COMITE VALMY

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Et l’Europe n’a pas honte
par Liz Alderman

jeudi 15 novembre 2012, par Comité Valmy


Et l’Europe n’a pas honte …

Pendant que le réseau de santé publique étatique s’effondre,
les citoyens grecs organisent le leur

par Liz Alderman

hd. Angela Merkel a forcé par tous les moyens l’acceptation du MES, car il faut davantage de fonds de « sauvetage » pour la Grèce, afin que les banques et l’oie en or Goldman Sachs puissent continuer à être renfloués. On sait que les recettes et les bénéfices de Goldman Sachs ont de nouveau dépassé les « attentes des analystes ». De plus, l’UE, et notamment l’Allemagne et la France, font pression quand il s’agit de commandes d’armements dans leur pays. Ainsi, le « Spiegel » a publié un article le 25/5/12, intitulé « La Grèce s’arme, s’arme, s’arme », et a mentionné des sous-marins conventionnels de la classe 214, qui, au moyen de leur propulsion à cellules électrochimiques peuvent effectuer de longues plongées. Il évoque également des chars de combat « Léopard 2 », munis de puissants tubes de canons lisses de 120 millimètres, provenant de l’armurier de Munich, Krauss-Maffei Wegmann (KMW). On mentionne aussi des hélicoptères de transport de l’OTAN (EADS) et seul l’achat de 60 avions de combat de type « Eurofighter » (également EADS) – sur lequel la politique allemande a toujours insisté – coûte environ 4 milliards d’euros. Avec ses 11 millions d’habitants, la Grèce est considérée comme un grand importateur d’armes, ce qui motive en plus le gouvernement turc à effectuer aussi de telles commandes. Ainsi, selon Sipri, l’Institut de recherche sur la paix de Stockholm, 13% de toutes les exportations allemandes d’armements vont en direction de la Grèce et 15% en direction de la Turquie.

En plus, on exige du gouvernement grec un programme d’économies inhumain qui touche unilatéralement le domaine social et cause de gros sacrifices. Pendant que le domaine social en 2012 a dû faire des économies supplémentaires de 2 milliards d’euros, le budget de la défense a été rehaussé de 200 millions d’euros (cf. « Die Zeit » du 5/1/12). Et l’Europe n’a pas honte …

Avec des médicaments offerts et dans des cliniques souterraines, des médecins et des infirmières traitent des patients, qui, en raison des mesures d’économies, n’obtiennent plus de prestations des assurances-maladies.
En tant que chef du plus grand service d’oncologie de Grèce, le docteur Kostas Syrigos croyait avoir déjà tout vu. Mais rien ne l’avait préparé à Elena, une femme au chômage, chez qui on avait diagnostiqué un cancer du sein un an avant qu’elle le consulte.
A ce moment-là, son cancer avait atteint la grandeur d’une orange, elle avait la peau érodée et une plaie dont elle absorbait l’humidité avec des mouchoirs en papier.
« Lorsque nous l’avons vue, nous étions bouche bée », a déclaré Monsieur Syrigos à l’hôpital général Sotira au centre d’Athènes. « Nous avons tous pleuré, de telles choses sont décrites dans les livres d’enseignement, mais on ne les voit jamais, parce que jusqu’à présent, chaque malade dans ce pays avait toujours pu obtenir de l’aide. »

La vie en Grèce est perturbée depuis qu’elle a été saisie par la crise financière. Mais dans peu de domaines, les changements sont aussi effrayants que dans ceux de l’offre sanitaire. Jusqu’à récemment, la Grèce avait un système de santé typiquement européen, dans lequel les employeurs et les individus apportaient leurs contributions à un fond, qui finançait avec l’aide de l’Etat l’assurance générale. Les personnes qui perdaient leur emploi, continuaient à obtenir leurs prestations sans restrictions.

