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Point de vue

Quelle attitude les communistes de l’année 2010 peuvent ils avoir vis à vis de Staline ? Par Gilles Questiaux

Un texte deG.Q. à partir d’une analyse de Domenico Losurdo

mardi 5 janvier 2010, par Comité Valmy


Quelle attitude les communistes de l’année 2010 peuvent ils avoir vis à vis de Staline ? de ce qu’il fut vraiment, de l’image qu’on s’en fait aujourd’hui, et de ce qu’il symbolise ? Doivent-ils le rejeter avec effroi, le revendiquer avec hauteur au risque de scandaliser les honnêtes gens (dont beaucoup d’honnêtes gens véritablement honnêtes) ? Doivent-ils l’esquiver comme un secret de famille honteux ?

Dans les peuples du monde certains de plus en plus nombreux dressent l’oreille quand ils entendent son nom. En général ils en entendent parler par la bouche de leurs ennemis, et par les dénégations apeurées de leurs tièdes amis qu’on accuse de stalinisme à la première occasion. Ils entendent ce nom au milieu des insultes et du scandale. Et ils se disent que quelque fut le vrai Staline, si ceux là ont encore peur de lui, les exploiteurs, c’est qu’il ne devait pas être si mauvais.

Staline est un méchant qui hante le monde de la fin de l’histoire qui adore se faire peur au cinéma, c’est un monstre diabolisé à l’égal d’Hitler auquel on tente de l’assimiler par l’usage de la théorie de guerre froide du « totalitarisme », et que l’on tente de rendre par le récit grotesque de l’histoire scolaire complètement inintelligible, mais pour d’autres raisons que le dirigeant raciste contre-révolutionnaire allemand. Hitler est rejeté par la même bourgeoisie qui l’a utilisé, comme si elle n’avait rien à voir avec lui. Staline est invoqué au contraire pour « exorciser le communisme » comme l’écrit le journal « Le Monde » sans guillemets, pour rendre à jamais impossible une nouvelle révolution comme celle d’octobre 1917 en Russie. Bref, comme Dostoïevski l’avait anticipé en critiquant les révolutionnaires russes vers 1870 dans Les possédés, on lui fait porter un costume de démon des plus banals dans la tradition judéo-chrétienne (et d’une version de la théologie judéo-chrétienne bien peu intelligente). Le méchant ainsi signalé à l’attention du public attire à lui le négatif humain que la société bourgeoise veut mettre au rebus, ceux qui sont traités comme des fous, les paumés, les perdants, les humiliés, Staline donc a une mauvaise réputation du genre à plaire à l’opprimé isolé par le spectacle du triomphe planétaire du capitalisme. On peut penser qu’il vaut mieux que son nom cristallise la révolte plutôt que celui d’Hitler. Mais Staline n’est pas une figure de la décomposition populaire du romantisme. Il n’a pas été adulé par des foules qui comptaient nombre de héros et de génies comme un ogre mais comme un sauveur.

Staline n’est pas le personnage monstrueux que l’on a cherché à accréditer depuis le rapport Khrouchtchev de 1955. L’histoire objective de son pouvoir sur l’URSS et le mouvement communiste reste à écrire, même si c’est une histoire horrible pleine d’excès et de brutalité. Mais cette horreur n’a pas été introduite par dans l’histoire par la malveillance d’un homme ou de quelques-uns. C’était un politicien très intelligent, habile, convaincu, incorruptible, et plutôt prudent, porté à des mesures extrêmes par des circonstances inouïes. Et qui fut sans doute, comme Mao après lui, victime des illusions que secrètent le pouvoir absolu.

Nos idées sont davantage remises en cause par l’expérience historique du socialisme réellement existant que ne l’est la personnalité des chefs qui ont voulu les mettre en pratique. On leur doit cela : on peut reprocher tout ce qu’on veut aux communistes intraitables de la génération formée par Staline, mais pas d’être inoffensifs, pas d’avoir été des « intelligents » tchékhoviens se morfondant à regarder passer l’histoire en se plaignant de leur impuissance, ou des romantiques complaisants comme dit Lautréamont « se roulant sur la pente du néant en poussant des cris joyeux ». Staline incarne la dictature du prolétariat. S’il y a quelque chose qui ne va pas chez Staline, c’est dans la théorie de la dictature du prolétariat qu’il faut le chercher, telle que Karl Marx l’avait envisagée. Il n’y a pas de gentilles dictature du prolétariat qui pourrait épargner, par exemple les amateurs de peinture abstraite.

