COMITE VALMY

Accueil du site > > Egypte : le poker étatsunien Par Ahmed Halfaoui

Egypte : le poker étatsunien
Par Ahmed Halfaoui

mardi 16 juillet 2013, par Comité Valmy


Egypte : le poker étatsunien

Il est de notoriété publique que les dirigeants des Etats-Unis croyaient avoir la formule idéale pour gérer les Arabes et assimilés. Ils avaient trouvé les Frères musulmans qui présentent, à merveille, toutes les qualités requises. A savoir, leur anti-communisme-socialisme primaire et épidermique, leur allergie aux nationalistes et leur engagement militant pour le démantèlement de tous les obstacles à la libre-entreprise. Et pour agrémenter le tout, les Frères se sont avérés être des atlantistes zélés.

Devançant parfois l’appel. La question semblait donc réglée, pour longtemps. Mais le peuple égyptien a fait voler en éclat ce rêve idyllique d’une région mise en coupe réglée. Ce qui constitue un drame à la mesure du risque d’une sérieuse mise à mal de l’hégémonie, laborieusement établie depuis la chute de la bureaucratie soviétique en Russie et en Europe de l’Est. La chute de Mohammed Morsi fut donc accueillie dans une certaine panique.

Mais voilà qu’un petit espoir se pointe à l’horizon des possibles. Les Frères, qui refusent l’affront populaire, ont démontré qu’ils avaient, eux-aussi, des troupes qui pouvaient occuper la scène publique, aidées en cela, pour la propagande, par Aljazeera et quelques chaînes proches de la Confrérie ou dirigée par elle. Depuis le 5 juillet, les manifestants dits pro-Morsi ne baissent pas leur mobilisation, très radicaux, ils crient à l’Etat islamique qu’ils identifient pour le moment à leur ex- président. Le fait qu’ils tiennent, a revigoré la Maison-Blanche qui se réinvestit dans la bataille contre le coup d’état de l’armée égyptienne.

En réalité contre le mouvement populaire Tamarod. La porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki, demande publiquement la libération de Morsi, en s’appuyant sur une requête de l’Allemagne qui a, opportunément, devancé les Etats-Unis. Maître en perfidie, ils ont ce savoir-faire qui vous laisse désarmés. Ils apportent un soutien " innocent " aux Frères, en rejoignant leur revendication. Une donnée qui va peser dans le bras de fer qui met au prise les Frères d’une part, et Tamarod et l’armée de l’autre.

Car l’implication de Washington vient apporter un second souffle, même s’il n’est pas encore question de réinvestir Morsi dans son poste. Dans la foulée, il serait étonnant qu’une cascade de " demandes " de ce type ne se produise qui confortera le sentiment des protestataires. Le temps que durera ce jeu ne dépend que de la ténacité des Frères et du souffle de leurs troupes, boostées par le clin d’œil étatsunien. Ainsi dans un complexe parti d’équilibre l’establishment va jouer sur deux tableaux, préserver les Frères sinon les renforcer, sans compromettre l’espoir que l’armée finira, d’une façon ou d’une autre, par neutraliser la fronde populaire anti-impérialiste.

Afin de ne rien compromettre, étant donné le caractère imprévisible de cette Egypte, qui a déjoué pas mal de pronostics de ces Think-Tanks, pourtant réputés perspicaces. Quant aux Arabes qui ont leur guéguerre, quand même, ils semblent plus assurés de la situation. Le Qatar a misé sur les Frères et, de toute évidence, perdu. L’Arabie Saoudite, les Emirats et le Koweït se frottent les mains. Ils vont déverser 12 milliards de dollars, contre les Frères. Le parti Nour n’a pas rejoint le camp anti-Frères pour rien.

Par Ahmed Halfaoui

lundi 15 juillet 2013


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>