COMITE VALMY

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Analyse objective du discours de Barak Obama : « La paix » construite sur l’oppression par Marie Nassif-Debs

Marie Nassif-Debs est membre du Bureau politique de PCL

dimanche 5 juillet 2009, par Comité Valmy


Nous ne pensons pas aller à l’encontre de la vérité si nous disons que le discours tenu par le président étasunien Barak Obama, le 4 juin à l’université du Caire, n’a pas avancé une nouvelle position dans la politique extérieure des Etats-Unis. En effet, ce discours, qui fut précédé, quelques jours plus tôt, par un retour à la « Feuille de route », préparée à Oslo il y a plus de seize ans et dont l’exécution n’a jamais dépassé la première clause de « Gaza et Jéricho », a constitué la suite logique de la politique suivie par toutes les administrations étasuniennes depuis Richard Nixon et son ministre des Affaires étrangères, Henry Kissinger.

Indépendamment du langage fleuri et aussi des fréquentes citations du Coran, qui s’étendit longuement sur la nécessité du dialogue entre l’Occident « chrétien » et l’Islam, le discours s’appuya sur le raisonnement sophiste qui, sous couvert de logique, visait réellement à tromper. Voilà pourquoi, nous dirons que le président des Etats-Unis n’a pas « prononcé une parole juste », contrairement au premier verset (ayat) cité par lui. Et voilà pourquoi nous avons décidé de mettre à nu les idées contenues dans son discours, selon la traduction officielle qui nous est parvenue.

Obama, l’Islam et l’Arabité

Dans sa première partie, le discours s’est appuyé sur une toile de fond disant que la guerre menée contre l’Occident vient d’une seule direction, celle des musulmans. C’est pourquoi, prêche le discours, c’est une guerre de religion basée sur d’autres guerres de religions très anciennes dans le temps, mais aussi sur la période du colonialisme qui « priva les musulmans de certains droits et de certaines chances », pour arriver, enfin, à l’incapacité des musulmans à s’habituer « au changement extrême dû à la mondialisation et au modernisme, ce qui poussa certains musulmans à considérer l’Occident comme ennemi des traditions islamiques » !!!

Cette logique renferme deux grandes erreurs. La première consiste à vider les croisades et, plus tard, le colonialisme de leur contenu économique et de leurs deux caractéristiques d’oppression et d’exploitation ; surtout que les Croisés et les colonialistes n’avaient fait aucune différence entre musulmans et chrétiens d’Orient. Nous nous contenterons, à ce propos de parler des événements historiques qui avaient accompagné la chute de Constantinople et le rôle joué par certains Etats chrétiens, dont Gênes, afin de faciliter la prise de cette ville par les Ottomans du Sultan Mohammad V et de supprimer, par là, une concurrence gênante. Quant à la seconde erreur, elle consiste à vouloir dire que la lutte menée par les peuples arabes est une lutte « religieuse » ou, plutôt, une lutte menée par quelques obscurantistes « qui sèment la haine et la préfèrent à la coopération qui pourrait aider nos peuples à réaliser le progrès », comme le dit si bien le discours…

Ajoutons à tout cela que cette théorie à propos de l’Occident et de l’Islam et du dialogue qui doit avoir lieu entre eux nie la présence des nations et des Etats dans la régions ; il bannit le concept de l’arabité et la présence d’un monde arabe que Barak Obama n’a cité l’existence qu’une seule fois, en passant, parce qu’il voulait attribuer à la lutte des peuples arabes contre l’occupation israélienne la cause seconde de la tension dans la région. D’ailleurs, en niant l’arabité des peuples de notre région, le président des Etats-Unis préparait le terrain à ce qu’il allait dire, un peu plus loin, à savoir que nous devons tous « admettre que le désir des juifs d’avoir une patrie à eux est un désir ancré dans une histoire dramatique que personne ne peut nier ». Ainsi, il transformait les juifs en une nation, contrairement à tout ce qui est à ce propos, y compris par des historiens israéliens, et ouvrait la porte toute grande devant ce qu’il avait déjà promis, lors de sa campagne électorale : Israël est l’Etat des juifs dans le monde. Ce qui nous ramène aux enseignements des conservateurs appelés « zionist christiens », amis de Georges W. Bush, et à leur mot d’ordre concernant le « transfert » des Palestiniens, y compris ceux qui n’ont pas quitté leurs terres en 1948.

