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Lorsque Kamal frappa à ma porte
par Amit Hai Cohen

lundi 28 juillet 2014, par Comité Valmy


Voir en ligne : Les juifs marocains, plus grande communauté juive du monde arabe -PCF Cap corse

Entrée du Mellah à Rabat


Lorsque Kamal frappa à ma porte

Publié le jeudi 14 février 2013

Par Amit Hai Cohen, écrivain israélien.

Traduit par Soufiane Sbiti.

Lorsque Kamal Hachkar frappa à l’une des portes de la ville de Jaffa en Israel et que je lui ouvris, il ne s’attendait guère à ces mots que je lui lançai une fois que j’eus reconnu sa nationalité : « Où êtiez-vous pendant tout ce temps ?! ... Quel dommage que tous ces gens soient morts sur cette terre pour un rien... Dieu seul sait pourquoi nous continuons à nous entre-tuer ».

La foi nous a guidé et nous sommes venus à la recherche du messie, le fils de David qui reste notre idéal mais nous nous sommes retrouvés entre les griffes étrangères de l’Etat-nation judéo-européen. Aujourd’hui, nous sommes profondément engagés malgré nous dans une histoire. Nous n’essayons pas de comprendre ce qui nous est arrivé et comment de tels événements ont pu se produire. Comment avons-nous atterri ici alors que nous sommes des juifs marocains depuis 2000 ans ?

Quand nous sommes arrivés ici, la terre saignait. En 1948, l’armée juive et européenne avait attaqué les arabes, démoli leurs maisons et pillé leurs terres. Personne ne fut épargné dans les villes et villages. Les mains qui ont commis ces crimes contre les arabes seront les mêmes qui abuseront de nous, les juifs marocains, et vont nous instrumentaliser comme un outil pour propager leurs idées nationalistes. Dès lors, les juifs d’Orient ont partagé avec les palestiniens le statut de réfugiés dans une société sioniste et européenne.

Tous les biens des arabes furent confisqués par les Ashkenases. Alors que nous, nous avons été exploités et humiliés. Ils nous ont traités comme des esclaves et nos enfants ont servis de cobayes pour des expériences médicales. Certains enfants ont même été vendus. On nous a aussi privé d’éducation et de logement adéquat. Notre culture fut écrasée. Nos traditions et notre histoire juive marocaine les empêchaient de réaliser leur rêve d’un Etat laic européen au Moyen-Orient. Où devrions-nous aller alors ? Nous avons tout perdu et nos passeports marocains furent confisqués, ce qui nous a définitivement fermé les portes du Maroc, notre pays. Dès lors, nous sommes devenus des sionistes malgré nous.

En dépit de la souffrance des juifs d’Orient qui sont arrivés au pays et des injustices qu’ils ont subies, la majorité de ceux qui s’opposaient au régime sioniste étaient des juifs marocains : Mordekhai Faanounou Marrakchi qui avait alerté le monde sur l’existence d’une bombe atomique en Israël a purgé sa peine de 17 ans de prison, et demeure persécuté. David Ben-Harush qui avait dirigé la rébellion dans la Vallée de la Croix contre la discrimination raciale et qui avait milité pour l’égalité. Les protestations des Black Panthers d’où avait émergé Obergal Reuven et qui était toujours à la tête des luttes de beaucoup de juifs d’Orient et d’arabes. Talli Fahima, la marocaine qui avait franchi les frontières pour établir un contact avec les palestiniens. Voilà juste quelques exemples de juifs marocains ayant oeuvré pour la justice et l’égalité, parce que la solidarité fait partie de la culture des Mellahs où ils ont grandi au Maroc.

Amit Hai Cohen

Alors que la pensée sioniste essaye d’effacer d’un seul trait notre histoire et de créer de toute pièce un nouvel être humain juif, israélien en rupture avec son histoire et son passé, le film « Tinghir Jerusalem » fait de cette Histoire sa priorité. J’ai visionné le film à diverses reprises, lors de sa projection en Israël, toujours avec la même émotion. Mes grands-parents, Tamou et Moshe, que Dieu les bénissent, sont nés dans le village de « Tazki » au sud du Maroc, qui ressemble trait pour trait à celui de Tinghir d’où Kamal Hachkar est originaire. Les paysages du documentaire ressemblent comme deux goûtes d’eau à ceux du village de mes grands-parents. La langue est celle de ma famille. Pourrions-nous, 60 ans après leur départ, effacer tous ces liens, ces lieux, ces dates et cette Histoire ?

Vouloir effacer l’histoire des juifs marocains c’est comme vouloir effacer l’histoire des palestiniens en Israël. Cela fait le jeu de ceux qui veulent entretenir le conflit. L’histoire des juifs marocains ne pourrait en aucun cas devenir l’histoire des juifs-sionistes. Les 60 années d’un Etat sioniste ne pourront jamais changer l’histoire deux fois millénaire des juifs vivants en paix avec leurs voisins dans les pays arabo-musulmans.

Malgré les tentatives du pouvoir israélien de montrer notre Histoire comme étant sous-développée, nous sommes fiers de notre culture marocaine : De grands rabbins, des musiciens, des artisants de talent et une spiritualité. Nous sommes également fiers de nos racines et notre pluralité. Lorsque nous avions visité le Maroc, nos frères marocains nous avaient ouverts les portes de leurs maisons et nous ont fait part de leur nostalgie du vivre-ensemble. Nous sommes, juifs et berbères, les premiers habitants du Maroc. Notre histoire est enracinée dans les profondeurs du Grand Sahara. Le Maroc est présent dans les contes racontés par nos grands-mères dans notre langue natale. Nous avons le Maroc dans les tripes. Nous, la troisième génération, sommes attachée à la terre de nos ancêtres. Nous contribuons à sa culture et apprécions son art.

Pour cela, nous devrions tous nous unir contre l’oppression qui ravage notre région. Adressez vos critiques et protestations au pouvoir israélien qui oppresse le peuple palestinien et ne tentez pas d’effacer l’Histoire. Parce que ce n’est pas la voie des courageux.

L’histoire des juifs du Maroc constitue, en plus du refus de l’injustice, un pont culturel vers le vaste monde islamique. Elle doit servir comme base pour construire la solution.

Lorsque Kamal frappa à la porte, il ne s’attendait pas à des sanglots de Yacout qui sont en réalité, ceux d’un grand nombre d’israéliens d’origine marocaine, de la première à la troisième génération. Nul doute qu’une centaine de personnes en Israêl qui ont visionné le film de Kamal Hachkar le soutiennent. Ils sont fiers de l’Histoire plurielle du Maroc et voudraient appuyer les défenseurs d’une Histoire encore absente des ouvrages en Israël et au Maroc. 
C’est l’Histoire de l’émergence du peuple marocain : musulmans et juifs, berbères et arabes.

Que Dieu bénisse le peuple marocain.

Source :
http://fr.lakome.com/index.php/chroniques/386-lorsque-kamal-frappa-a-ma-porte

Mise en ligne CV : 14 février 2013


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