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Europe Ecologie, Europe Ethnies par Yvonne Bollmann, Germaniste, Maître de conférences à l’Université Paris XII

jeudi 23 janvier 2014, par Comité Valmy


En octobre 2008, dans la perspective des élections du 7 juin 2009, Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly, José Bové, Jean-Paul Besset, Cécile Duflot, Antoine Waechter, Yannick Jadot, François Alfonsi et Pascal Durand ont publié le manifeste « Changer d’ère ». Ils y ont affirmé entre autres que « l’Union européenne, malgré les aléas de sa construction et des pratiques trop souvent technocratiques, a bâti un espace de paix et de coopération entre les 27 Etats et les 83 peuples qui la composent ». L’Union européenne, c’est bien 27 Etats. Mais 83 peuples ?

Le match de rugby qui a opposé Perpignan à Clermont le 6 juin 2009 était comme une préfiguration des élections européennes du lendemain. Les médias semblaient s’être concertés pour parler avant, pendant, après, d’une rencontre entre « Catalans » et « Auvergnats », du vrai bourrage de crâne. « Auvergnats », passe encore, puisqu’il y a en France une région Auvergne. Mais que viennent faire ici les « Catalans » ? Est-ce l’empreinte du Conseil général des Pyrénées-Orientales ? Lors de sa session du 10 décembre 2007, il a approuvé une charte en faveur du catalan, dans laquelle le département apparaît aussi sous le nom de « Catalunya Nord ».

Un détour par la Foire du livre de Francfort, version 2007 (du 10 au 14 octobre), permet d’en apprendre un peu plus à ce sujet, et de découvrir en même temps un aspect des Verts moins connu que leurs préoccupations environnementales : leur combat pour un ordre ethnique en Europe. Cette année-là, l’invité d’honneur fut la « culture catalane ». C’était une première, et de grande portée politique, car jusqu’à cette date, Francfort avait toujours rendu hommage à des Etats souverains ou à des groupes d’Etats.

Dans un entretien avec la rédaction du site allemand www.german-foreign-policy.com (10 octobre 2007), un député au Parlement de Catalogne du parti Ciudadanos - Partido de la Ciudadanía a critiqué « non pas la présence de la culture catalane » à la Foire du livre de Francfort, mais « le fait que la culture catalane d’expression espagnole, d’ailleurs majoritaire, en a été exclue ». Il a dit que l’objectif des séparatistes est d’établir officiellement le catalan comme langue unique de la Catalogne, ce qui contrevient à l’article 3.1 de la Constitution espagnole : « Le castillan est la langue espagnole officielle de l’État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l’utiliser. »

Les organisateurs de la Foire du livre, dont l’un des partenaires officiels est le ministère allemand des Affaires étrangères, savaient forcément tout cela. Dès octobre 2005, ils ont invité la « culture catalane » pour 2007. C’était offrir une plate-forme au mouvement « Se détacher de Madrid », ainsi que l’a écrit german-foreign-policy (voir les articles Sprachenkampf, du 10 octobre 2007, et Europa der Völker, du 15 octobre 2007). Le 30 septembre précédent, le Parlement de Catalogne avait voté pour un nouveau statut d’autonomie. La Catalogne y est définie comme « nation » dont les membres ont le droit de « décider librement en tant que peuple de leur avenir ». L’invitation venue de Francfort provoqua une radicalisation chez les autonomistes catalans. german-foreign-policy a mentionné le projet sécessionniste du parti Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), la Gauche républicaine catalane, membre de la coalition au pouvoir à Barcelone.

Au Parlement européen, l’ERC est membre du Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne (GV ALE), créé en 1981, dont Daniel Cohn-Bendit est coprésident depuis 2002, et où se retrouvaient en 2007 des partis de 13 Etats de l’UE – entre autres le Scottish National Party (Grande-Bretagne) et l’Union für Südtirol (Italie). Pour ce qui est de la France, il y a dans l’ALE le Mouvement Région Savoie, la Ligue savoisienne, l’Union démocratique bretonne, l’Union du peuple alsacien, le Partitu di a Nazione Corsa, le Partit Occitan, ainsi que l’Unitat Catalana (qui appelle « Catalogne Nord » les Pyrénées-Orientales).

