COMITE VALMY

Accueil du site > - ANALYSES MARXISTES, documents et apports communistes > Les élections législatives libanaises La loi de 1960 et les résultats prévus - (...)

Les élections législatives libanaises

Les élections législatives libanaises La loi de 1960 et les résultats prévus - par Marie Nassif-Debs, Responsable des relations Internationales du PCL

samedi 13 juin 2009, par Comité Valmy


Le lundi 8 juin, à midi, le ministre libanais de l’intérieur a publié les résultats officiels des élections législatives, annonçant la victoire de la majorité sortante, alliée des Etats-Unis et connue sous le nom de « Forces du 14 mars », sur l’opposition, alliée de la Syrie et de l’Iran et connue sous le nom de « Forces du 8 mars »[1]. La différence étant de 14 sièges : 71 à 57.

Cette annonce a mis fin à une période d’escalade confessionnelle qui durait depuis plus de dix mois et dont la conséquence fut l’exacerbation des divisions qui suivirent l’agression israélienne de juillet 2006 et se répercutèrent dans des affrontements populaires et armés généralisés ; le point culminant fut, sans aucun doute, la bataille du 7 mai 2008 qui donna lieu à l’Accord de Doha et, par suite, à la loi selon laquelle se déroulèrent les élections du 7 juin 2009.

L’Accord de Doha et la loi de 1960

Cet accord, signé le 16 mai 2008, est formé de trois points essentiels :

1-L’élection d’un président de consensus, mettant fin ainsi à plus de huit mois de vide constitutionnel.

2-La formation d’un gouvernement dit « d’unité nationale » dans lequel le groupe du 8 mars serait représenté par le tiers, ce qui constituerait une garantie pour ce groupe et lui donnerait le droit de veto au cas où la majorité tenterait de faire passer des projets sur lesquels il ne serait pas d’accord.

3-Le retour à la loi de 1960, basée sur le vote majoritaire et divisant le pays en 28 petites circonscriptions ayant, chacune, une couleur confessionnelle dominante. Un seul changement : un nouveau découpage des circonscriptions de la capitale, afin de permettre au mouvement de Saad Hariri de faire main basse sur tous les sièges sunnites.

Et, si les leaders présents à Doha avaient, dans leur majorité écrasante, dénigré, dès leur retour au pays, la loi de 1960, cependant ils ne firent rien pour s’en séparer ; bien au contraire : tous entérinèrent sans rechigner les clauses de l’accord, y compris celle se rapportant à la formation d’une liste commune entre le « Mouvement du futur » (14 mars), le Hezbollah et le « Mouvement AMAL » (8 mars) dans la seconde circonscription de Beyrouth. Ajoutons que, vu les couleurs confessionnelles des circonscriptions, il était aisé de savoir, bien avant les élections, les résultats de quelques 100 sièges sur les 128 qui forment le parlement ; ce qui signifie que le peuple libanais n’a pas voté et que la majorité écrasante des députés étaient nommés et non élus.

Cette situation fait qu’il était quasi impossible de bien veiller sur la démocratie des élections, puisque la loi elle-même fausse les suffrages. A cela il faudra ajouter l’argent, l’abus de pouvoir et, cette fois, les quelques cent mille émigrés libanais (dont certains ne savent pas un mot d’arabe) appelés à la rescousse (à l’aide de billets payés à l’avance) dans les circonscriptions où les forces étaient égales.

Tous les moyens sont bons

En plus de toutes les formes d’ingérences, nous devrions noter les appuis internationaux aux deux camps, à celui du « 14 mars » notamment.

Citons à titre d’exemples :

1-Les Etats-Unis ne se sont pas contentés de l’activité de leur ambassadrice et de son prédécesseur, Jeffry Feltman, devenu, depuis, le responsable du Moyen Orient ; ils ont, au contraire, supervisé la participation de l’émigration libanaise aux élections ; et, surtout, ils ont triplé la mise, à commencer par la visite de la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton suivie par celle du vice président Bayden, qui a réuni toute l’équipe du « 14 mars », et, enfin, celle de du président lui-même qui a tenu à parler de la minorité maronite du Liban dans le discours prononcé à l’université du Caire.

2-Israël a utilisé toutes les armes politiques et militaires qu’il détient. Ainsi, durant plus d’un mois, ses éditorialistes et autres personnalités médiatiques ont « alerté » l’opinion libanaise sur les dangers que pourrait revêtir la victoire du Hezbollah. Il est allé même jusqu’au recours à des manœuvres dont le but réel était de dire que Tel Aviv se sentait prêt à intervenir directement dans la bataille.

3-Presque tous les gouvernements européens avaient exprimé leur anxiété quant à l’évolution de la situation au Liban, à tel point qu’ils avaient oublié les élections européennes qui avaient lieu le 7 juin… De même, tous ont exprimé leur soulagement à la suite de la « victoire » des amis des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite

4-L’envoi par les gouvernements du Golfe, arabes et autres, de délégations dont le rôle consistait à convaincre, par différents moyens, tel ou tel responsable (ou parti) politique de changer de cap (comme cela s’est passé avec la Jamaa islamiya à Saїda.

5-Les visites ininterrompues de certains responsables du « Groupe du 8 mars » à Damas, dans le but de discuter des listes.

