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La politique allemande en Ukraine
Nikolai Malishevski

jeudi 20 mars 2014, par Comité Valmy


La politique allemande en Ukraine

Nikolai Malishevski Николай Малишевский

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Une vision commune de la situation en Ukraine pourrait être une condition préalable importante à la création d’un partenariat germano-polonais en Europe et cela amène Berlin et Varsovie à se rapprocher plus étroitement. C’est ce qui est indiqué dans un rapport paru avant le déclenchement des manifestations sur la Maïdan (Maïdan Nézalejnosti, Place de l’Indépendance) à Kiev. L’objectif du document "Au-delà de Vilnius : la Pologne et l’Allemagne doivent faire avancer la politique orientale de l’UE" ( Über Vilnius hinaus denken : Polen und Deutschland müssen die EU-Ostpolitik vorantreiben) était d’impliquer les diplomates et les hommes politiques allemands et polonais, membres du Bundestag, ministres. Les anciens ministres polonais des Affaires étrangères Adam Daniel Rotfeld et Andrzej Olechowski Marian figuraient parmi les auteurs du document.

L’activisme fébrile de Washington envers l’Ukraine fait paraître bien pâles les tentatives faites par les Européens pour accorder les violons à l’intérieur de l’Union européenne sur la question de l’Ukraine. Pendant ce temps les Allemands et les Polonais continuent à s’engager activement en Ukraine. Ils recourent à la politique de la carotte et du bâton pour perpétuer le conflit dans le pays.

Dimitri Skajenik : "L’ours et l’aigle", 2004

L’Union européenne continue d’être prête à signer et mettre en œuvre notre accord - initié par le gouvernement ukrainien il y a plus d’un an - à condition que les autorités confirment leur adhésion à une Ukraine libre, unie et démocratique et aux valeurs sur lesquelles l’accord d’association est fondé", a déclaré le président du Conseil européen Herman Van Rompuy après sa rencontre avec le Premier ministre de Pologne Donald Tusk . Selon Alexander Rahr, directeur de la recherche à l’ONG Forum germano- russe, l’Union européenne prend le parti de l’opposition et traite Ianoukovitch comme s’il était illégal alors qu’il n’a violé aucune loi. L’Allemagne a habilement refilé aux Polonais tout le sale boulot consistant à conquérir et à faire chanter les politiciens ukrainiens. Et ceux-ci se mettent en quatre pour placer leurs pions dans la meilleure position.

Le Président Bronislaw Komorowski offre une carotte en fournissant à l’Ukraine de l’aide financière dans le cadre du Partenariat oriental pour soutenir son aspiration à rejoindre l’Union européenne.

Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, offre une aide économique en échange de réformes, mais ce ne sont que des mots, il n’y a aucune garantie. Simultanément, il utilise la Deutsche Welle (radio publique allemande en langues étrangères, NdT) pour dire aux Ukrainiens qu’ils devraient envoyer des plaintes contre Moscou au Parlement européen ; peu lui importe que la Russie soit le seul pays à offrir une aide considérable Ukraine sans aucune condition.

Le vice -président du Parlement européen Jacek Protasevitch menace de rompre les liens formels entre l’Union européenne et l’Ukraine. Les Américains polonais comme Zbigniew Brzezinski disent ouvertement que la Russie ferait face à un effondrement au cas où elle continuerait à soutenir l’Ukraine. Des militants et politiciens polonais menacent publiquementl’Ukraine d’une guerre civile, dit Alexander Smolar, politologue polonais qui a dirigé une ONG influente - la Fondation Stefan Batory, pointe de manière provocante la perspective de démembrement de l’Ukraine (la déclaration faite par le Premier ministre Donald Tusk) et utilise Polskie Radio (radio publique polonaise) pour diffuser l’idée que la Pologne "garantit à l’Ukraine le soutien pour son bon choix".

Igor Kolgarev, "Autobus Ukraine", 2014

La Pologne et les USA utilisent la Fondation polono-ukrainienne de coopération (PAUCI) et le Centre pour les élections libres et la démocratie pour répandre leurs idées en Ukraine. Les Allemands soulignent les aspects économiques et humanitaires tentent de courtiser l’élite politique et les intellectuels (l’objectif principal n’est pas d’ impliquer l’Ukraine dans les structures européennes, mais de stimuler la « fuite de cerveaux » en attirant les talents et compétences vers l’Allemagne).