Le parti allemand Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts), son membre le plus influent, détenait en 2007 l’une des deux présidences de ce groupe, et occupait des postes importants dans les Commissions parlementaires. A l’instar de l’ERC, l’Iniciativa per Catalunya Verds (Initiative pour la Catalogne Les Verts), est à la fois dans la coalition gouvernementale à Barcelone et dans le Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne au Parlement européen. Pendant la Foire du livre, l’ICV et Bündnis 90/Die Grünen ont participé à une manifestation commune, ce qui témoigne de liens étroits entre les deux mouvements.

German-foreign-policy a noté que « des séparatistes de plusieurs régions d’Espagne ont profité de la foire du Livre pour se concerter quant à leur stratégie ». A Francfort, des représentants officiels de la Catalogne et des Baléares ont annoncé devant la presse internationale que les deux provinces allaient renforcer leur coopération institutionnelle. Le vice-président du Gouvernement catalan, qui veut la sécession d’avec l’Espagne, a invité la région de Valence à les rejoindre.

Juste après son élection comme président de ce gouvernement en décembre 2003, Pasqual Maragall a demandé à l’Association des Régions Frontalières Européennes (ARFE) la création d’une « Eurorégion allant des Pyrénées à Alicante », afin de pouvoir « se détacher de Madrid ». L’ARFE fut créée en 1971 à l’initiative de l’Europa-Union Deutschland, qui était financée à l’époque par le ministère allemand des Affaires étrangères, et qui se livrait depuis les années d’immédiat après-guerre à une propagande intense en faveur des régions, contre les Etats.

Parmi les auteurs de la première charte de l’ARFE (« Loi fondamentale des Eurorégions »), il y avait Theodor Veiter, qui militait dans les années 1930 pour une « Europe des régions » « racialement pure » sous direction allemande. A l’ARFE, il s’occupait de la « protection des minorités » dans les eurorégions. Il y avait aussi Hermann Mitterdorfer, qui a établi le contact entre cette association et la Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen/Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes/Federal Union of European Nationalities (FUEV/UFCE/FUEN), l’un des maîtres d’œuvre de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La Région Languedoc-Roussillon et la Generalitat de Catalunya sont toutes deux membres de l’ARFE.

La Catalogne est aussi fort active au sein de l’Assemblée des régions d’Europe, et au Comité des Régions, que german-foreign-policy définit comme un « lobby au service de la régionalisation ». Lors de l’inauguration de la Foire du livre, le ministre allemand des Finances a félicité les organisateurs d’avoir convié comme invité d’honneur « une région ». Il a déclaré que « dans une Europe où les frontières s’estompent de plus en plus, le fait d’avoir choisi la Catalogne montre de très belle et séduisante façon que l’Europe n’est pas une union rigide d’Etats nationaux, mais qu’elle vit de la force et de la diversité de ses régions ».

A Francfort, il y avait parmi les représentants de la « culture catalane » la ville de Perpignan. Les organisateurs de la Foire du livre ont travaillé avec l’Ajuntament da Perpinyà. Dans le programme des manifestations annexes, l’Institut français de Francfort a proposé une soirée poésie et musique avec le chanteur Pere Figueres, « l’un des principaux représentants de la Nova Canço de l’espace linguistique nord-catalan ». Il a cautionné ainsi l’existence d’une entité « catalane » homogène englobant un bout de France.

Pour l’ERC, les « pays catalans » constituent « une des nombreuses nations sans Etat » de l’Europe actuelle, « dont les frontières n’ont pas grand-chose à voir avec les réalités nationales ». Des séparatistes considèrent qu’il y a en France des « territoires historiquement catalans », et ils les revendiquent à ce titre. Le Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne est pour une « Union européenne des peuples libres ». Avec le soutien financier du Parlement européen, l’ALE a mis en ligne une carte où une « Grande Catalogne » comprenant aussi les Baléares et Andorre empiète sur la France. Notre pays s’y trouve amputé de près de la moitié de son territoire (« Occitanie », « Bretagne », « Alsace/Elsass »).

En octobre 2008, dans la perspective des élections du 7 juin 2009, Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly, José Bové, Jean-Paul Besset, Cécile Duflot, Antoine Waechter, Yannick Jadot, François Alfonsi et Pascal Durand ont publié le manifeste « Changer d’ère ». Ils y ont affirmé entre autres que « l’Union européenne, malgré les aléas de sa construction et des pratiques trop souvent technocratiques, a bâti un espace de paix et de coopération entre les 27 Etats et les 83 peuples qui la composent ». L’Union européenne, c’est bien 27 Etats. Mais 83 peuples ?