Invoquer Staline aujourd’hui n’est pas prudent, n’est pas politique, et risque de conduire à l’isolement. Même les maoïstes asiatiques l’ont fait disparaître de leurs références. Sans doute peut-on dire que la tentative stalinienne de mettre en pratique le marxisme a finalement été vaincue. Mais il y a quelque chose d’étonnant de voir toute l’intelligentsia mondiale élevée dans le culte de Nietzsche s’épouvanter de voir ce que ça donne, d’agir « par de là bien et mal ». De voir le surhomme en chair et en os mettre en œuvre la dictature du prolétariat à ses dépens.

Le fait est que Staline fut le dirigeant rationnel de la révolution dans les circonstances d’airain où elle se produisit, dans le monde de violence sans limite ouvert par la boucherie de la Grande Guerre impérialiste de 1914-1918 qui avait déprécié totalement la valeur de l’existence humaine, et face à la contre-révolution également sans limite du fascisme et du nazisme qui en avait au concept même d’humain. L’analyse qui veut proposer un « communisme sans Staline » qu’il fut celui de Trotski, de Rosa Luxembourg, de « Socialisme ou Barbarie », n’a pas de sens. Ces communismes là n’ont pas de terroriste, ils n’ont que des martyrs, ce sont comme des religions qui parlent d’un autre monde que le monde réel. Et leur analyse est à contresens des faits : car Staline n’a pas exercé la terreur au nom de la bureaucratie contre le prolétariat, il a exercé la terreur sur la bureaucratie, au nom du prolétariat.

Terreur qui fut exercée à froid, sans pitié, mais avec une certaine mauvaise conscience. Il n’y a aucune fascination romantique du mal à chercher là-dedans. Lorsque la Convention thermidorienne fait exterminer les milliers d’émigrés aristocrates capturés à Quiberon en 1795, elle le revendique. L’URSS a tenté de nier sa responsabilité dans le massacre des officiers polonais en 1940, elle a tenté de produire une façade légale à la Terreur, pendant les procès de Moscou mis en scène de 1936 à 1938. Cette faiblesse montre aussi que la révolution soviétique avait perdu son assurance dans la scientificité et la rationalité de son projet. On l’aurait perdu à moins, si l’on avait participé à une pareille histoire.

Moins les communistes seront tentés de répudier le Staline historique, moins ils seront tentés de rejeter Staline dans les poubelles de l’histoire, moins ils seront staliniens, au sens trivial du mot qui caractérise bien l’apparatchik brejnévien : autoritaires, menteurs, dissimulés, brutaux, incultes, veules, opposés à la spontanéité révolutionnaire et à la démocratie. Car ceux que l’on qualifie spontanément de « stalinien » avec ce que cela comporte d’opprobre justifiée ne sont pas staliniens, mais khrouchtchviens, gorbatchéviens, eltsiniens. Ou en d’autres termes ceux de Thermidor, pourris et cyniques ne peuvent pas juger la Terreur, à laquelle ils ont participé.

Reste les mérites du personnage historique auquel il faut rendre justice : Il a su rendre concrète l’expérience du « socialisme dans un seul pays (l’alternative étant, non pas la « révolution permanente » mais « le socialisme dans aucun pays »), expérience que l’humanité devait faire. Il a su diriger le peuple soviétique pour vaincre le nazisme, presque seul. Sans Staline, le Parti communiste soviétique, et le peuple russe, le Troisième Reich aurait triomphé. Il a accéléré la décomposition du monde colonial et du racisme, et rendu dans le monde entier l’exploitation et la misère illégitime. Le seul moyen de vaincre le socialisme a été de faire provisoirement mieux que lui sur son terrain, le terrain social, et on voit bien ce que ça donne aujourd’hui que ce puissant stimulant a disparu.

