COMITE VALMY

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La lettre de Léosthène, le 10 mai 2014 n° 932/2014

Sondage :
le futur incertain de l’Union Européenne
Hélène Nouaille

Neuvième année. Bihebdomadaire. http://www.leosthene.com

vendredi 16 mai 2014, par Comité Valmy


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Sondage :

le futur incertain de l’UE

« La majorité des citoyens de douze pays de l’Union ne sont pas intéressés par les élections européennes à venir » titre l’institut Ipsos-MORI en publiant sa dernière vague de sondage début mai (1). « Le niveau de connaissance des leaders européens est également très bas, avec trois exceptions notables : Merkel, Cameron et Hollande ». En effet : à quinze jours des élections qui se tiendront du 22 au 25 mai dans les différents pays de l’UE, six électeurs sur dix (62%) déclarent qu’ils ne sont pas intéressés par un scrutin qui doit envoyer 766 députés au parlement européen. Le sondage a été mené auprès de 9000 personnes du 1er au 25 avril en Allemagne, Belgique, Croatie, Espagne, France, Grande Bretagne, Hongrie, Irlande, Italie, Pays-Bas, Pologne, Suède.

Aux Pays-Bas, où les citoyens s’étaient prononcés par référendum contre le Traité constitutionnel en 2005 un jour après les Français, 80% des électeurs se disent peu ou pas intéressés. En Croatie, qui est entrée dans l’UE au premier juillet 2013, ils sont 67% à être indifférents – il faut se souvenir que seuls 15% d’entre eux s’étaient déplacés pour élire leurs premiers députés. Et, disons-le, l’intérêt pour le scrutin n’est majoritaire nulle part, ni en Belgique où le vote est obligatoire (66% ne sont pas intéressés), ni en Allemagne (63%), ni en Italie jusqu’ici plutôt europhile (54%), même pas en Pologne dont les dirigeants veulent rejoindre l’euro (52% sont indifférents). Mais il y a peut-être pire : ceux qui se déclarent tout à fait intéressés ne sont que 10% en moyenne pour l’ensemble des pays sondés, de 17% en Italie à 4% aux Pays-Bas.

Alors soyons clairs : ou, selon les critères de la presse, il y a dans l’UE une majorité d’imbéciles illettrés, ou la construction européenne telle qu’elle est ne convient pas à une majorité d’électeurs. Or que proposent les leaders les plus connus pour le futur ?

- Le britannique David Cameron, connu de 76% des citoyens dans les pays sondés, s’est clairement exprimé (2) : « Je comprends tout à fait et je partage les préoccupations de chacun concernant l’Union européenne (...). Il y a un an, dans un entretien accordé à Bloomberg, j’ai précisé mon plan pour réformer l’Union européenne et changer les relations de la Grande Bretagne avec elle. La Grande Bretagne n’est pas la seule à penser qu’un changement est nécessaire. Personne n’a plaidé plus fortement qu’Angela Merkel pour la nécessité d’une réforme de l’UE si elle doit être en compétition dans le monde moderne. Mon collège hollandais est l’auteur de la phrase “l’Europe si nécessaire, des nations quand c’est possible”. Nous partageons l’opinion que le statu quo ne marche pas, et nous avons l’intention d’en changer ».

- La chancelière allemande, connue de 86% des citoyens sondés, a un projet tout à fait contraire, révélait le Spiegel (3) le 21 octobre dernier : « Les fonctionnaires de la Chancellerie forgent des plans pour l’Europe qui sont pratiquement visionnaires pour quelqu’un comme Mme Merkel. Si elle l’emporte, ils vont changer fondamentalement l’Union européenne. L’objectif est d’atteindre un vaste contrôle communautaire des budgets nationaux, de l’endettement public dans les 28 capitales de l’UE et des réformes nationales visant à accroître la compétitivité et la mise en œuvre des réformes sociales. L’espoir est que ces mesures permettront d’assurer la stabilité à long terme de l’euro et d’orienter les États membres sur une trajectoire économique et budgétaire commune ». En bref, « Spiegel a appris qu’elle veut confier à Bruxelles beaucoup plus de pouvoir sur les budgets nationaux » mais qu’elle ne livrera sa vision européenne qu’après les élections...

- François Hollande, connu à 72%, qui s’est exprimé le 8 mai 1945 dans une tribune du Monde (4), reste incantatoire. Que veut-il ? « L’Europe de la volonté. Celle qui agit là où on l’attend, qui clarifie ses modes de décision, allège ses procédures, avance plus vite avec les pays qui le veulent, se concentre sur les défis à venir (...). Celle qui, à partir de la zone euro, redonne de la force à l’économie, met fin à l’austérité aveugle, encadre la finance avec la supervision des banques, fait de son grand marché un atout dans la mondialisation et défend sa monnaie contre les mouvements irrationnels (...). Qui investit sur de grands projets grâce à de nouveaux instruments financiers (...) qui en termine avec la concurrence sociale et fiscale (...) qui protège ses frontières en préservant la liberté de se déplacer (...) qui engage la transition énergétique (...) ».

Dans quel cadre ? Plutôt national comme le veut David Cameron ou en transférant plus de pouvoir à la Commission, comme le veut Angela Merkel ? Il ne le dit pas. Mais curieusement pour l’homme qui a voté contre la volonté des Français en 2005 – pour le pseudo « mini traité » de Nicolas Sarkozy, le Traité de Lisbonne, il ajoute : « Encore une fois, nous dira-t-on, vous refusez aux peuples la possibilité de choisir. Il faudrait tout accepter ou tout refuser, ce serait l’Europe ou le chaos. Eh bien, non ! Les Français peuvent décider et imposer souverainement leur préférence ». Vraiment ?