On voit là que les signataires du manifeste sont pour l’Europe des régions à caractère ethnique voulue par l’Allemagne. S’ils s’étaient montrés plus explicites, s’ils avaient dit par exemple que les joueurs de rugby de l’Union sportive des Arlequins de Perpignan sont des membres du « peuple catalan », pas du peuple un et indivisible de la France, certains électeurs y auraient peut-être regardé à deux fois avant de voter le 7 juin pour la liste Europe Ecologie.


Yvonne Bollmann est l’auteur de La Tentation allemande (1998), La Bataille des langues en Europe (2001), Ce que veut l’Allemagne (2003).

Mise en ligne CV : 10 décembre 2010

5 Messages de forum

  • Bonjour, Les bras m’en tombent en lisant cet article ... En quoi la reconnaissance des peuples régionaux par Europe Ecologie est considérée comme une menace concernant l’unité européenne ? C’est vraiment regarder la politique par le petit bout de lorgnette ... N’en déplaise à ceux qui n’ont pas compris l’urgence écologique, il faudra admettre une bonne fois pour toute qu’un autre rapport à la politique est possible et même souhaitable ! Cette façon de dénigrer un mouvement politique à partir d’un élément non représentatif de son programme est tout simplement malhonnête sur la plan intellectuel. Fred de Montpellier
    • Pour en avoir une idée je vous conseille de lire les écrits de Pierre Hillard .

      ***En France, la recomposition du mode de scrutin en sept grandes régions (la huitième concerne l’outre-mer) accentuera la primauté de la région dont le député européen sera l’élu direct contournant ainsi l’autorité nationale. Ce projet présenté par Michel Barnie a recueilli les faveurs du gouvernement Raffarin. Cependant, ces profondes modifications prendront une dimension nouvelle avec l’application de l’article 8 du projet de charte de l’autonomie régionale intitulé : « Relations inter-régionales et transfrontalières ». Cet article stipule que : « Dans les domaines qui relèvent de leurs compétences, les régions sont fondées, le cas échéant dans le respect des procédures établies par le droit interne, à entreprendre des actions de coopération inter-régionale ou transfrontalière (...). Les régions appartenant à un espace transfrontalier peuvent se doter, dans le respect du droit de tous les ordres juridiques nationaux concernés et du droit international, d’organes communs de type délibératif et/ou exécutif ».***

      *** D’ailleurs l’article 16 intitulé « Protection des limites territoriales des régions » autorise ces déplacements de frontières régionales en des termes très nets : « La modification du territoire d’une région ne peut intervenir qu’après que celle-ci ait marqué son accord, sans préjudice des procédures de démocratie directe qui peuvent, le cas échéant, être prévues à cet égard par le droit interne. Dans le cas d’un processus général de redéfinition des frontières régionales, l’accord exprès de chaque région peut être remplacé par une consultation de l’ensemble des régions concernées, le cas échéant selon les procédures prévues par le droit interne ». Jean-Pierre Raffarin a donné la possibilité d’organiser des référendums locaux qui autorisent la mise sur pied de cet idéal***

      ***Récapitulons le fil de cette politique : 1) Disparition progressive de la frontière nationale au profit d’une frontière administrative « amovible », 2) Montée en puissance des régions à qui il est transféré une autorité politique où émerge un président ayant le poids, toute proportion gardée, d’un gouverneur d’un Etat américain, mais traitant de plus en plus avec Bruxelles, autorité supranationale, et non avec l’autorité nationale, enfin, 3) Possibilité de regroupement de régions en fonction de critères économiques et/ou ethniques. Dans cette affaire, le regroupement en France des régions en sept grandes zones métropolitaines pour les élections régionales et européennes offrent déjà un cadre fort attractif.***

      ***L’aménagement du territoire est un concept largement méconnu mais dont les conséquences touchent les politiques économique, sociale, culturelle et écologique. Cet aménagement du territoire prend un relief extraordinaire à partir du moment où il s’additionne à l’effacement des frontières nationales et à la primauté donnée aux régions. D’une certaine manière, tout s’additionne.***

      Je vous laisse le soin de poursuivre si le coeur vous en dit. Des lors,le comité Valmy dont je ne suis pas menbre soulève un lièvre d’importance .

      Cela n’a strictement rien à voir avec" l’urgence écologique" Tout à voir avec la souveraineté de la France. Bien entendu tout (amha)peut et doit être discuté. Il est cependant exact que lors d’un scrutin ,il est bon que les citoyens sachent ce pour qui et quoi ils votent.

