COMITE VALMY

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Corinne nous quitte...
par Descartes

mardi 15 juillet 2014, par Comité Valmy


Jean-Luc Mélenchon et Corinne Morel-Darleux


Corinne nous quitte...

On démissionne beaucoup au PG ces jours-ci.
En un an, si l’on croit des documents internes à la direction du PG révélés par la presse, le Parti est passé de 12.000 à 9.000 adhérents, soit une perte de 25% des effectifs. A la démission des petits et des sans grade, s’ajoute aujourd’hui celle de certains dirigeants. On peut ici vérifier un vieil dicton anglais qui dit « riez, et le monde entier rit avec vous, pleurez, et vous pleurerez tout seul ». En 2012, quand la dynamique du Front de Gauche était dans sa phase montante et que certains se prenait à rêver à un Mélenchon à 17% - si,si, relisez les textes de l’époque – et que sur son blog les commentateurs se battaient pour savoir s’il serait élu président au premier tour où s’il en serait réduit à attendre le second, tout le monde riait ensemble. Deux ans et trois élections perdues plus tard, l’ambiance n’est pas du tout la même. Le PG commence à comprendre qu’après une croissance relativement rapide, il est arrivé à son niveau de croisière. Conçu et construit pour une guerre éclair, le PG se trouve embourbé dans les tranchées d’une guerre de positions. A partir de là, il ne peut plus compter sur l’enthousiasme aveugle des troupes attirées par la perspective de victoires faciles et rapides. Si l’on veut encore croître et peser, il faut commencer à réfléchir sur le long terme, institutionnaliser son fonctionnement, se donner une idéologie cohérente pour guider l’action, établir des rapports de confiance avec des alliés stables…

La première conséquence, est une crise du Front de Gauche. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce que croient les militants naïfs qui n’ont pas lu Lénine, on n’a pas d’amis en politique. Au risque de traumatiser certains de mes lecteurs, je vous le dis : Le FdG n’est pas une union entre des gens de bonne volonté qui se sont associés pour faire avancer un objectif commun, c’est un accord entre partis qui ne pensent d’abord qu’à leurs intérêts. Et ces intérêts sont diamétralement opposés. Pour le PCF, le FdG n’est qu’un avatar de la stratégie théorisée du temps du père UbHue et de sa « mutation », et qui connut son apogée avec la liste « bouge l’Europe ! ». Le projet était simple : il fallait conquérir les classes moyennes, son nouvel électorat. Et pour cela, il ne suffisait pas de renoncer à son histoire, son langage, ses symboles. Il fallait aussi des « garants », personnalités de la « société civile » et du « monde associatif » qui seraient en mesure de délivrer au PCF « mutant » un certificat de bonne conduite. « Bouge l’Europe ! » fut cela : une liste aux élections européennes à « double parité », octroyant à des « non-communistes » autant de places qu’aux communistes, les « non-communistes » étant d’une certaine manière la garantie que le PCF était « ouvert ». Cette stratégie a, bien entendu, un coût. D’abord, un coût idéologique : pour attirer ces « garants », il faut bien entendu tolérer leurs marottes. Et comme chacun en a une différente, cela pose quelques petits problèmes du point de vue de la cohérence du message. Ainsi, par exemple, des membres de la liste « Bouge l’Europe ! » approuveront bruyamment la guerre du golfe, au grand dam des communistes qui, eux, la condamnent. Mais la politique du « garant » a aussi un coût matériel. Car le « garant », il faut le rémunérer avec des postes. On a vu ainsi des épaves comme Michaela Friggiolini ou Fodé Sylla devenir, grâce à « Bouge l’Europe ! » députés européens. Avec les honneurs et surtout les émoluments qui s’y rattachent, car contrairement aux députés « communistes », les « garants » ne sont nullement tenus de reverser au Parti leurs indemnités d’élus…

Comme c’était prévisible, la liste « Bouge l’Europe ! » fut un immense flop. Mais un échec n’a jamais détourné les dirigeants du PCF « muté ». On le sait bien, si la stratégie n’a pas marché, ce n’est pas parce qu’elle est mauvaise, mais parce que les militants – ces pelés, ces galeux – ne se la sont pas « appropriée ». Avec cette logique, on a décidé de continuer, d’abord avec les CUAL – encore un échec – et ensuite avec le FdG. Comme quoi, la fusée Shadock a encore ses adeptes.

Pour le PG, l’objectif en rejoignant le FdG était tout à fait différent. Le projet était en deux phases : la première, obtenir la candidature présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon, ce qui lui permettrait d’acquérir une surface politique et médiatique à laquelle il ne pouvait pas prétendre en tant que leader d’un groupuscule. La seconde phase était d’utiliser cette surface politique pour faire une OPA sur le PCF en transformant le FdG en un véritable parti politique dans lequel ses intégrants fusionneraient et dont Jean-Luc Mélenchon serait, évidemment, le président.

