COMITE VALMY

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Les ravages de la Politique Commune de la Pêche
Valentin Martin

samedi 6 juillet 2013, par Comité Valmy


Les ravages de la Politique Commune de la Pêche

C’est au nom d’une préoccupation écologique que l’Union Européenne a entamé la destruction de la pêche française. Homologue de la Politique Agricole Commune, la Politique Commune des Pêches (PCP) a eu principal axe la casse des flottes de pêche. Pour lutter contre l’épuisement des ressources halieutiques, les « POP » (programmes d’orientation pluriannuels) ont financé la destruction de milliers d’embarcation. Entre 2003 et 2006, Bruxelles a préconisé la démolition de 8 592 navires de pêche de la flotte de l’UE. Parallèlement, l’UE a interdit les aides au gas-oil aux navires. Cette politique maritime, qui n’est qu’un volet d’un plan plus général de désindustrialisation, a ravagé l’économie de la filière pêche, mais aussi celle des chantiers navals, précipitant toute une partie de la population littorale dans le chômage et la misère. Les flottes diminuent et vieillissent, rendant la navigation plus périlleuse et plus difficile. Quant aux marins pêcheurs, leur nombre a été divisé par trois en une trentaine d’année : il y avait 45000 pêcheurs en 1960, ils ne sont plus que 15000 en 2006. Leurs conditions de travail sont épouvantables, leurs rémunérations dérisoires, et leur état de santé préoccupant. Ce n’est plus un mystère pour les médecins des gens de mer que la toxicomanie est devenue une habitude dans ce milieu .

Ce que veut l’UE

Les rapports scientifiques sur laquelle s’appuie la PCP sont largement sujets à controverses. Des spécialistes en dynamique de population, comme Donald Ludwig, Carl Walters et Ray Hilborn, soulignent la difficulté d’évaluer par des moyens scientifiques les limites que peuvent endurer les stocks et contestent les méthodes d’évaluation des stocks . En réalité, l’argument écologique avancé par l’UE est un prétexte. Les solutions alternatives, « durables » que proposent l’Union Européenne ont des conséquences écologiques bien plus graves que la dite « surpêche ».

La PCP entend remplacer nos produits de la mer par des importations venant de pays à bas coût social et environnemental. Suite aux accords du GATT, de l’OMC (1995), des conventions passées avec les pays tiers (Lomé, Maroc...), plus de ¾ des importations des produits de la mer s’effectuent à droits de douane nuls. Des espèces comme la perche du Nil, dont le film Le Cauchemar de Darwin montre les mécanismes de capture, le thon thaïlandais, le hoki, ou le merlu du Cap, transportées sur lignes régulières par avions, envahissent nos marchés. Cela permet aux investisseurs internationaux et au commerce international de proliférer au détriment des pêcheurs des pays importateurs (et exportateurs). Alors que les fonds publics servent à financer la destruction de navires performants et équipés, nous devons en plus payer pour les importations de produits de la mer, la balance commerciale des produits de la mer en France étant « structurellement déficitaire ».

Deuxièmement, l’UE entend développer l’aquaculture intensive dont les conséquences écologiques sont également désastreuses. L’aquaculture utilise des produits chimiques, des engrais et des antibiotiques qui sont nocifs pour l’environnement. Elle produit en grande quantité de l’azote, du phosphore et du carbone, ce qui en fait une activité très polluante. Quant à la qualité des produits aquacoles, elle est bien inférieure aux produits de la pêche.

Enfin, pénaliser les produits de la mer revient à développer l’élevage animal intensif, aux conséquences écologiques désastreuses (déforestation de l’Amazonie etc.).

En réalité, le prétexte écologique masque des intérêts financiers, qui, outre le développement du commerce international, recoupe plusieurs facteurs.

- l’essor d’une économie du tourisme de luxe. Les ports de pêche attisent la convoitise des constructeurs, gestionnaires et utilisateurs de marinas. La destruction des navires de pêche libère ainsi des places à quai pour les navires de plaisance et de croisière de luxe. Ainsi, l’option touristique est présentée comme une alternative « durable » à la pêche pour la ville Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche de France.

