COMITE VALMY

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Un point de vue allemand

Retour au deutschemark !
par Thomas Hoyer*

mardi 2 octobre 2012, par Comité Valmy


Retour au deutschemark !

« Je maintiens ma prise de position en faveur de la vision que le grand Charles de Gaulle nous a transmise : une Europe des Nations. Le trésor du vieux continent, c’est la diversité de ses cultures  »

par Thomas Hoyer*

Pour Thomas Hoyer, l’euro a échoué. L’entrepreneur voit dans la monnaie unique un signe d’un putsch contre l’Etat allemand.

L’économiste Eugen von Böhm-Bawerk a enseigné : « Le pouvoir politique ne peut jamais abolir la loi économique. »

La monnaie unique a échoué. En essayant de déjouer les lois de l’économie, l’UE a échoué comme autrefois le bloc de l’Est. Merkel, Schäuble, Steinmeier et consorts le savent très bien. Mais ils continuent et font ainsi empirer la situation. Le plan de sauvetage permanent (MES) et le pacte budgétaire vont être instaurés, aucune sentence n’y changera quoi que ce soit. L’« expérience très excitante » (Wolfgang Schäuble), d’adapter la réalité à l’idéologie de l’euro, continue.

Les nouvelles lois abrogent dans une large mesure la prérogative du Parlement : le droit budgétaire. De cette façon, l’effondrement de l’Etat allemand s’accélère. Nous nous trouvons dans un putsch provoqué par des moyens bureaucratiques. Le parti de gauche l’a exprimé avec la clarté nécessaire. Les droits de souveraineté et la richesse nationale sont gaspillés contre un engagement à faire des efforts pour des « freins à l’endettement ». Les ministres-présidents des Länder se vantent d’avoir, grâce à leur consentement, négocié plus d’argent pour augmenter le nombre de places dans les jardins d’enfants : une politique au niveau de l’imbécillité infantile.

Le résultat ? L’Allemagne est isolée. Les peuples européens s’insultent. Les parlementaires déplacent toujours plus de compétences vers Bruxelles, car ils ne savent pas comment continuer. Mais une augmentation des compétences de la centrale bruxelloise ne veut pas dire qu’elle est soudainement éprise d’un esprit européen. Les collaborateurs restent représentants de leurs pays qui peuvent alors exprimer de manière encore plus décomplexées leurs intérêts individuels. Angela ­Merkel n’a pas causé le désastre, elle a à lutter avec l’héritage de Kohl, Waigel, Schröder, Schäuble.

La conscience politique qui aurait été nécessaire pour la compréhension de la situation de la nouvelle politique étrangère ne s’est pas développée. Comblé d’un romantisme politique, on a consenti à l’euro. Mais l’histoire, Bismarck le savait, travaille plus précisément que la Cour des comptes prussienne [« preussische Oberrechnungskammer »], et en fait elle a atteint le point que la République fédérale s’approche de la RDA, toutefois sans espoir de salut. Nous ne pouvons plus continuer à argumenter avec les notions démocratiques, car celle-ci n’existe qu’apparemment. Nous nous trouvons dans un état d’agonie sociale et d’anomie politique, donc d’absence de lois. Les traités – Maastricht ! – n’ont pas de valeur, la Loi fondamentale n’est plus qu’une masse disponible pour tout. La loi ne s’applique sans réserve que là où elle peut servir à la répression des citoyens payant des impôts. Un super-Etat européen édifié sur cette monnaie est une communauté forcée contre laquelle tous les meilleurs instincts se défendent. Toute personne, qui aime la liberté, développe des contre-stratégies pour se défendre au moins en privé contre le pillage et l’égalitarisme. C’est pourquoi le super-Etat fait appel, pour se maintenir en vie, aux mauvais instincts. L’espionnage, la surveillance, la dénonciation et l’invention constante de nouveaux crimes pour limiter la liberté d’expression augmenteront. Dans son interview accordé au Spiegel, Wolfgang Schäuble ne laisse aucun doute sur ses motivations. Le ministre veut remplacer l’Etat national par un super-Etat européen. La Commission européenne est tenue d’élaborer un « véritable gouvernement », même s’il faut s’attendre à des « réflexes nationaux ».

Dans l’ombre du désastre de l’euro, des signes d’une révolution politique par le haut apparaissent. Pour les Etats en faillite s’est ouvert, avec le mot magique d’« union budgétaire » accompagnée par la mise en commun du budget national allemand, une véritable mine d’or. L’argent des contribuables et la solvabilité allemands représentent une mine d’or productive soumise au pillage.

Pourquoi nos dirigeants politiques y participent-ils ? La crise de l’euro n’est que le catalyseur pour créer une union politique en Europe. A cette fin, il faut cependant faire sauter la Constitution allemande qui, par la Cour constitutionnelle fédérale, présente constamment un obstacle aux sauveurs de l’euro. Schäuble a exprimé clairement dans le Spiegel, qu’il ne craint plus le souverain allemand, puisqu’il avance l’idée d’un référendum pour sceller juridiquement la fin de l’Etat-nation. Le président de la Cour constitutionnelle fédérale, Andreas Vosskuhle, avait déjà déclaré l’année dernière, qu’on se dirigeait « de toute évidence » en direction d’un référendum, car c’est la seule façon de pouvoir continuer à transférer des compétences sans enfreindre la Loi fondamentale.

Il est désormais à craindre que le gouvernement fédéral en collaboration avec « des forces sociales importantes » oblige les Allemands dans un acte démocratique suicidaire, à consentir à une loi européenne des pleins pouvoirs. Schäuble jubile : « Plus les gens voient ce qui est en jeu, plus ils sont prêts en tirer les conséquences appropriées. »

Ils vont tenter de réinterpréter le putsch contre leur propre peuple comme référendum sur la guerre et la paix. Les adversaires du sauvetage de l’euro et de l’union budgétaire seront traités d’extrémistes qui menacent la paix. Il s’agira de la bataille finale pour la démocratie et la souveraineté nationale.

Je maintiens ma prise de position en faveur de la vision que le grand Charles de Gaulle nous a transmise : une Europe des Nations. Le trésor du vieux continent, c’est la diversité de ses cultures. Husum et Palerme ne sont pas Miami et Seattle. Si Madame Merkel voulait entrer dans l’histoire, elle devrait avoir le courage de tenter l’expérience prometteuse de mettre fin à sa novlangue orwellienne et retourner au deutschemark. Actuellement, on ne peut pas s’attendre à ce qu’une telle mesure vienne de la classe politique.

*Thomas Hoyer est président du conseil consultatif de la Hoyer Group. (Traduction Horizons et débats)


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