour la formation d’un nouveau gouvernement, quelle que soit son appellation, je faciliterai cette opération. Certains diront : voilà qu’il pose des conditions. Là n’est pas la question. Je suis simplement soucieux de l’intérêt du pays et je n’accepte pas de le laisser plonger dans l’inconnu face aux dangers qui sont de plus en plus menaçants. Si nous regardons ce qui se passe autour de nous, nous verrons que nous bénéficions d’une stabilité relative mais acceptable. Nous sommes au cœur d’une tempête et de vagues énormes au point que nous n’arrivons pas à mettre un plan pour le lendemain. Nous avons chaque jour un nouveau problème et le but est sans doute de nous distraire pour nous neutraliser. Mais la réalité est que la neutralisation ne touche pas le gouvernement qui changera un jour, ni ma personne puisque je n’ai pas le monopole de la présidence du gouvernement, ni moi ni quelqu’un d’autre d’ailleurs. Je me demande donc s’il ne s’agit pas en fait de noyer le navire libanais. Au lieu de rester solidaires face aux dangers actuels, certains se lancent dans un pilonnage systématique et aveugle, sachant que ces attaques nuiront au Liban. La politique de dissociation à l’égard du dossier syrien a été la décision la plus difficile que nous ayons adoptée au début des événements en Syrie. Imaginons un peu quelle aurait été la situation dans le pays si nous avions décidé d’appuyer la révolution en Syrie ou le régime. Notre rôle n’est pas de décider à la place des Syriens. Depuis le premier jour, nous avons dit que nous voulons le meilleur pour la Syrie et son peuple. Mon objectif est uniquement de protéger mon pays et de lui éviter un surplus de divisions. Notre pays est divisé sur la question syrienne et toute politique autre que la dissociation signifie encore plus de division et le glissement vers la guerre civile. »

Michel Aoun, leader du Courant patriotique libre

Tout le monde sait qu’avec les moyens actuels, l’armée ne peut pas réaliser l’équilibre avec Israël. De plus, le faible et le pauvre ont du mal à réaliser un équilibre avec le fort et le riche, dans le cadre des forces traditionnelles. C’est pourquoi la guérilla est la solution pour les faibles et les pauvres. Ceux qui veulent donc que l’armée assume la défense face à Israël manquent de connaissances stratégiques. Le reste s’inscrit dans le cadre de la polémique. Les armes de la résistance n’ont pas empêché la victoire électorale du 14-Mars en 2009 ni cette année au Koura. Dans ce cas, pourquoi le feraient-elles en 2013 ?


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