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Morsi, nouvelle victime du conflit syrien
Par Samer R. Zoughaib

jeudi 4 juillet 2013, par Comité Valmy


Morsi, nouvelle victime du conflit syrien

Par Samer R. Zoughaib

L’incapacité du gouvernement égyptien à résoudre les problèmes économiques et à mettre un terme aux pénuries, ainsi que les excès du nouveau pouvoir, qui se sont traduits par des dérives hégémoniques sur toutes les institutions de l’Etat, ont joué un rôle essentiel dans la mobilisation populaire historique contre le règne des « Frères musulmans ». Mais c’est surtout la politique étrangère de Mohammad Morsi, notamment dans le dossier syrien, qui a poussé l’armée égyptienne à se ranger du côté de l’opposition.

Les « Frères musulmans » égyptiens n’ont jamais caché leur hostilité à l’égard du président syrien Bachar al-Assad et leur soutien aux rebelles.

Dès son discours d’investiture à l’université du Caire, le 30 juin 2012, le président Mohammad Morsi avait exprimé son « soutien au peuple syrien » et appelé à l’arrêt de « l’effusion de sang ». Un mois plus tard, la nouvelle administration égyptienne, mise en place par le chef de l’Etat, parrainait la fondation, au Caire, du « Conseil pour la révolution syrienne » (CRS), censé contrebalancer le « Conseil national syrien » (CNS). Mais cette tentative d’intrusion dans la crise syrienne était restée sans lendemain, à cause des fortes critiques adressées par la soi-disant Armée syrienne libre contre cette nouvelle structure.

Mohammad Morsi a commencé à exprimer ses vraies options syriennes quelques semaines plus tard. Lors du 16ème Sommet des pays non alignés à Téhéran, fin août 2012, il a dénoncé avec virulence le « régime oppressif » en Syrie, devant les représentants des 110 délégations, poussant les représentants de la Syrie à quitter la salle de conférence en signe de protestation.

Après la création à Doha, en novembre 2012, de la « Coalition nationale syrienne », sous l’impulsion du Qatar, de la France et de la Turquie, l’Egypte avait proposé d’accueillir les quartiers généraux de cette nouvelle entité au Caire, en dépit des réserves exprimées à l’égard de la « CNS ».

Au fil des semaines, Mohammad Morsi a durci le ton vis-à-vis de la Syrie. En janvier dernier, il a accusé, sur CNN, le président Assad de « crimes de guerre contre son peuple ».

Malgré ce discours « radical » du président, la diplomatie égyptienne, encore guidée par les constantes de la sécurité nationale en vigueur depuis des décennies, adoptait une politique plus équilibrée. L’Egypte n’a jamais cessé d’exprimer son opposition à toute intervention militaire étrangère en Syrie et a répondu favorablement à l’initiative de Téhéran de créer une « Rencontre quadripartite » (Egypte-Iran-Turquie-Arabie saoudite) pour réfléchir aux moyens de trouver une issue à la crise. Cependant, Riyad a très vite boycotté cette structure, qui, par conséquent, n’a pas réussi à proposer une alternative diplomatique viable.

Le 15 juin, le discours de trop

L’armée égyptienne s’était accommodée de cet équilibre entre le discours de Morsi et l’action, plus modérée, de sa diplomatie.

Mais le 15 juin dernier, le président égyptien, qui pensait être désormais assez fort, a franchi une ligne rouge. Lors d’un rassemblement de ses partisans au Caire, il a annoncé la rupture « définitive » des relations diplomatiques avec la Syrie, le rappel du Chargé d’affaires égyptien à Damas, et a « exhorté la communauté internationale à instaurer une zone d’exclusion aérienne en Syrie afin de favoriser les rebelles contre les forces gouvernementales ».

Au cours de ce rassemblement, des dignitaires salafistes avaient utilisé le terme d’« infidèles » pour désigner les combattants Hezbollah engagés en Syrie aux côtés de l’armée régulière. Le prédicateur Youssef Qaradoui et d’autres dignitaires avaient appelé à la « guerre sainte contre les chiites ».

Le 21 juin, l’Egypte participe à Doha à la réunion des onze « Amis de la Syrie » (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Qatar, Arabie saoudite, Turquie, Jordanie, Emirats arabes unis et Egypte), qui a pris la décision officielle d’armer les rebelles syriens.

