COMITE VALMY

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Article d’Indépendance des Chercheurs :

CNRS, délocalisation de la recherche et débâcle européenne

mercredi 18 novembre 2009, par Comité Valmy


Où mènent les actuelles « réformes » gouvernementales de la recherche et des universités, en France et en Italie, prenant notamment pour cible des établissements publics comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et d’autres organismes de recherche dans les deux pays ? Le 17 novembre, date de la journée contre le Processus de Bologne à l’appel entre autres de collectifs universitaires, coïncide avec la semaine de la Fête de la Science française. Mais y a-t-il de quoi se réjouir, avec les actuelles politiques gouvernementales européennes ? Le 17 novembre également, France Diplomatie diffuse une dépêche intitulée : « Le Brésil, la Chine et l’Inde : les priorités du CNRS aujourd’hui ». Mais s’agit-il d’autre chose que la poursuite d’une politique de précarisation et de délocalisation de la recherche française ? La réalité est que la marchandisation de la connaissance et la délocalisation de la recherche ont commencé dans les années 1980, en même temps que l’ouverture des négociations en vue de la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et de la signature de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS). L’adoption, à l’échelle européenne, du Processus de Bologne en 1998-99 et de la stratégie de Lisbonne en mars 2000 n’ont été que des étapes ce cette politique déjà en place. Mais quel en est le bilan pour les pays européens ? Quoi qu’en disent discours et parades, la situation réelle paraît de plus en plus catastrophique, et la responsabilité de « nos élites », très lourde.

Une dépêche récente de Radio Chine Internationale (RCI) annonce que le volume des investissements directs étrangers (IDE) en Chine a encore augmenté ce mois d’octobre de 5,7% en glissement annuel pour atteindre 7,1 milliards de dollars. Un an après le constat officiel de la crise économique et financière en Europe et aux Etats-Unis, les délocalisations en direction des pays de l’Asie reprennent à nouveau.

D’après une dépêche AWP/AFP reprise par Romandie News, les IDE en Chine ont été de 80.000 dollars US en 1979, de 40.7 milliards de dollars US en 2000 et de 92.4 milliards de dollars US en 2008.

Ces chiffres concernant la Chine ne sont qu’une illustration de l’ampleur atteinte par les délocalisations industrielles, scientifiques, technologiques et financières de la part des pays dits « riches » en direction des pays dits « émergents ».

Déjà en mars 2000, au même moment de l’adoption de la stratégie de Lisbonne, un rapport de l’Académie des Sciences soulignait que « notre pays, qui occupait une position prééminente dans la production de médicaments pouvant prendre place au niveau international, a vu cette position décliner de manière très sensible ». Il évoquait explicitement les « stratégies de regroupements des entreprises » et la « délocalisation de la recherche ». Malheureusement, ce rapport est actuellement vendu 38 euros et son texte complet ne semble pas être accessible en ligne. Combien de citoyens pourront le lire ?

Paradoxalement, la « pression » aux délocalisations a été un levier essentiel de la politique de démantèlement du CNRS et de mise en cause de l’indépendance et de la stabilité d’emploi des chercheurs. S’agit-il, au fond, d’autre chose que d’une spirale dont l’industrie française fait les frais autant que le CNRS ?

Dans une période où les populations payent lourdement la crise économique et financière, et où le CNRS est menacé de fermeture pure et simple dans quelques années, force est de constater que la course aux investissements et développements technologiques à vocation militaire ne s’est pas pour autant arrêtée. C’est ainsi, par exemple, que la commercialisation d’avions de guerre continue à être un sujet « porteur ».

En même temps, les données sur l’évolution de la situation dans ce domaine peuvent constituer un indicateur intéressant quant aux conséquences des délocalisations pour le développement économique et technologique des pays européens.

Précisément, l’Europe occidentale a battu des records en matière de délocalisations au cours des deux dernières décennies. A présent, la facture parait d’une gravité sans précédent.

Rappelons, avant d’aborder des informations récentes, qu’avant la réunion de Seattle du « Millennium Round » de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de 1999, le rapport Lalumière sur les « négociations commerciales multilatérales » diffusé le site du Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie français (Dominique Strauss-Kahn) , pontifiait notamment :

« La libéralisation des échanges offre deux avantages essentiels : elle permet, d’une part, la spécialisation des activités et, donc, une meilleure utilisation des ressources ; elle accroît, d’autre part, les débouchés qui s’offrent à chaque industrie et conduit donc à une réduction de ses coûts. (...) ... les travailleurs les plus qualifiés voient leurs services de plus en plus valorisés. Leur production trouve de nouveaux débouchés dans les pays émergents. Ils bénéficient d’une demande croissante et leur rémunération s’améliore ».