Les erreurs et les justifications

Mais les erreurs et les justifications ne s’arrêtèrent pas là. Ils atteignirent tous les sujets et les problèmes liés au monde arabe. Le problème des sources énergétiques, en particulier. C’est que les Etats-Unis se trouvent mêlés directement à ces problèmes, depuis les années quarante du XX° siècle et les tentatives visant à marginaliser le rôle de la Grande Bretagne, dans le but de mettre la main sur le pétrole et le gaz de l’Orient arabe. Ils ont eu et continuent à avoir un rôle primordial dans la répression des mouvements populaires dans différents pays arabes. Ils sont aussi responsables du maintien de certains régimes politiques arriérés et répressifs, parce que ces régimes justifient la présence étasunienne militaire et, surtout, économique dans la région arabe.

Nous mettons en avant quelques exemples de ces erreurs contenues dans le discours :

1-En ce qui concerne l’agression étasunienne en Afghanistan, Barak Obama dit : »Nous ne sommes pas allés par libre choix mais par nécessité », mettant ainsi en avant les événements sanglants du 11 septembre 2001 et la responsabilité reconnue par l’organisation Al-Qaëda. Cependant, il a oublié de dire que la présence de son pays en Afghanistan revient à quelques vingt ans plus tôt, aux années quatre-vingts, quand la CIA, avec Oussama Ben Laden et le groupe des Talibans (alors appelés « moudjahiddins »), organisait les campagnes militaires contre la présence armée soviétique. D’ailleurs, la CIA a bien su utiliser ces mêmes groupes afin de propager la culture de l’opium qui lui avait servi à financer ses actions subversives ainsi que celles de ses amis « Contras » et autres en Amérique latine. Enfin, M. Obama a oublié de préciser qu’au moment où une campagne de protestation couvrait le monde contre la répression des femmes, les assassinats des militants et la destruction des statues bouddhistes et autres vestiges des civilisations anciennes en Afghanistan, Washington fut la seule capitale, ou presque, à reconnaître le gouvernement des Talibans et à lui présenter aide et assistance.

2-En ce qui concerne l’agression contre l’Irak, en 2003, et après avoir cité les paroles de Thomas Jefferson sur l’importance d’un équilibre entre la sagesse et la force en matière de politique extérieure, Barak Obama a « vu » que son pays n’avait fait qu’ « aider le peuple irakien à triompher dans sa lutte pour se débarrasser du dictateur Saddam Hussein », ajoutant que les Etats-Unis « ont aujourd’hui une double responsabilité : aider les Irakiens à bâtir un avenir meilleur et laisser l’Irak aux Irakiens », puisqu’il avait décidé de retirer ses troupes à la fin de 2012. Cependant, le président Obama n’a rien dit à propos de la grande mystification se rapportant aux armes de destruction massive ni aux images satellites présentées par Colin Powell au Conseil de sécurité de l’ONU, afin de justifier l’agression étasunienne ; il n’a même pas présenté la moindre excuse au peuple irakien de tous les crimes commis par son armée : tirs sur des civils, tortures, prison d’Abou Ghreib, vol des ressources pétroliers et autres ressources culturelles…

Le « peuple juif » et « l’Etat juif »

3-En ce qui concerne la cause palestinienne et le conflit arabo-israélien, le discours du président des Etats-Unis met en garde les Arabes contre toute tentative de « couper les liens d’amitié existant entre les Etats-Unis et Israël », parce que, dit-il, « ce sont des liens basés sur des relations culturelles et historiques, mais aussi sur la reconnaissance que le désir des Juifs d’avoir une patrie bien à eux est un désir enraciné dans une histoire tragique que personne ne peut nier ».