Ce discours fanatique et extrémiste inhabituel en Egypte s’est traduit, le 23 juin, par le massacre par une foule en délire de quatre chiites égyptiens, dans un village de Guizeh, près du Caire. Les images de cette tuerie avait fait le tour du monde, embarrassant fortement le pouvoir de Mohammad Morsi.

Ces décisions et ces déclarations ont été qualifiées de grave atteinte à la sécurité nationale de l’Egypte par de nombreux observateurs. Le célèbre journaliste Mohammad Hassanein Haikal a déclaré que la rupture des relations entre l’Egypte et la Syrie « est une décision que ne possède pas le président Mohammad Morsi et aboutit à l’éviction de l’Egypte de l’Asie et son isolement en Afrique ». M. Haikal a exprimé sa surprise de l’attaque lancée par Morsi contre le Hezbollah. « Tout le monde connait l’objectif de ce qui se passe en Syrie, a-t-il dit dans une interview télévisée. Ils veulent cueillir l’Iran sans le détruire. Le Hezbollah est menacé par l’existence de 40000 étrangers qui combattent en Syrie. Cela ne vous a-t-il pas interpellé, alors que vous avez été interpellé par le Hezbollah ? C’est scandaleux ».

Le journaliste égyptien Moustafa Bakri a pour sa part déclaré que « cette position de la présidence est un aveu explicite que les dirigeants égyptiens au pouvoir sont impliqués dans la guerre contre la Syrie et qu’ils soutiennent officiellement l’envoi et la prise en charge de combattants tout en leur fournissant les garanties de ne poursuivre aucun d’entre eux après leur retour au pays ».

De son côté, le Mouvement du 6 avril, fer de lance de la contestation anti-Moubarak, a jugé que la rupture des relations avec la Syrie est un signe du manque de vision politique du président « alors que la situation en Syrie est compliquée et requiert avant tout une décision qui mettrait un terme au bain de sang ».

Mardi, l’armée égyptienne a exprimé le fond de sa pensée. Citant des sources militaires au Caire, l’agence de presse Reuters écrit que l’armée « s’est particulièrement inquiétée de l’évolution politique de Mohammad Morsi quand le président, le 15 juin dernier, a rompu les relations diplomatiques avec la Syrie ». « Les forces armées se sont alarmées de la conférence sur la Syrie, à un moment où l’Etat traversait une crise politique majeure, a expliqué un officier, sous couvert d’anonymat, se faisant l’écho de propos également tenus par d’autres militaires », poursuit Reuters.

Selon un expert des questions égyptiennes, l’armée a estimé que le positionnement de Mohammad Morsi constitue « un danger pour la sécurité nationale, car en se rangeant du côté des rebelles syriens, il encourage une partie de la jeunesse égyptienne à aller combattre en Syrie contre les troupes régulières, ce qui se traduira par la création d’une nouvelle génération d’extrémistes qui déstabiliseront le pays à leur retour ».

La réponse du commandement de l’armée égyptienne, ce mercredi, au discours de Mohammad Morsi reflète cet état d’esprit. Le chef des forces armées, le général Abdel Fattah el-Sissi, a en effet affirmé que les militaires étaient prêts à mourir pour défendre le peuple contre les « terroristes et les extrémistes ». « Le commandant général des forces armées a indiqué qu’il était plus honorable pour nous de mourir que de voir le peuple égyptien terrorisé et menacé », a affirmé une page Facebook associée au Conseil suprême des forces armées. « Nous jurons devant Dieu que nous sacrifierons notre sang pour l’Egypte et son peuple, contre tous les groupes terroristes, extrémistes et ignorants ».

De plus, ajoute l’expert, l’alignement sur les monarchies du Golfe et sur l’Occident dans le dossier syrien prive l’Egypte de son rôle historique de moteur du monde arabe et la transforme « en nain, confiné à l’intérieur de ses frontières ».

Nicolas Sarkozy, Hamad Ben Khalifa Al Thani et son cousin Hamad Ben Jassem Al Thani, qui avaient pronostiqué la chute imminente du président syrien et de son régime dès les premières semaines de l’éclatement de la crise en Syrie, en mars 2011, ont disparu de la scène politique. Ils seront bientôt rejoints par Mohammad Morsi. Bachar al-Assad, lui, est toujours dans sa capitale, dirigeant son armée qui reconquiert le terrain.

Voilà le vrai sens de la marche de l’Histoire.

Source : french.alahednews

04-07-2013


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