(fin de citation)

Mêmes lieux communs dans les déclarations de juin 2003 de l’alors ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Francis Mer au journal Les Echos :

« Il y a des métiers industriels qui ont été délocalisés vers des pays à bas salaires : cela s’appelle la spécialisation internationale du commerce. (...) C’est ce phénomène qui explique la croissance chinoise. Il suppose a contrario que l’Europe se mobilise sur l’innovation, la recherche et la formation professionnelle. (...) ».

(fin de citation)

Mais l’article de cette semaine d’Aviation Week intitulé « China Close To Testing Next-Gen Fighter » :

http://www.aviationweek.com/aw/generic/story.jsp ?id=news/...

dresse un tableau très différent d’une réalité qui ne saurait être décrétée par des discours politiciens ou « managériaux ».

Se référant à une annonce récente du gouvernement chinois, Aviation Week rapporte que la Chine commencera prochainement des essais de vol d’un chasseur furtif de cinquième génération, à savoir, de technologie analogue à celle du F-22 Raptor de Lockheed Martin.

De même, une annonce concernant un avion de transport militaire chinois plus grand que l’Airbus A400M devrait intervenir avant la fin de l’année.

Même s’il exprime une certaine prudence par rapport aux annonces des responsables chinois, l’article d’Aviation Week souligne la Russie dispose de la techologie requise, et la Chine, des moyens financiers.

Aviation Week envisage explicitement la possibilité que la Chine devance rapidement les pays européens dans ce domaine.

On est loin des baratins répandus sous les ministères de Dominique Strauss-Kahn ou de Francis Mer. Pourtant, c’est la même politique que continuent à appliquer l’Union Européenne et les pays européens « riches » malgré un certain nombre d’avertissements au sein même des institutions européennes depuis deux ans. Voir, par exemple, nos articles du 11 mars 2008 et du 11 mai 2008.

De même, le 11 septembre dernier Science publiait un article intitulé : « As China’s Rare Earth R&D Becomes Ever More Rarefied, Others Tremble » :

http://www.sciencemag.org/cgi/content/short/325/5946/1336

évoquant la montée de la consommation interne, par la Chine, de sa production des matières premières stratégiques dans le domaine de la haute technologie que sont les terres rares.

Ce constat semble avoir alarmé des milieux industriels de l’Europe et des Etats-Unis, du fait que la Chine détiendrait plus de la moitié des réserves mondiales de terres rares. Pourtant, y a-t-il quelque chose d’étonnant dans une telle évolution ? A nouveau, la Chine n’est qu’un exemple.

Mais la logique de marchandisation du savoir, d’asservissement de la main d’oeuvre intellectuelle, de liquidation des services publics et de recherche des plus bas salaires implacablement suivie depuis les années 1980, permet-elle une quelconque rectification de cette politique ? En réalite, le problème réside dans les bases mêmes de la stratégie qui a conduit à la création de l’OMC et de l’Union Européenne. C’est donc le fonctionnement profond du système qui est en cause.

L’entrée en application du Traité de Lisbonne ne pourra qu’accélérer cette dégringolade, notamment par le renforcement de la stratégie de privatisation du secteur public et de l’emprise des intérêts privés sur les politiques publiques.

1 Message

  • CNRS, délocalisation de la recherche et débâcle européenne

    21 novembre 2009 19:11, par José Ruiz
    Il est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter. Il fallait être aveugle, sourd et inconscient pour considérer que la spécialisation transférée à la Chine s’arrêterait à la seule production de produits manufacturés sans grande valeur ajouté. La créativité, l’inventivité, l’intelligence ne sont pas des qualités réservés aux seuls européens ou américains. Ce qui est grave c’est que toute technique, toute technologie, tout savoir qui n’est pas mis en œuvre sur un territoire donné sont autant de techniques, technologies et de savoirs perdus pour ce territoire. Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur l’évolution des machines outils et des métiers à tisser. Ce constat étant dressé, que faut-il faire pour inverser cette tendance ? qui a la réponse ? pour l’instant mis à part quelques agitations je ne l’ai pas encore trouvée. Pouvez-vous m’éclairer

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