COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > L’insurrection de Pierre Lévy Extrait de la postface de Jean (...)

L’insurrection de Pierre Lévy
Extrait de la postface de Jean Bricmont

lundi 26 novembre 2012, par Comité Valmy


Extrait de la postface de Jean Bricmont

Il fallut aussi se trouver un ennemi. On pouvait difficilement attaquer le capitalisme, puisqu’on avait admis qu’il était indépassable. Un premier adversaire fut trouvé avec l’émergence du Front National et le « fascisme ».

Cela coïncida d’ailleurs avec l’apparition de l’holocauste comme référence centrale de la vie culturelle en France : on est passé, autour de 1968, d’un « récit » sur la Seconde Guerre mondiale centré sur la résistance gaullo-communiste à un autre récit, centré sur la collaboration vichysto-antisémite, les deux étant d’ailleurs des descriptions partielles et idéologiquement biaisées d’une réalité complexe. On s’est donc mis à « combattre le fascisme », plusieurs décennies après la fin de la guerre, et à un moment où les régimes fascistes qui avaient survécu à cette époque, en Espagne, au Portugal et en Grèce, avaient disparu.

Par ailleurs, on voit mal comment le Front National, en tout cas dans la situation actuelle, instaurerait la dictature d’un parti unique, propriété fondamentale des régimes fascistes des années 1930 : il ne la réclame pas, ne prépare pas ses militants à cette perspective, et n’a pas l’influence dans l’armée qui lui permettrait d’effectuer un coup d’État (3).

Comme le Front National était hostile à l’immigration, on a aussi développé la « lutte contre le racisme ». Contrairement au fascisme, fantasme pour l’heure imaginaire, le racisme est certes suffisamment présent pour mériter d’être combattu. Mais on peut néanmoins se demander si la façon dont la « lutte contre le racisme » est menée en pratique - en « dénonçant », en faisant « preuve de vigilance », en poursuivant devant les tribunaux, en répétant des phrases toutes faites sur « l’inacceptable », sur les « lignes » colorées (rouges ou jaunes) qui sont franchies, sur « on sait à quoi cela mène », etc. - fait vraiment reculer le racisme, ou, au contraire, ne contribue pas à l’alimenter.

La question mérite d’autant plus d’être posée que l’on assiste aujourd’hui à la (re)naissance de sentiments identitaires de toutes sortes, et que les organisations antiracistes elles-mêmes pointent justement la « montée du racisme ».

Ce qui est encore plus problématique, c’est que l’hostilité au racisme s’est petit à petit et insidieusement confondue avec l’hostilité à l’État-nation. Comme celui-ci suppose, par définition, une différence entre « nous » (les citoyens de l’État) et les « autres » (les étrangers), et que le racisme introduit évidemment aussi une telle distinction, il peut être tentant de passer d’une hostilité à l’autre. On arrive alors à une vision extrêmement abstraite de l’opposition au racisme, passant du refus de la discrimination entre citoyens (à l’intérieur d’un État donné) sur la base de l’origine, au rejet même de la notion d’État, ce qui est peut-être une position philosophique défendable, mais sûrement pas la base d’un combat politique réalisable à court ou à moyen terme.

(3). ’D’ailleurs, Lionel Jospin a lui-même reconnu que, pendant la période Mitterrand, l’anti-fascisme « n’était que du théâtre ». Voir :
http://wwwyoutube.com/watch ?v=xY3jUuFBWIM.


L’Insurrection

de Pierre Lévy

Editions Le Temps des Cerises

Postface de Jean Bricmont

Sous forme romanesque,
le livre, au style enlevé, grinçant et humoristique,
est un pamphlet d’anticipation
social, politique et géopolitique,
dont l’action se situe peu avant 2022.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>