6-L’appel du patriarche maronite à voter pour des forces politiques spécifiques.

7-La non application des clauses de la loi sur l’information et la publicité électorales. Ce qui fait que les têtes de listes, propriétaires des chaînes télévisées, ont déployé toutes leurs armes confessionnelles devant les Libanais, tandis que les candidats indépendants étaient presque inexistants.

8-Les différences, par milliers de voix, existant entre les listes de votants envoyées, quelques mois plus tôt, aux municipalités et celles remises aux bureaux de vote le jour des élections.

9-Le rôle que certains ont voulu faire endosser au président de la République dans les listes pro « 14 mars » à Jbeil et dans le Kesrouan ; et, ce, en prévision de la formation de ce qu’on a commencé à appeler « le groupe du centre ».

Le Parti Communiste libanais

Il est vrai que le Parti Communiste libanais fut le premier à refuser la loi de 1960 ; d’abord, à partir de sa position de principe en ce qui concerne la nécessité de créer au Liban une société civile non confessionnelle ; ensuite, parce qu’il croit que le point de départ de tout changement démocratique réel se trouve dans une loi électorale basée sur la proportionnelle qui constitue la base de la meilleure représentativité.

Il est vrai aussi que le PCL a affirmé à plusieurs reprises qu’il mènerait une bataille politique contre la loi de 1960, à partir de cinq principes qui sont : la proportionnelle, la suppression du confessionnalisme, le Liban une seule circonscription, le quota féminin temporaire et le vote à 18 ans.

Il est vrai, enfin, que le PCL a précisé qu’il pourrait faire des recoupements avec certaines forces politiques sur la base d’un programme minimum politique (la loi électorale) et socio économique (la suppression des taxes nouvelles et des mesures antisociales votées lors de la troisième conférence de Paris).

Cependant, et vu que ses appels n’ont pas trouvé de réponses concrètes, ses candidats sont restés seuls dans les cinq circonscriptions où ils se sont présentés. Et, là, nous devrions dire que le PCL a commis une erreur tactique ; il aurait dû se retirer de la bataille électorale tout en poursuivant la bataille politique contre la loi. Parce qu’en plus de la défaite, le parti n’a pas pu regrouper tout son électorat dont une partie a préféré « le vote utile ».

Les résultats et les prévisions

Certains pensent que les résultats des élections législatives furent bien contrôlés par les Grands électeurs internationaux et régionaux qui ne sont pas pressés de rompre le statu quo né de l’Accord de Doha. Cependant, ces élections, ainsi que la campagne électorale qui les a précédées, ont exacerbé encore plus la division verticale de la société libanaise. Le discours confessionnel et les ingérences extérieures ont accentué les problèmes déjà existants, de telle manière qu’il n’est pas faux de dire que le pays peut reprendre la route de la violence, à un moment où des dizaines de cellules d’espionnage pro israéliennes continuent à être démantelées. Ajouter à cela les répercussions de la crise capitaliste mondiale sur un pays très endetté et dont les secteurs économiques productifs battent de l’aile, sans que l’alliance de classe au pouvoir ait tenté de trouver des solutions valables, se contentant de suivre les directives du Fonds monétaire international en ce qui concerne la suppression du secteur public et des services de base. D’ailleurs, les deux groupes de la bourgeoisie, celui du « 8 mars » comme celui du « 14 mars », ont proclamé à plusieurs reprises leur attachement aux privatisations à outrance et aux clauses des trois conférences de Paris : Le président de la Chambre, Nabih Berri, l’a bien spécifié lors d’une interview trois jours seulement avant les élections. Il a aussi proclamé qu’il était candidat au poste qu’il venait de quitter.

Certains ont vu dans ses déclarations socio économiques et politiques des signes précurseurs d’un accord possible qui le grouperait, en plus de Saad Hariri et Walid Joumblatt, dans une nouvelle formation politique, le Centre droit, dont l’image de marque serait « la modération » à l’exemple de celle préconisée puis réalisée par l’ex ministre des Affaires étrangères étasuniennes Condoleeza Rice entre l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et la Jordanie.

Voilà pourquoi la bourgeoisie libanaise (surtout celle des finances et des affaires) et une partie des représentants du féodalisme politique pensent qu’une telle formation redonnerait du tonus au régime libanais branlant et près de s’effondrer. Voilà pourquoi, profitant du retour, précaire, à la normale dans les relations entre Riad et Damas, mais aussi le flirt entre Washington et Damas, et craignant de ne pas pouvoir sauver leur régime à temps, ils croient que cette solution, en plus d’un peu de lest « démocratique » jeté aux jeunes (le vote à 18 ans), leur épargnerait les changements brusques qu’ils avaient cru avoir enterré pour toujours quand ils avaient liquidé le mouvement syndical, dans la première moitié des années quatre-vingt-dix…Surtout que le mouvement de la gauche libanaise et les démocrates, en général, n’ont pas pu encore émerger de la crise existentielle qui les avait secoués à la fin de la guerre civile : ils restent prisonniers des slogans réformistes assez éloignés des appels au changement qu’ils avaient lancés dans les années soixante-dix du siècle dernier.

Beyrouth, le 9 juin 2009

Marie Nassif-Debs,

Responsable des relations Internationales du PCL


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>