Il est vrai que Staline symbolise un bilan terrible, jusqu’à environ quatre millions de morts en trente ans (exécutés et déportés ajoutés, selon l’estimation élevée de Moshe Lewin), une fois revenu des délires hyperboliques diffusés par les historiens anticommunistes professionnels. Mais tout ça ne s’est pas produit dans une époque et dans des pays tranquilles, où les gens au creux des lit font des rêves, on fait comme si n’y avait jamais eu de guerre menée au socialisme, comme s’il n’y avait eu aucun ennemi, et surtout comme si cet ennemi n’avait pas pris dès avant octobre 1917 l’initiative de la violence et de la Terreur. Il est certain qu’aujourd’hui, et on le voit en Amérique Latine, les révolutionnaires ont appris à économiser le sang versé. Et cela n’empêchera contre eux ni calomnies, accusations délirantes, provocations, complots où les médias bourgeois participeront avec enthousiasme, et cette mauvaise réputation que nous pouvons finalement nous sentir assez fiers de partager.

Mais nous ne devons pas accepter les jugements moralisateurs des hypocrites dans des faux-procès en inhumanité, car les morts qu’ont causés le capitalisme, et l’ordre social de classe de puis son origine dans la nuit des temps, sont tellement nombreux que personne n’a même essayé de les compter.

Gilles Questiaux,

Source :http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-quelle-attitude-les-communistes-de-l-annee-2010-peuvent-ils-avoir-vis-a-vis-de-staline—42279049.html

8 Messages de forum

  • « Des générations de bolcheviks seront accusées de beaucoup de choses dont elles ne sont pas coupables. Toutefois... le vent de l’histoire balaiera inévitablement de nos tombes les feuilles mortes de la calomnie et découvrira la vérité. » (Staline)
  • De mon point de vue, la question la plus importante est la suivante

    Y a t il un rapport entre la politique de Staline, laquelle d’ailleurs, la politique de 1933, de 1939, de 1941 ou bien de 1953, et la disparition de l’union soviétique en 1991, trente huit ans après la mort de Staline ?

    C’est la question du bilan de l’union soviétique et de sa disparition, il faut une analyse marxiste, dialectique, pratique et concrète, toute analyse hagiographique, idéologique, théologique et abstraite n’a pas de sens.

    Bernard Fischer

  • L’URSS aurait-elle été toujours dirigée par le seul STALINE ?

    Cette question d’apparence naïve est destinée à souligner que beaucoup d’erreurs du régime soviétique ont été commises aprés sa mort (mars 1953)et alors que les successeurs faisaient profession d’antistalinisme (rapport Krouchtchev au XX° Congrés du PCUS , rapport venant mettre un terme à l’exclusion de tous les staliniens de la direction du parti)

    Citons :
    - répression des émeutes ouvrières à berlin-est Juin 1953
    - armée soviétique en Hongrie automne 1956
    - armée soviétique en Tchécoslovaquie : aout 1968
    - tension extrême entre la Chine et l’URSS

  • Ce texte m’apparaît comme une vaste plaisanterie macabre.

    Sous prétexte qu’une révolution n’est pas un acte de violence neutre, il argutie et nous représente désormais Staline comme un révolutionnaire d’excellence. Et l’Histoire nous est raconté avec des raccourcis tels, qu’à la fin, c’est Staline l’antibureaucrate, lui qui a fait assassiner la plupart des révolutionnaires survivants de la première heure !

    Je croyais que le comité Valmy, notamment dans sa défense de la souveraineté nationale, était sérieux. Je comprends maintenant, en laissant publier un tel tissu d’interprétation spécieuse, qu’il se discrédite soi-même ; et, à travers pareille assertion, le combat qu’il mène.

    Dommage.

    Il prouve aussi à quel point le bilan du stalinisme reste à faire auprès de certains militants. Quelle triste réécriture de l’Histoire vous nous proposez !

  • Je trouve que l’auteur de cet article utilise beaucoup de contorsions et d’arguments fallacieux pour au final nous faire passer Staline comme le bon père des peuples, le combattant du nazisme (alors que le vrai combattant est le seul peuple russe lui-même) Staline est l’anti-père des peuples. Il a contribué à ternir et à torpiller grandement le combat pour le socialisme émancipateur. Je m’attendais à mieux dans le comité Valmy dont je lis les articles avec intérêt Cordialement .
  • Bravo pour ce magnifique texte qui remet les pendules à l’heure, notamment contre les pseudo-révolutionnaires trotskystes qui ont écrasé la révolte de Cronstadt... Staline fut un grand communiste, un grand marxiste-léniniste, un grand patriote. L’impérialisme a souillé sa mémoire. Il est temps que les nouvelles générations connaissent la vérité sur ce grand homme d’Etat, fidèle de Lénine.

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