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Les sanctions contre la Russie
ou le prix de l’échec de la politique américaine
Karine Bechet-Golovko

jeudi 17 juillet 2014, par Comité Valmy


Les sanctions contre la Russie ou le prix de l’échec de la politique américaine

Les garants de la démocratie mondiale, les Etats Unis et l’UE, ont à nouveau condamné la Russie, officiellement, pour l’accélération des combats en Ukraine. Autrement dit, le fait que les forces dites ukrainiennes, fianancées, formées et en partie armées Outre Atlantique et en Europe, aient accentué la destruction des villes et le massacre de la population civile, est la faute de la Russie. Ou bien faut-il punir la Russie, car ces forces "ukrainiennes", malgrè tout l’investissement dont elle font l’objet, commencent à cumuler les échecs sur le terrains ? Sans oublier que, malgré tout cela, la Russie renforce sa position internationale et lance un combat efficace contre le monopole américain, qu’il s’agisse des BRICS ou de la station d’écoutes Lourdes à Cuba. Bref, remettons les sanctions dans leur contexte pour voir qu’elles n’ont strictement rien à voir avec le plan de paix en Ukraine, puisque la paix n’intéresse réellement que la Russie.

Etrangement, ou pas, une nouvelle vague de sanctions contre la Russie vient de déferler des Etats Unis et de l’UE, alors que deux tendances se renforcent : sur le front ukrainien, les forces ukrainiennes ont de plus en plus de difficultés à combler les attentes de leurs sponsors et sur le front géopolitique, la Russie reprend la main avec les BRICS (alliance entre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) et remet en cause l’accord informel de non écoute du territoire américain que la Russie à l’arrivée de Poutine en 2001 avait conclu sans contrepartie en fermant la station Lourdes à Cuba, en signe unilatéral d’amitié éternelle et stérile. Puisque les yeux s’ouvrent : on ne respecte que les forts, les règles du jeu s’adaptent et la Russie est aujourd’hui en position de revenir sur les concessions qui lui furent soutirées quand elle était plus faible.

Du coup, le Président Obama se réveille et le soutien apporté par la Russie aux combattants de Novorossia devient insupportable : ils risquent de finir par repousser cette armée ukrainienne. Donc, les alliés européens sont sommés d’agir sans plus attendre et il est vraiment nécessaire d’y remettre de l’ordre, un vent d’insoumission souffle dans les rangs.

La veille du sommet européen, Obama en a en fait modifié l’ordre du jour : il se moque totalement de qui, formellement, occupera quel poste, l’important est que ces pays arrêtent leurs atermoiements et se prononcent enfin pour le troisème stade des sanctions, à savoir le blocus économique de la Russie. Mais, si même l’Allemagne se prononce contre les sanctions européennes, rien ne va plus. Donc Obama, juste avant la tenue du Sommet européen, convoque les ambassadeurs des pays européens en poste aux Etats Unis et leur fait la leçon, en menaçant d’agir seul. Il téléphone même à A. Merkel. Il faut dire que Merkel n’a pas trop le choix, elle a bien reçu le message concernant son "départ" démenti. Si l’Allemagne a changé de position au derner moment, un groupe stable d’Etats reste contre : l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie, Chypre, Luxembourg, la Slovénie et la France. Finalement un compromis est atteint : "les Européens ont notamment décidé du gel de programmes menés en Russie par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), selon cette source. De nouvelles sanctions vont également cibler des "entités", y compris russes, accusées de soutenir "matériellement ou financièrement" les actions menaçant ou sapant la souveraineté de l’Ukraine. Leur liste sera déterminée d’ici la fin juillet.", comme l’écrit Le Figaro, avec une neutralité, une absence totale d’analyse sur l’impact que cela peut avoir pour les économies européennes.

Mais il est évident qu’une telle retenue ne fera pas plaisir aux Etats Unis, qui voulaient absolument utiliser les sanctions pour bloquer les échanges commerciaux entre l’UE et la Russie, notamment en matière militaire. Ce qui aurait permis de bloquer la vente des Mistrals français à la Russie, puisqu’il semble que les "partenaires" américains soient obnubilés par ce contrat. Les pressions vont donc continuer. Seule la Grande Bretagne semble avoir le droit de contester l’eurocentrisme, pour rester polie, sans craindre une réaction des Etats Unis. Mais il est vrai que leurs relations sont "privilégiées". Cameron modifie donc sensiblement la composition de son Gouvernement et renforce les eurosceptiques.