Cela a changé en juillet 2011, lorsque la Grèce a signé un accord de crédit avec des financiers internationaux pour éviter l’effondrement financier. Quand les dirigeants grecs ont annoncé, le 24 octobre 2012, qu’ils avaient conclu avec leurs créanciers un nouveau plan d’économies strictes, on ressentait toujours les souffrances laissées par les accords précédents.
Depuis l’accord de 2011, les Grecs qui perdent leur travail obtiennent des prestations encore pendant un an au maximum. Après, ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes s’ils ne peuvent pas payer [l’assurance] et doivent payer tous les coûts de leur poche. [Selon la modification du 26 octobre 2012, l’accord ne prévoit plus de prestations lors de la perte d’emploi ; les aides de l’Etat aux chômeurs et les allocations versées des assurances-maladies pendant un an après la perte du travail, se faisaient avant la conclusion de l’accord sur les crédits.]

Dans un pays avec un taux de chômage de 25%, le nombre des personnes non assurées a augmenté continuellement, il n’existe pas de chiffres officiels. Mais on estime qu’environ la moitié des 1,2 millions de chômeurs de longue durée sont sans assurance-maladie, et l’on s’attend à ce que cette proportion augmente significativement, s’ils ne trouvent pas de travail dans une économie vouée à la chute, comme l’expliquait Savas Robolis, directeur de l’Institut pour l’emploi de la Fédération générale des travailleurs grecs.
Les changements poussent un nombre croissant de personnes à aller chercher de l’aide à l’extérieur du système de santé traditionnel. Elena, qui ne veut pas qu’on nomme son nom de famille pour protéger sa vie privée, a été transmise au docteur Syrigos par un mouvement clandestin de médecins, organisé rapidement pour les personnes non assurées.
« En ce moment, en Grèce, le chômage signifie la mort », a déclaré le docteur Syrigos, un homme imposant et sérieux, qui est devenu très doux en parlant de la détresse des patients atteints du cancer.

Le développement est nouveau pour les Grecs et peut-être aussi pour les Européens. « La situation devient semblable à celle aux Etats-Unis où la perte de l’emploi et de l’assurance signifiait que les coûts n’étaient plus couverts », ajoute le docteur Syrigos.
Ce changement se montre particulièrement marquant dans la thérapie du cancer avec ses traitements longs et onéreux. Quand des personnes non assurées apprennent qu’elles ont le cancer, « le système les ignore tout simplement » et « elles ne peuvent pas obtenir de chimiothérapie, pas d’opération ou même de simples médicaments », explique-t-il.
Le fonctionnement du système de santé est de plus en plus perturbé et va encore s’aggraver si le gouvernement approuve, comme partie d’un nouveau programme d’économies, des réductions supplémentaires de 950 millions d’euros dans les dépenses pour la santé, qui vont stopper d’autres prestations.

Vu que les caisses de l’Etat sont vides, l’approvisionnement est devenu si mauvais que quelques patients sont forcés à apporter eux-mêmes des prothèses vasculaires et des seringues pour leurs propres traitements. Les hôpitaux et les pharmacies exigent aujourd’hui des paiements en liquide pour les médicaments, dont les coûts pour les malades du cancer peuvent s’élever à des dizaines de milliers de dollars, que la plupart d’entre eux n’ont pas. Comme le système est prêt à s’effondrer, le docteur Syrigos et d’autres collègues ont décidé de prendre l’affaire en main.
Au début de l’année, ils ont élaboré un réseau clandestin pour aider les patients non assurés et d’autres malades. Un réseau, qui travaille en dehors du service officiel et utilise uniquement des médicaments excédentaires, offerts par des pharmacies, quelques entreprises pharmaceutiques et même des familles de patients cancéreux décédés. En Grèce, un médecin qui est pris sur le fait d’aider des personnes non assurées en utilisant des médicaments de l’hôpital, doit rembourser les coûts de sa propre poche.