    • @ Fred : "En quoi la reconnaissance des peuples régionaux par Europe Ecologie est considérée comme une menace concernant l’unité européenne ?" demandez-vous.

      Certes, mais ne pensez-vous pas qu’il y a BEAUCOUP d’autres reproches à faire à Europe Écologie, entre autres d’être des alliés objectifs de la Sarkozie ? amicalement

  • Il fallait toute la fraicheur d’âme de "Fred" de Montpellier", pour n’être pas encore parvenu à saisir la "fonction" politique d’Europe Ecologie. Pour apercevoir la forêt que cache cet arbre monstrueux qu’est Europe Ecologie, il faut seulement aller farfouiller du côté des caissiers qui alimentent généreusement ce parterre de mignonnes petites fleurs "écologiques".

    Les castes industrialopoliticofinancières allemandes n’arrosent-elles pas ce mélange de filouterie et de niaiserie écologique pour avancer dans la destruction de tout ce qui entrave la progression du capitalisme germanique, à savoir la République qui, malgré les traîtres -français par exemple-, partout et toujours constitue l’obstacle majeur à son expansion.

    Quoi de plus attendrissant que l’Europe des Régions ?! Faut-il donc rafraichir la douteuse mémoire de tous ces verts pacifistes-écologistes ?

    Les plus acharnés contre la République fédérale de Yougoslavie furent les Verts allemands, suivis bien sûr par les Verts bêlants français - pas tous heureusement-, tellement sensibles aux "droits de l’homme" qu’ils ont participé joyeusement à l’approvisionnement des bandes armées chargées de détruire une République dont la Résistance avait laissé un souvenir cuisant à leurs pères nazis. Est-ce un hasard si la tête de pont de l’agression allemande a été la Croatie des ex-Oustachis, nazis croates, en mal de vengeance ?

    Les déjà vieilles fripouilles qui se sont emparés d’un mouvement écologique vertébré comme un mollusque peuvent asséner sans éclater de rire que l’Europe a bâti un espace de paix et de coopération entre ...blablabla etc...

    Visiblement, les Yougoslaves sont ravis de cet âge de paix comme le sont déjà les Afghans tellement émus que les armées de l’EUROTAN viennent jusqu’à eux déverser leurs bienfaits europacifistes, comme le seront bientôt les Iraniens si tout continue à aller bien pour ces verts-vaillants défenseurs des droits de l’homme.

    Qui n’a pas encore aperçu que la montée des mouvements "folkloriques" a toujours accompagné la montée des mouvements fascistes, nommés en Allemagne "nazis", abréviation de National Socialisme, parce que, partout et toujours, le loup (que les vrais loups me pardonnent) a besoin de se déguiser en berger pour approcher les moutons. Et les maîtres de forge -et de tout le reste- allemands, qui venaient, à l’aide des "sociaux démocrates" d’assassiner Rosa Luxemburg, Karl Liebnecht et le mouvement spartakiste devaient absolument trouver une parade contre une lame de fond, la République socialiste, qui s’étendaient sur la toute nouvelle URSS. Le communisme a été la hantise constante des maîtres avant, pendant, après la seconde guerre mondiale. La voici qui revient plus agressive que jamais.

    Voilà où nous en sommes aujourd’hui, nous citoyens de la République française, l’heure de vérité approche pour chacun et pour tous. Car tous vont devoir réapprendre le sens du mot Révolution ou continuer à psalmodier le mot soumission en se vautrant dans le folklore qui n’a jamais produit que des esclaves politiques.

    carlo

    • Bien répondu a "fred" et bravo.Les capitalistes ne veulent plus d’etat National et préfereraient des regions plus fragmentées et plus manipulables.Autant je suis pret à donner le maximaum pour ce qui est de la culture et de la langue en particulier,autant je tiens à l’idée de Nation.Pour prendre un exemple je trouve ridicule et insensée l’idée d’indépendance corse,de quelle indépendance peut il s’agir pour une population moins nombreuse que la population de deux arrondissement de Paris,quelle pourait étre la diplomatie d’un tel"etat" croupion ,ses forces armées..etc Moi je suis Français et Algérien avant d’étre berbére,je suis d’une culture Franco Arabo Berbere.

      Vive la REPUBLIQUE, Vivent L’ALGERIE ET LA FRANCE


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