Pour sa part, l’Administration Obama commence à réaliser son grand rêve d’isolement. Mais la question va finalement se poser de savoir qui s’isole de qui. Les effets ne manqueront pas de concerner également le business amércain, qui en a parfaitement consience, mais n’arrive pas encore à arrêter la machine politique totalement emballée. Ainsi, Obama annonce lui-même, comme on annonce un grand évènement de politique nationale, l’adoption des sanctions économiques concernant des secteurs entiers de la Russie - bancaire, énergétique et militaire - consistant en l’interdiction de relations commerciales, de prêts et refinancements, d’achats d’actions ou obligations etc. Le combat contre un ennemi a priori désigné devient donc bien le moteur de la politique américaine et le business amércain doit accepter d’être également mis sous restriction. Il s’agit du mythe de la liberté du commerce qui gouverne aux Etats Unis, mythe qui est vendu pour argent comptant à l’étranger.

Mais quel est le rapport de tout cela avec l’Ukraine ? Aucun. Sauf peut-être que l’armée ukrainienne n’arrive pas à venir à bout de ces deux territoires qui résistent envers et contre tout, malgrè la carte blanche dont elle bénéficie, malgrè l’impunité totale en matière de crimes de guerre. Et ça commence à devenir énervant. Les Etats Unis s’énervent ... donc contre la Russie, en en profitant au passage pour, à leur avis, protéger leur position dans certains secteurs économiques, notamment énergétique. Et l’interdiction faite à certaines banques russes de se refinancer, désormais, sur le marché américain en dollar, quand celui-ci a un monopole pour les prêts à long terme, intervient quand la Russie tend de rompre justement cette position de monopole du dollar sur le marché financier.

Lors de son séjour en Amérique du Sud, le Président russe V. Poutine, a favorisé la prise de deux décisions importantes. La première, symbolique, concerne la remise en cause de l’arrêt de la station d’écoutes Lourdès à Cuba. Autrement dit, la Russie considère qu’il est dans son droit de se protéger, notamment contre les Etats Unis. Et le système d’écoutes est un des moyens traditionnels, notamment utilisé par les Etats Unis eux-mêmes en Europe. Toutefois, V. Poutine ne confirme pas encore l’information.

Le deuxième point important est une décision prise par les BRICS, qui veulent se positionner plus activement sur la scène internationale. Comme nous l’avons déjà écrit, ce qui manque le plus à la Russie, face au Etats Unis, c’est un bloc. La Russie n’a pas besoin de renouveler les erreurs des Etats Unis en la matière, un groupe d’Etats soumis, que l’on tient en fin de compte par la conjonction de promesses et de menaces, n’est pas une panacée, elle le sait historiquement. Mais pouvoir compter sur un groupe d’Etats souverains, qui ont des intérêts communs et qui ont les moyens de les défendre, ce peut être efficace et utile, vu le contexte international. Par ailleurs, ces pays ont une dynamique que l’on ne trouve plus sur le vieux continent.

Donc les BRICS ont décidé de mettre en place une réserve de change qui permette de soutenir l’économie de ces pays en cas de problème et surtout qui ne soit pas fondé sur le dollar. Ensuite, une Banque d’investissement, la New Development Bank , basée à Changaï, doit permettre de financer les projets d’investissement, et même à terme doit s’ouvrir aux pays non membres des BRICS. Ces deux mesures contreviennent et aux sanctions contre le financement des banques et entreprises russes et à l’arrêt des projets européens menés par la BEI et la BERD. Ces mécanismes doivent fonctionner dès 2015.

Un processus non pas d’isolement se met en place, mais de "désenchevêtrement" des économies sur des critères politiques, qui n’ont rien à voir avec l’intérêt des Etats en question. Mêmes si les moyens son mauvais, finalement, les résultats peuvent être intéressants. Les économies européennes et américaines sont dans le rouge, presque le noir. En face, les BRICS ont des économies dynamiques. A long terme, qui risque le plus ? Espèrons que l’Europe se réveillera avant qu’il ne soit trop tard.

Karine Bechet-Golovko
jeudi 17 juillet 2014

Russie politics

Mise en ligne CV : 17 juillet 2014


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