A la clinique sociale, un centre médical provisoire proche de la base abandonnée de l’armée aérienne des USA dans les alentours d’Athènes, le docteur Giorgos Vichas a récemment montré, un après-midi, les sacs en plastique remplis de médicaments offerts qui bordaient les couloirs sales devant son bureau.

« Nous sommes un réseau Robin Hood », déclare le cardiologue docteur Vichas, qui a créé le mouvement clandestin en janvier. « Mais cette opération a une date limite », explique-t-il, « les gens ne seront plus capables de faire des dons à partir d’un certain point en raison de la crise. C’est pourquoi nous exerçons de la pression sur l’Etat, pour qu’il assume de nouveau sa responsabilité. »
Une armoire à classeurs bleue était remplie de médicaments contre le cancer et placée dans une petite pièce. Mais ils ne suffisent pas pour approvisionner le nombre croissant de malades atteints du cancer qui viennent frapper à la porte. Beaucoup de médicaments sont transmis au docteur Syrigos, qui a aménagé, il y a trois mois, dans l’hôpital un foyer pour malades où il traite, après le travail, des patients non assurés atteints du cancer, que le docteur Vichas et d’autres lui transmettent du réseau. Les collaborateurs du docteur Syrigos s’inscrivent régulièrement et volontairement pour travailler après leur travail officiel, le nombre de patients a passé de 5 à 35.

« Parfois, je rentre fatiguée et épuisée et vois double », raconte Korina Liberopoulou, une pathologiste de l’hôpital en présence de 5 médecins et d’infirmières. « Mais aussi longtemps qu’il y a du matériel, avec lequel on peut travailler, ce procédé continuera. »
Au centre médical, le docteur Vichas explique qu’il n’avait jamais pu s’imaginer être autant assailli par des gens en détresse.
Pendant qu’il parlait, Elena est arrivée ; elle portait un foulard gris plissé et un large chemisier bleu prune. Elle venait pour des médicaments, qui devaient l’aider à en finir avec les effets de la chimiothérapie qu’elle avait passée récemment chez le docteur Syrigos.
Elena a raconté qu’elle n’avait plus d’assurance, après avoir abandonné son poste d’enseignante pour pouvoir s’occuper de ses parents atteints du cancer et de son oncle malade. Quand ils sont morts, la Grèce a été saisie par la crise financière et il lui était impossible de trouver du travail à 58 ans. Elle a raconté qu’elle avait été prise de panique quand on a constaté chez elle le même cancer, dont sa mère était morte ; On lui a dit que les traitements coûteraient au moins 40 000 dollars et les moyens financiers de sa famille étaient épuisés.

Son carcinome s’est répandu, mais il y a encore quelques mois, elle n’avait pas accès au traitement, jusqu’à ce qu’elle trouve le docteur Vichas par le bouche-à-oreille : « Si je ne pouvais pas venir ici, je ne ferais rien », dit-elle. « Aujourd’hui, en Grèce, vous devez conclure un contrat avec vous-mêmes, pour ne pas être très malade. »
Elle a dit qu’elle avait été bouleversée de voir que l’Etat grec avait retiré un pilier de la société comme élément du plan de sauvetage. Mais le fait que des médecins et des Grecs moyens s’organisent pour prendre en main ce que l’Etat néglige, lui a donné de l’espoir dans ces heures tristes. « Ici, il y a quelqu’un qui s’occupe de ça », dit Elena.
Pour le docteur Vichas, ce ne sont peut-être pas les médicaments qui sont la médecine la plus efficace, mais l’optimisme que son groupe apporte à ceux qui ont presque perdu espoir.

« Ce que nous avons gagné à travers la crise, c’est que nous nous sommes rapprochés », explique-t-il. « C’est la résistance », ajoute-t-il, et laisse glisser son regard sur les volontaires et les patients autour de la clinique. « C’est une Nation, un peuple, qui peut voler de ses propres ailes grâce à l’aide qu’elle s’apporte mutuellement. »

Source : © The International Herald Tribune du 25/10/12

( Traduction Horizons et débats)


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