- L’objectif à long terme de l’UE est la capitalisation et la financiarisation de la pêche. Le commissaire européenne aux pêches en avril 2012, a révélé son projet de création des « concessions de pêche transférables ». Il est prévu que chaque propriétaire de bateau de plus de douze mètres disposerait d’un quota individuel de quinze ans, qu’il pourra louer, échanger ou céder. Le sous-secrétaire américain d’Etat au commerce chargé des océans, Jane Lubchenco, a félicité son homologue européen pour son projet qui « ressemble beaucoup aux changements auxquels nous [les Etats-Unis] avons procédé ». Dans les pays (Etats-Unis, Islande) où cette réforme a été appliquée, cette concession est devenue un objet de spéculation pour les grands armements et pour les fonds de pension totalement étrangers au milieu maritime. En 2012, l’Islande qui a traversé une crise sans précédent, sous la pression populaire, s’est empressée de renationaliser ses ressources halieutiques.

Ce que nous voulons

Ce n’est ni le progrès technologique, ni les travailleurs qui sont responsables de la raréfaction de la ressource, mais le poids de la rémunération du capital. Celle-ci pèse extrêmement lourd dans ce secteur. En moyenne, la part de rémunération de l’armateur est de 60% du chiffre d’affaires et celles de l’équipage est 40%. Dans certains cas, la part de l’armateur peut atteindre 70%. Pour continuer à survivre, les marins doivent suivre des rythmes effrénés (journées de 20 heures, quelques jours de congés par an) pour les ressources comme pour les hommes. Un navire de pêche aujourd’hui constitue un très bon résumé du fonctionnement d’une entreprise capitaliste. Un grand nombre de travailleurs produit une richesse que s’approprie un petit nombre de rentiers. Or, l’industrie halieutique est une des industries les plus rentables qui existent. L’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF) la qualifie d’« industrie primaire à haute technologie ». Pour la rentabilité (chiffre d’affaire/immobilisation brute), l’industrie halieutique est en tête des industries. Seules les activités publiques ou semi-publiques (charbon, transport ferroviaire, électricité) dépassent son « intensité capitalistique » . Les investisseurs internationaux ont bien compris ce mécanisme, puisque des grandes flottes de pêche industrielle sont détenus par des groupes d’actionnaires (UK Fisheries, Intermarché, Saupiquet, Pescanova).

Aujourd’hui, la pêche française est arrivée à un point critique. Deux voies s’ouvrent à elle : sa disparition ou sa renaissance. Pour la sauver, la sortie de l’Union Européenne, du carcan de la PCP et de ses institutions alliées (GATT, OMC) doit s’accompagner des mesures suivantes :

  interdire toute rémunération du capital : nationaliser toute la flotte de pêche (hors petites entreprises familiales, type pêche côtière). Prendre exemple sur la flotte de pêche soviétique entièrement nationalisée, et première flotte mondiale en 1975 .

  Augmenter les parts de rémunération des équipages, augmenter la durée de leurs congés payés.

  Relancer la construction navale et la modernisation de la flotte.

Cette réflexion fondée sur la rémunération du travail et sur l’interdiction de la rémunération du capital doit être menée sur l’ensemble des intermédiaires de la chaîne des produits de la mer. Criée/mareyeur/transporteur/grossiste/distributeur-restaurateur sont des intermédiaires nécessaires, mais dont les coûts sont alourdis par la rémunération du capital à chaque étape. Les actionnaires de diverses multinationales (Nestlé, Unilever) mais aussi des petits patrons en profitent, tandis que les travailleurs et les consommateurs en pâtissent. A titre d’exemple, 1kg de merlan est vendu 1,40 euros en moyenne par le pêcheur à la criée de Boulogne-sur-Mer, alors que dans un Carrefour de Région Parisienne, il est vendu en filet 24,00 euros.

Valentin Martin - Comité Valmy

Mise en ligne : 2 juillet 2013


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