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La junte de Kiev se prépare à verser le sang. Mais pour qui sonne le glas ?
Françoise Compoint

mardi 15 avril 2014, par Comité Valmy


La junte de Kiev se prépare à verser le sang.
Mais pour qui sonne le glas ?

On croyait que l’armistice de 1945 avait enterré le noyau dur du bandérisme. Or, voici qu’il renaît, armé jusqu’aux dents et implacable dans ses convictions. On croyait que le procès de Nuremberg avait définitivement condamné le nazisme au point d’exclure son resurgissement à une échelle étatique. Or, le nazisme ou le néonazisme, qu’importe le nom, n’a fait que changer de visage. On le voit à travers la politique atlantiste au Moyen-Orient, on l’a vu, il y a quelques années, dans l’ex-Yougoslavie. Mais le pire, c’est que la version déguisée du nazisme épaule sa version originelle à Kiev en disant que « Non, détrompez-vous, il n’y avait pas de nazis place Maïdan, oui, les référendums sont incompatibles avec la démocratie » ! Le pire enfin, c’est que l’Ukraine de l’Est se prépare à affronter l’OTAN suivi par ses supplétifs extrémistes et qu’une chute vertigineuse ne se fera pas attendre.

L’opération dite « anti-terroriste » entamée en Ukraine à la demande instante du Conseil de sécurité nationale et de Défense de l’Ukraine s’inscrit dans la lignée des premières opérations répressives sous fausses bannières place Maïdan. On sait aujourd’hui que les tueurs anonymes qui avaient tiré sur la foule anti-Ianoukovitch en février 2014 étaient les mêmes qui avaient tiré sur les Berkout. C’est à partir de ce moment précis qu’il devint clair que les démocrates autoproclamés de Kiev n’hésiteraient pas à réprimer les manifestations les plus pacifiques dans le sang. Restait juste à savoir s’ils œuvreraient ouvertement en dénonçant des groupuscules terroristes armés jusqu’aux dents ou s’ils œuvreraient au moyen de mercenaires cagoulés qu’ils feraient passer pour des milices d’autodéfense. Dans le deuxième cas, il faudrait également sacrifier, comme cela fut fait en février, des Ukrainiens (ou éventuellement des Russes loyalistes s’il s’en trouve à l’Est) soutenant le régime fantoche actuel.

Voici qui ne poserait aucun problème sur le plan moral mais qui serait trop peu crédible sachant que la conversation téléphonique de M. Paet, ministre des Affaires étrangères estonien avec Mme Ashton a déjà fait le tour des médias occidentaux alternatifs. Donc, c’est la première solution qui est la plus envisageable. Un reportage récent de France 24 le démontre d’une manière remarquable juste au moment où une journaliste affirme que ce sont les militaires russes (ou des milices pro-russes à la solde du Kremlin ?) qui construisent des barricades dans la région de Donetsk. Malheureusement pour elle, l’image diffusée au même moment derrière son dos montre au contraire qu’il s’agit de civiles, femmes et adolescents à leur nombre. En effet, ces terroristes hyper-dangereux donnent vraiment du fil à retordre aux saints de Kiev qui ne demandent qu’à être plus proches d’une Europe providentielle et surtout civilisée.

L’essentiel, c’est de ne pas voir ces saints en action car le tableau ne serait pas si beau que ça. C’est ainsi que Donetsk devint hier le théâtre de plusieurs meurtres : des protestataires absolument pacifiques armée au mieux de bâtons (à des fins d’autodéfense car il semblerait qu’il n’y ait pas un seul mort du côté des milices dépêchées par Kiev) ont été abattus par des snipers dispersés à travers la région. Des témoins relatent même la présence de blindés et de deux hélicoptères non identifiés dans la région.

Mais au fond, toute considération faite, à quoi rime donc tout ce chahut ? Permettez-moi une réponse bateau : à rien. En voici les raisons économiques et politiques.

- Premièrement, la dette ukrainienne ainsi que ses paiements en suspens s’accordent très mal avec la volonté de Kiev de retenir ses régions Est. Autrement dit, il n’a pas les moyens de ses ambitions sachant que cette dette s’élève aujourd’hui à 138 milliards avec un PIB de 176 milliards, quant aux paiements suspendus, ils frisent les 8 milliards. Il est vrai que perdre la zone Est serait une catastrophe supplémentaire pour la zone Ouest puisque cela reviendrait à perdre la majeure partie des industries ukrainiennes et miner par là même un revenu qui dépend à 70-75% des exportations et importations vers la CEI, donc, avant tout, vers la Russie. Si même le FMI se décidera à jeter quelques miettes, il réclamera un peu plus tard le double, voire le triple de son dû. D’ailleurs, il suffit de constater que les mesures d’austérité imposées par le FMI ont déjà frappé les classes ouvrières.

- Deuxièmement, si Moscou a garanti la livraison de gaz à l’Europe, elle n’a pas garanti son passage par l’Ukraine. Actuellement, 80 % des hydrocarbures exportées vers l’UE transitent par le territoire ukrainien. Si Kiev n’arrête pas ses coups de force risibles contre une population qui ne veut pas prêter allégeance à un gouvernement putschiste néo-fasciste et néo-nazi, la Russie pourrait très bien contourner l’Ukraine via la Pologne ou la Biélorussie. Elle pourrait également les faire passer par la Baltique via le Nord Stream. Cette dernière mesure est improbable tant que les référendums relatifs à la fédéralisation ne seront pas lancés mais ils pourraient intervenir ultérieurement. Il en va de même pour le prix du gaz, instrument idéal de pression.

- Troisièmement, Kiev n’a presque plus d’armée. Une certaine partie de ses milices s’est déjà rangée aux côtés des manifestants pro-russes de l’Est, les mercenaires récemment embauchés coûtent trop cher, le Praviy Sector est hostile à la composante actuelle de la Rada et encore plus au gouvernement. Qui plus est, se rallier à des extrémistes néo-nazis qui ne cachent même pas leurs convictions nuit assez à l’image de marque d’un gouvernement qui se voudrait europhile. On se demande alors si c’est avec 2000 ou 3000 hommes (mercenaires y compris) que Kiev espérait prendre les villes résistantes de l’Est ?

- Quatrièmement et d’une façon peut-être paradoxale, si l’Ukraine n’a jamais perdu sa souveraineté, Kiev semble néanmoins l’avoir perdu. En tout cas symboliquement. Les circonstances dans lesquelles s’est déroulé le Maïdan l’ont bien démontré, surtout si l’on sait que des pots-de-vin assez importants ont été versés à différents partis politiques pour les réduire au même dénominateur. D’ailleurs, la très récente visite du chef de la CIA à Kiev, John Brennan, corrobore davantage encore la thèse de la vassalisation de Kiev qui s’est vendu à des marchands d’illusions.

Ces arguments semblent préoccuper M. Tourtchinov, le Président par intérim, dont le revirement assez subit redonne un peu d’espoir. Ayant annoncé la veille une opération anti-terroriste musclée dans la région de Donetsk et à Lougansk, il annonce aujourd’hui la possibilité d’un référendum sur la fédéralisation des régions concernées. Cela vaut tout de même mieux qu’un conflit armé absurde avec la Russie car, si c’était le cas, on assisterait assez vite à la fin de l’Etat Ukrainien comme tel. Et le glas sonnerait alors non seulement pour le gouvernement autoproclamé kiévien mais aussi, à la longue, pour les pays de l’UE qui auraient à subir les conséquences les plus détestables du chaos ukrainien.

Françoise Compoint

14 avril 2014


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