Or, dans un sondage précédant d’Ipsos (5), les citoyens sondés dans les mêmes pays étaient 53% - en France 56% - à vouloir quitter l’UE (19%) ou à réduire les pouvoirs de l’UE (34%), 11% à laisser les choses en l’état, et 37% à souhaiter un gouvernement unique (18%) ou plus de pouvoirs à l’UE (19%). Toujours en moyenne 59% des sondés pensaient que l’UE avait beaucoup d’influence sur leur vie quotidienne et 57% que cette influence était négative. Ajoutons que pour 75% l’UE avait « une grande influence sur la capacité de leur gouvernement et de ses élus à prendre des décisions qui soient dans l’intérêt de leur pays » et pour 64% d’entre les sondés, cette influence était négative. De même ne pensaient-ils pas que leur standard de vie soit meilleur dans l’UE que si leur pays ne l’avait pas rejointe (65%). D’autres chiffres – éloquents – sont donnés, l’ensemble très facile à consulter, dans une présentation très claire.

Conclusion : 68% des citoyens en moyenne pensaient que l’UE allait dans la mauvaise direction (77% en France, 67% en Grande Bretagne, 61% en Allemagne).

Leur vote aux élections européennes peut-il changer quelque chose ? Les sondés n’en ont pas le sentiment : ils ne sont pas intéressés. Le traité de Lisbonne introduit que le Conseil des dirigeants européens doit « tenir compte » de la majorité du Parlement pour choisir le président de la Commission qui doit être « élu » par le Parlement. « En fait », remarque Romaric Godin pour la Tribune (6) « le terme « d’élection » du président de la Commission par le parlement semble assez inapproprié. Elire, c’est choisir. Mais dans ce cas précis, le Parlement européen n’aura pas le choix des candidats, il aura celui d’accepter ou de refuser le choix du Conseil. Ce n’est pas un détail, car cette procédure renvoie le vrai choix du président de la Commission au Conseil, et non au Parlement. C’est le Conseil qui décidera quel candidat est susceptible d’obtenir la majorité absolue. Il peut certes choisir le candidat désigné du parti arrivé en tête, mais il peut aussi choisir un « candidat de compromis » qui n’a pas été soumis au choix des électeurs ».

Rien qui ne suscite l’enthousiasme des électeurs, rien qui apporte de la clarté au débat européen. Ajoutons – pas de sondages ici, chacun peut imaginer - le jugement que peuvent porter sur l’UE les citoyens en matière de politique étrangère, de gestion de crise, de qualité du personnel politique et de celle des fonctionnaires aux commandes à Bruxelles...

Le paysage ainsi dessiné est très sombre. Le futur de l’UE est tout d’incertitude.

Hélène Nouaille

Source :
La lettre de Léosthène, le 10 mai 2014 n° 932/2014
Neuvième année. Bihebdomadaire. Abonnement 370 euros.
http://www.leosthene.com

Mise en ligne CV : 11 mai 2014

Cartes :

Ce que disent les sondages, pays par pays (mise à jour 3 mai 2014

http://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/europeennes-ce-que-disent-les-sondages-pays-par-pays_590163.html

Taux de participation aux élections européennes de 1994 à 2009
http://insee.fr/fr/themes/tableau.asp ?reg_id=98&ref_id=Electionseurope

Notes :

(1) IPSOS European Pulse, may 2014
http://ipsos-na.com/news-polls/pressrelease.aspx ?id=6491

Le rapport : http://ipsos-na.com/download/pr.aspx ?id=13648

(2) The Telegraph, le 15 mars 2014, David Cameron : the EU is not working and we will change it
http://www.telegraph.co.uk/news/newstopics/eureferendum/10700644/David-Cameron-the-EU-is-not-working-and-we-will-change-it.html

(3) Traduction en français : Contre la Cour, le 28 octobre 2013, Les grands projets d’Angela Merkel pour l’Europe
http://www.contrelacour.fr/eurozone-plans-reforme-merkel/

Spiegel Online, le 21 octobre 2013, Angela’s Agenda : A Grand, Controversial Plan for Europe
http://www.spiegel.de/international/germany/merkel-wants-to-reform-eu-with-more-powers-for-brussels-a-928988.html

(4) Le Monde, le 8 mai 2014, François Hollande : « L’Europe que je veux »
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/08/francois-hollande-l-europe-que-je-veux_4413580_3214.html

(5) Ipsos MORI, European Pulse, mars 2014
http://fr.slideshare.net/IpsosMORI/ipsos-mori-ipsoseuropeanpulse

(6) La Tribune, le 7 mai 2014, Romaric Godin, L’élection du président de la Commission par le Parlement européen : une bonne raison d’aller voter ?
http://www.latribune.fr/blogs/la-tribune-des-europeennes/20140507trib000828844/l-election-du-president-de-la-commission-par-le-parlement-europeen-une-bonne-raison-d-aller-voter-.html

Léosthène, Siret 453 066 961 00013 FRANCE APE 221E ISSN 1768-3289.
Directeur de la publication : Yves Houspic (yhouspic@gmail.com)
Directrice de la rédaction : Hélène Nouaille (helene.nouaille@free.fr)
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