COMITE VALMY

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LA GAUCHE ET LA DROITE EN EUROPE - Jean Lévy

mercredi 30 septembre 2009, par Comité Valmy


De gauche ou de droite, des gérants loyaux de l’Europe capitaliste vassalisée.

Depuis les élections européennes, les médias annoncent la perte d’influence de la « gauche », en Europe au profit, disent-ils, d’une avancée généralisée de la droite. La campagne sur ce thème a pris une envergure nouvelle avec les élections allemandes et les perspectives désastreuses pour les Travaillistes britanniques. Certes, les commentaires varient de la compassion attristée – Libération, Le Nouvel Observateur sont de ceux-là - à la jubilation déclarée du Figaro, le JO du CAC 40 et de l’UMP, en passant par l’octroi de « bons conseils », en direction de la « sociale démocratie », développés tant par Le Monde que par Bernard Guetta, à France Inter. Cette offensive idéologique vise essentiellement le Parti socialiste, dans notre pays,. « qui ‘n’aurait pas de programme clair, divisé en rivalités de clans, sans perspectives concrètes et sans projets élaborés ». Donc voué à une disparition à terme de notre arc-en-ciel politique. En fait, il est reproché au Parti socialiste d’être, encore trop « à gauche »…

Loin de nous de « défendre » le PS, dont nous dénonçons en permanence l’orientation, formalisée en 2008, dans ses nouveaux statuts. Ceux-ci font de ce parti un adepte enthousiaste de la « loi du Marché » et de la concurrence libre, base fondamentale de l’Union européenne, dont les socialistes se font les plus ardents champions.

Ces options devraient satisfaire les médias, qui partagent les mêmes valeurs.

Alors, pourquoi cette campagne contre la sociale démocratie ? A la vérité, les affirmations claironnantes de tous les moyens d’information sur la chute de crédit des partis socialistes en Europe et en France au profit, non seulement, de la droite, mais aussi des Verts, qui « auraient le vent en poupe », pointe l’inquiétude d’une montée en puissance de partis se réclamant d’une radicalisation sociale. A terme, exprimant la colère ouvrière, cette force pourrait, aux yeux de la bourgeoisie, menacer l’équilibre politique au profit des masses populaires. Malheureusement, nous n’en sommes pas là.

Pour faire face à ce péril, qu’ils craignent à terme, les médias montent en épingle les succès électoraux des formations de droite ou se réclamant de l’écologie. Pour rendre évidente ces affirmations, seuls les pourcentages calculés sur les votes exprimés, sont pris en compte. Il n’est jamais question de rendre publics, ni le nombre des voix obtenues, ni le taux d’abstention. Précaution indispensable pour justifier l’injustifiable.

Cette tactique s’est révélée largement payante en 2002, lors des élections présidentielles, pour monter de toute pièce, sur la base des seuls sondages, « un danger Le Pen » et faire élire, par une majorité de gauche, le représentant d’alors de la droite, Jacques Chirac. Le chef du Front National n’avait conquis la seconde place qu’à la faveur d’une abstention à gauche, sans pour autant gagner en voix…

Aujourd’hui, c’est la même opération qui se poursuit. Prenons des exemples concrets : La « victoire » de l’UMP (et partant de son chef) aux dernières européennes. Calculés sur les suffrages exprimés, le parti du Président caracolerait en tête, compte tenu de la massive abstention (62%). Par contre, mesurée à l’aune des inscrits, l’UMP doit se contenter de seulement 12% de votes favorables. Même opération concernant les Ecologistes : les 16% de bulletins Verts, ne représentent que moins de 6% des électeurs. Et ceux-ci se recrutent dans les quartiers et les villes, où les difficultés de vie sont les moins grandes et le prix des appartements, le plus haut. Exemples : à Paris, dans le 6ème, et lors de l’élection municipale de Rambouillet, dans les Yvelines. En fait, lors de tous les scrutins, on vote bien plus dans les secteurs bourgeois où les électeurs sont satisfaits de la politique du pouvoir, que sans les cités populaires, où l’abstention atteint des sommets. La comparaison est valable entre bureaux de votes d’une même localité. C’est ainsi qu’à Argenteuil, ces deux derniers dimanches, les « votants » n’étaient que 25%, puis 32%. Ce qui permit d’élire un conseiller général UMP, à la place d’un sortant communiste.

Oui, mais dira-t-on, cela n’explique pas la victoire de la droite en Allemagne. Oh, que si ! Si celle-ci progresse au total, c’est le résultat, d’une part, d’un transfert de voix CDU (3% en moins) au bénéfice des Libéraux du FDP, et des 10% d’abstentions supplémentaires (70% au lieu de 77%, en 2005), constatées dans l’électorat populaire. En ce qui concerne la chute des voix du SPD, elle s’explique du fait que la social-démocratie allemande a pratiqué une politique ultralibérale, sous Schröder, puis au gouvernement CDU d’Angela Merkel. Cette politique a été condamnée par les masses populaires. Cette désaffection (13% de moins qu’au scrutin précédent) se mesure donc par l’abstention ouvrière et, bien sûr, par les gains de Die Linke (plus 3%) par rapport à 2005. Il faut remarquer que nos médias n’ont donné aucun chiffre des voix obtenues par chaque parti, comparées à celles du scrutin précédent. Seuls, les pourcentages ont droit de cité.

En clair, les « succès » ou les « victoires » de la droite sont le résultat de la déshérence de l’électorat populaire, sans force politique de contestation radicale du système capitaliste et porteuse d’un projet de changement de société, sur laquelle les travailleurs puissent compter. C’est vrai en Allemagne, où Die Linke ne remet pas en cause l’intégration européenne. C’est également vrai en France, où la « gauche de la gauche » (PCF, NPA, Parti de Gauche), situent leurs programmes dans le cadre de l’Union européenne. Le monde ouvrier a conscience de cette contradiction entre le discours et la réalité.

1 Message

  • Si je partage 90% de l’analyse expriméepar J.Lévy. je diverge sur la conclusion : il est vrai que les réponses se situent dans le cadre européen, du moins en apparence. Mais je me demande quelle sera la réaction de la Commission Européenne au vu du déficit annoncé du budget de la France en 2010, puis 2011 ( -5%, -8,5% !!). J’attends la réponse du Gvnmt Sarko. Invoquer les clauses de sauvegarde créera un précédent dangereux pour la Commission : accepter l’argumentaire Elyséen créra un précédent redoutable pour la Commission en cas d’alternative(non d’alternance) en France. Mais ceci est une autre histoire.

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