Ce paragraphe contient trois postulats de la politique extérieure de Washington vis-à-vis de la région arabe. Le premier est qu’il est impossible aux Arabes de dissocier Israël des Etats-Unis, parce qu’il est une priorité pour eux. Le second est que Washington a consacré Israël comme la patrie des Juifs du monde. Le troisième, enfin, est qu’Israël a le droit d’occuper la Palestine et de chasser les Palestiniens ou, même, de les tuer parce que les Juifs furent torturés et assassinés par les nazis et leurs acolytes en Europe. Cette analyse bizarre devient plus étrange encore quand Barak Obama parle de la seule responsabilité des Palestiniens dans tous les actes de violence dans la région. Il cite « l’emploi de la violence et des crimes », « les menaces de détruire Israël ou de réitérer les images typiquement abjectes concernant les Juifs », mais aussi « les roquettes lancées contre les enfants israéliens dans leurs chambres à coucher ». Par contre, il appelle les massacres odieux perpétrés par les Israéliens contre le peuple et les enfants palestiniens, notamment à Gaza, « des injures quotidiennes, petites ou grandes » !!!

Ajouter à tout cela l’emploi de l’impératif dans les parties adressées aux Palestiniens, contrairement à celles où il parle des Israéliens. Ainsi, nous remarquons dans les premières la répétition d’expressions et de phrases telles que : « Il faut que les Palestiniens délaissent la violence », « Ils doivent se concentrer sur les choses qu’ils peuvent réaliser », « le gouvernement palestinien doit développer ses capacités à exercer le pouvoir » (ce qui signifie, sans doute, la répression des mouvements de résistance, dont le Hamas).

Le droit au retour ?

Cependant, ce qui paraît le plus clair dans tout le discours, c’est la partie se rapportant à l’initiative arabe présentée par le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, lors du Sommet de Beyrouth, il y a de cela quelques années. En effet, le président des Etats-Unis dit : « les pays arabes doivent reconnaître que leur initiative de paix fut un bon début, mais leur responsabilité ne s’arrête pas là ». Ils doivent aller dans le sens des propositions étasuniennes en ce qui concerne « l’internationalisation » d’Al-Qods, après son morcellement, afin qu’elle devienne la « capitale définitive des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans ». Par contre, pas un mot sur les citoyens de cette ville que l’on a déjà chassé et sur leur droit de retourner dans leur patrie ; ce qui signifie qu’Obama se désintéresse de leur sort et du fait qu’ils soient disséminés dans tous les pays du monde.

Cette lecture du discours fut confirmée par les détails contenus dans un autre discours, celui du président du Conseil israélien, détenteur de la nationalité étasunienne avant même de devenir israélien, le « likoudien » Benjamin Netanyahu, qui a déclaré, le dimanche 13 juin : 1-Al-Qods est la capitale de l’Etat juif d’Israël ; les Arabes doivent reconnaître ce fait. 2-Il n’y aura pas de nouvelles colonies. Cependant, le gouvernement israélien ne touchera pas à celles qui furent construites récemment ; bien au contraire, il leur procurera toute l’aide et toute l’assistance dont elles auront besoin. 3-La région de Gaza est également un territoire « juif », faisant partie de la Judée. 4-Israël accepte en principe la création d’un Etat palestinien ; mais, à condition que cet Etat soit désarmé et ait reconnu, au préalable, la finalité de l’Etat juif d’Israël.

Et, si nous n’avons pas développé la tentative d’Obama de se déclarer tuteur des chrétiens arabes, à travers ce qu’il avait dit concernant le respect dû aux Maronites du Liban ou aux Coptes d’Egypte, c’est parce que cette tentative fait déjà partie de toute une littérature visant à instaurer un « Nouveau Moyen Orient », dans lequel Israël serait entouré par de mini Etats confessionnels antagonistes qui auraient, tous, besoin pour survivre de l’aval des Etats-Unis qui pourraient, ainsi, assurer leur mainmise sur les richesses du monde arabe.

En tout cas, et malgré le langage fleuri et les citations du Coran, du Talmud et de l’Evangile, le discours du président Obama n’a réussi qu’à susciter les applaudissements de ceux que le régime égyptien avait choisis pour lui serrer la main. Et, si le gouvernement palestinien de Mahmoud Abbas s’est empressé de le décrire comme un bon point de départ pour atteindre la paix, généralisée et juste, dans la région, il n’en reste pas moins que le refus du droit au retour des Palestiniens, les crimes et le blocus ne peuvent pas assurer une telle paix…

D. Marie NASSIF-DEBS

Beyrouth, le 15/6/2009 (Article paru dans le bimensuel An-Nidaa)


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