COMITE VALMY

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La Nausée
Badia Benjelloun

vendredi 16 novembre 2012, par Comité Valmy


Ranan Youssef Arafat, 3 ans assassinée par Benjamin Netanyahou


La Nausée

Ils contiennent leur douleur.

Ils la dissimulent dans des jarres qu’ils enfouissent profondément.

De sorte que l’assiégeant et le soldat ne puissent s’en réjouir.

Ils enterrent la moisson de morts de ce jour.

Ils ne se résignent pas.

Pour chaque martyr, un chant nouveau inonde les poitrines.

De l’autre côté, par delà les barbelés et le siège qui dure depuis plusieurs vies maintenant, les spectateurs sont pris d’écoeurement. L’affrontement est trop inégal et le plus fort en armes, ivre de sa puissance, hurle selon un rituel convenu et lassant que son attaque est une défense.

Et c’est ainsi qu’il a perdu.

Voir calciner des prisonniers depuis des drones donne la nausée et même les plus cyniques demandent à oublier, peu importe le moyen, ce genre d’exploits faciles.

Les Palestiniens ne suicident plus dans des attentats.

Des roquettes tirées depuis Gaza parviennent à la périphérie de Tel Aviv.

Sur 83 lancées ce jour, seules 25 ont été interceptées par le Dôme d’acier réputé infaillible.

Quoi ?

Une vulgaire opération électorale ? Si le coût en vies israéliennes s’alourdit, elle ne sera pas favorable à son investigateur.

Une mise à l’épreuve des Frères égyptiens ? Morsi acquiesce aux conditions du prêt de 4,8 milliards d’euros de l’UE et du FMI, une vraie braderie, mais fait montre d’un mouvement d’humeur par le rappel de son ambassadeur.

Un shunt des pourparlers entre les US(a) et l’Iran ? L’État voyou qui depuis dix ans doit produire la bombe atomique pour le lendemain ne dispose plus de facteur anti-hémophilique recombinant et assiste impuissant à la mort de ses enfants qui en manquent. Le procédé de sa fabrication est cependant trivial. Obama a les mains déliées par son deuxième mandat gagné de justesse grâce à la mobilisation de Latinos et de musulmans étasuniens.

Une mesure de l’inertie du monde occidental ? C’est un acquis mais qui commence à être rogné. Netanyahu, arrogant, affabulateur et manipulateur s’est rendu antipathique à ses alliés, Obama comme Hollande. Hollande aussi doit sa mince victoire au rejet de Sarkozy par l’électorat musulman de France.

Sans doute est-ce un panachage de tout cela et de quelque autre épice secrète, la télévision de Doha montre trop de sympathie aux Jordaniens en révolte contre le petit-fils du collaborateur avec Golda Meir. Des Islamistes en Syrie reconfigureraient la région de façon incontrôlable.

Une petite provocation à l’égard de la Turquie qui se même de juger des militaires israéliens réconforte une armée défaite moralement tout juste capable de malmener un peuple dépourvu d’armée lui-même.

Et le gaz au large de Gaza.*

Une stratégie de bric et de broc, Netanyahu est un orfèvre brocanteur.

Autrefois, la mode se décidait dans les défilés parisiens de haute couture.

Désormais, la tendance est donnée par Israël. Les sionistes ont mis au goût du jour les jeunes femmes en bikini et USI en bandoulière plus l’arrogance dite shuztpah en dialecte vernaculaire de l’occupant. Pour cet hiver, le kaki est de rigueur accompagné de chapelets d’obus égrenés depuis les cieux sur les démunis.

La nouvelle façon se présente en danseuse sur une corde raide et fine tendue entre deux falaises, celles du crédit et des dettes publiques.

Les pétro-monarques ont beau absorber la moitié de la production de la quincaillerie Lockeed et Boieng, la Fed prévoit de rehausser les achats des obligations du Trésor américain de 40 milliards mensuels à 45 milliards.

La banlieue de Tel Aviv va-t-elle s’enflammer pour les roquettes artisanales de plus longue portée et toujours imprécise ou bien pour son taux de chômage et la baisse des prestations sociales ?

L’effondrement de la ville qui s’était crue éternelle, Rome et ses huit siècles de domination et d’assimilation du monde méditerranéen a eu lieu certes sous la poussée de la vitalité des peuples germains et barbares mais surtout parce qu’elle n’était plus défendue par ses citoyens écoeurés. L’ère du paysan-soldat était révolue, celle du kibboutz aussi. Écrasés sous des impôts répartis de façon inique, concurrencés par des armées d’esclaves au travail gratuit, les Romains pâtissaient d’un régime foncier agraire latifundiaire et d’une monnaie de mauvais aloi. Ils étaient pris de nausée et accueillaient les armées des envahisseurs avec soulagement.

À Tel Aviv, une dizaine de familles représente la quasi-totalité du pouvoir économique.

Les jeunes gens tentent d’échapper au service militaire obligatoire et ce n’est plus une honte.

Quand ils l’accomplissent et qu’ils servent dans les armes où ils oppriment les Palestiniens, ils sombrent souvent dans des dépressions et des conduites addictives. Ils sont candidats à l’exil.

À Gaza, en Cisjordanie, dans les territoires de 1948 ou ailleurs, les Palestiniens ont remisé leur montre, ils ont le temps.

Badia Benjelloun

16 novembre 2012


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