Cette mission est réalisée par la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté (liée au parti libéral FDP), la Fondation Hanns Seidel (liée à l’Union chrétienne-sociale CSU), la Fondation Friedrich Ebert (FES, liée au parti social-démocrate SPD ), la plus grande et la plus ancienne des fondations liées aux partis politiques allemands, avec des bureaux et des projets dans plus de 100 pays, la Fondation Robert Bosch, l’une des principales fondations allemandes liées à l’ entreprise privée Robert Bosch GmbH, la Société Fraunhofer (Fraunhofer -Gesellschaft zur Förderung der Forschung angewandten e V., Société Fraunhofer pour la promotion de la recherche appliquée ), un organisme de recherche allemand avec 67 instituts répartis dans toute l’Allemagne et se concentrant chacun sur un domaine de science appliquée, le Service allemand d’échanges universitaires ou DAAD (Deutscher Akademischer Austauschdienst ), la plus grande organisation allemande de soutien dans le domaine de la coopération universitaire internationale, la Fondation allemande pour la recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft ), important organisme de financement de la recherche allemande et le plus grand de ce genre en Europe, la Communauté Helmholtz des centres de recherche allemands (Helmholtz -Gemeinschaft Deutscher Forschungszentren), la plus grande organisation scientifique en Allemagne, l’Association pour l’éducation internationale et les échanges internationaux (IBB), une ONG caritative sans but lucratif, institutionnellement et politiquement autonome, qui mène des programmes spéciaux au Belarus, et bien d’autres.

Les ressources financières à leur disposition sont proprement époustouflantes. Par exemple, la Société Fraunhofer est loin d’être la plus grande et la plus connue, mais elle dispose d’un budget de 1,4 milliards d’euros, celui de la DAAD est supérieur à 250 millions d’ € etc. Pour ne pas parler de la Fondation Konrad Adenauer, qui gère des centaines de programmes humanitaires dans plus de 120 pays.

(...) Norbert Beckmann- Dierkes, expert de ​​la Fondation Konrad Adenauer pour l’Europe centrale et orientale, dit que la priorité est donnée aux jeunes, qui déterminent l’avenir de leur pays. Nico Lange, chef du bureau de la Fondation Konrad Adenauer en Ukraine, parle contre la fragmentation des partis politiques parce que le but est d’établir une large coalition sur la base de points de vue communs.

Exemple d’activités organisées par la Fondation Konrad -Adenauer : une récente "visite d’étude et dedialogue" en Allemagne de députés du parti UDAR

Les organisations allemandes à but non lucratif ont constitué un vaste réseau d’alliés en Ukraine même, dans lequel figurent l’Institut d’éducation politique , une organisation publique non-gouvernementale et indépendante , l’Institut pour la coopération euro-atlantique , l’Académie de la presse ukrainienne, la Fondation Victor Pinchuk, le plus grand laboratoire d’idées ukrainien privé, le Centre ukrainien d’études économiques et politiques nommé d’après Olexander Razumkov, un laboratoire d’idées non-gouvernemental sur les politiques publiques etc. Travaillant en étroite collaboration avec la communauté scientifique et les structures publiques, les ONG allemandes font les choux gras des médias ukrainiens, elles sont impliquées dans des projets en partenariat avec des structures du gouvernement ukrainien, elles organisent des séminaires avec des représentants de haut et moyen niveau des agences de l’état ukrainien et s’impliquent dans les processus électoraux. Leurs activités ne sont pas limitées à l’Ukraine, mais s’étendent aussi au Belarus et à la Russie.

La concentration sur les sphères intellectuelles et économiques permet Allemands d’avoir un pied en Ukraine, tout en évitant la confrontation avec Moscou et de toute responsabilité vis-à-vis des Ukrainiens (cette mission est dévolue au partenaire polonais). L’Allemagne est le deuxième partenaire commercial (après la Russie) de l’Ukraine, ce qui lui permet de stimuler progressivement l’extension de son influence en Europe et dans l’espace postsoviétique.

Cet était de fait suscite la rancune des stratèges d’outre-mer du Département d’État US. Le dernier exemple en date de cette irritation a été donnée par la secrétaire d’État adjointe US Victoria Nuland, qui a utilisé un langage obscène à propos de l’Union européenne dans une conversation avec l’ambassadeur US en Ukraine Geoffrey Pyatt. Washington veut que les Allemands désamorcent la situation explosive sur Maïdan et donnent la priorité de donner aux intérêts de la « communauté internationale » sur les intérêts nationaux. Dans ce cas d’espèce, la « communauté internationale » est évidemment associée avec les USA.

Les dirigeants européens à Bruxelles pensent que les jurons prononcés par Nuland reflètent les sentiments communs d’Américains fatigués de la diplomatie de l’UE, « un état ​​d’esprit général chez les Américains, et pas seulement sur ​​l’Ukraine, qu’ils sont fatigués de la diplomatie de l’UE, que nous ne sommes pas efficaces même dans notre propre voisinage » (Helga Schmid, secrétaire générale adjointe de l’Union européenne). À ce propos, les titres des médias allemands démontrent avec éloquence le grand écart entre les objectifs poursuivis par les USA et ceux que l’Allemagne se fixe : "Nique l’UE" : absolument inacceptable pour Angela Merkel (Die Welt) ; Merkel bouleversée par l’insulte "Nique l’UE" (Frankfurter Rundschau) , "Nique l’UE" : Merkel : "absolument inacceptable" (Frankfurter Allgemeine Zeitung).

Merci à Tlaxcala


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