La première phase est un demi-succès. A 17%, Mélenchon aurait peut-être été incontournable. Mais à 11%, ce n’est pas assez. Par ailleurs, Mélenchon croyait encore avoir à faire à un PCF monolithique, où conclure un accord avec le sommet – son « amie » Marie-George Buffet, la continuatrice de la « mutation » chère à Robert Hue – suffit. Il se trompe lourdement : le PCF est devenue une structure fédérale, où les grands élus et les « notables » jouent un rôle déterminant. Le secrétaire national n’est plus roi, il n’est qu’un notable de plus, un « primum inter pares » obligé de tenir compte du pouvoir des autres. Tout cela fait que la deuxième phase échoue lamentablement. Non seulement le PCF refuse de se laisser imposer la stratégie de « l’autonomie conquérante » et revendique la liberté de conclure des alliances en fonction du contexte local comme il le fait depuis de longues années sans demander le visa des autres participants au FdG, il refuse de se coucher devant les injonctions médiatiques ou autres des leaders du PG et remet ceux-ci sèchement à leur place. Il refuse aussi de se laisser imposer des candidatures, en discutant âprement les têtes de liste aux européennes. Il devient évident qu’au FdG l’union est un combat.

Ce changement de perspective ne peut que provoquer des tensions chez les militants du PG, et notamment chez les jeunes ambitieux – ou les vieux ambitieux, car l’ambition n’atteint pas le nombre des années – qui se sont rapprochés du PG avec pour seul objectif de faire avancer leurs marottes et, bien entendu, leur carrière. Quand le nombre de sièges de conseiller municipal, de conseiller départemental, de conseiller régional, de député, de sénateur ou de député européen auxquels on peut prétendre se rétrécit, certains sont tentés de poignarder leur voisin pour réduire la concurrence, ou d’aller voir ailleurs. C’est humain, tellement humain…

Et parmi eux, l’emblématique Corinne Morel-Darleux. Il y a juste quelques jours, elle était aux yeux du monde membre du Secrétariat national, la plus haute instance du PG, avec la responsabilité éminente de « secrétaire nationale à l’écosocialisme ». Aujourd’hui, on peut lire dans le profil affiché sur son blog « secrétaire nationale du PG en charge de l’écologie puis de l’écosocialisme de 2008 à 2014 ». Subtile manière de confirmer une démission qui pour le moment reste privée même si la lettre de démission qu’elle a adressé aux dirigeants du PG semble avoir circulé assez largement. Mais bien entendu, nous sommes au PG, c’est-à-dire, dans une secte. L’expérience des démissions précédentes (Christophe Ramaux, Claude Desbons, Marc Dolez…) montre que le PG fait mine d’ignorer les départs, et qu’on ne retrouve généralement de trace que dans les remarques venimeuses et souvent anonymes de certains dirigeants (1).

Je mentirais si je vous disais que je regrette son départ. Abonnée régulière aux critiques de ce blog, j’avais plus d’une fois eu l’opportunité de souligner le manque total de sérieux du personnage, dont les écrits regorgent d’inexactitudes, d’à-peu-près quand ce n’est pas de mensonges éhontés. Corinne Morel-Darleux est l’exemple détestable du militant écolo-bobo pour qui la « cause » justifie tout, y compris qu’on torde les faits. Son départ du PG, s’il pouvait être le signe avant-coureur d’un changement de ligne politique, serait une excellente nouvelle pour les progressistes.

Malheureusement, je ne crois pas que ce soit le cas. C’est que, voyez vous, il y a une différence avec les affaires antérieures. Les démissionnaires précédents sont partis sur des désaccords politiques, qu’ils ont fait connaître largement en diffusant leur lettre de départ. Rien de tel chez Corinne Morel-Darleux. En dehors de la phrase sibylline que j’ai cité plus haut, on ne trouve dans son blog la moindre explication. Un peu comme si l’intéressée cherchait à ne pas couper les ponts sur le mode « retenez-moi ou je fais un malheur ». Ce qui me fait penser qu’il s’agit moins d’un départ sur désaccord qu’un coup joué dans l’échiquier complexe des rapports de pouvoir internes au PG. Il est assez évident que l’équilibre actuel est précaire et ne peut durer. Les œillades à peine déguisées vers EELV, la liberté donnée aux commentateurs sur le blog de Mélenchon – rappelons-le, lourdement modéré – pour tirer à vue sur le PCF montrent que le centre de gravité du PG pourrait se déplacer dans le sens défendu Martine, Corinne et leurs amis. Mélenchon a toujours dit qu’il ne resterait pas éternellement président du PG, et l’échec de sa stratégie pour conquérir la direction du FdG pourrait le pousser à se retirer. Une guerre de succession se profile donc, et chacun commence à placer ses pions.

Et cela dans un climat ou toute remise en question des orientations politiques est tabou. La réunion – dont bien entendu aucun compte rendu n’est publié – du Bureau national du PG des 14 et 15 juin, dont le but était l’analyse des élections européennes, n’a accouché finalement que d’une « déclaration politique » pleine d’autosatisfaction. Aucune interrogation sur les raisons des échecs qui ont jalonné l’activité du PG depuis deux ans. Aucune remise en question des objectifs et des priorités. Le seul problème serait que « Le Front de Gauche n’est pas perçu comme étant totalement indépendant du système »…

Descartes

Publié le 13 Juillet 2014

(1) On se souvient des remarques de Mélenchon sur son blog sur le « syndicaliste aigri » dont le nom n’était pas mentionné, mais dont la référence à Claude Debons était évidente.


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