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DÉFENDONS LA LANGUE FRANÇAISE, NOTRE BIEN COMMUN - par un collectif d’associations

lundi 11 janvier 2010, par Comité Valmy

C’est l’alarme ! Les associations qui signent cet appel regroupent des démocrates de toutes sensibilités idéologiques. Unanimes, elles dressent un constat angoissant du sort politique fait à la langue française en France. "Langue de la République" (art. II de la Constitution), le français est une condition du vivre-ensemble national et républicain, et, selon les sondages récents, il est pour 80 % de nos concitoyens un des principaux piliers de l’"identité nationale". Or, le français est aussi gravement menacé chez nous qu’au Québec, en Afrique francophone, en Wallonie ou en Suisse romande. Il l’est moins par l’air du temps que par une politique linguistique menée surtout par de grandes entreprises françaises avec l’appui de milieux politiques, certes européens et transatlantiques, mais d’abord hexagonaux. Après Michel Serres, observant qu’" il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation", le linguiste Claude Hagège classe le français parmi les langues menacées dans son Dictionnaire amoureux des langues.

L’heure est donc venue d’appeler tous les citoyens à la résistance linguistique.

Nos associations en appellent au peuple français et à tous les francophones du monde, à tous ceux qui savent ce que la liberté, l’égalité, la fraternité, mais aussi la littérature, la philosophie, le droit et les sciences doivent à la langue des Molière, Césaire, Verhaeren et Senghor.

Depuis longtemps, on n’en est plus aux seuls emprunts massifs à l’anglo-américain ; nombre de grandes entreprises s’emploient à basculer au tout-anglais une bonne part de leurs pratiques langagières : "Time to move !" est le titre du programme de mutations que France-Teuleucom impose à ses salariés, ajoutant l’humiliation linguistique à l’effrayante dégradation de leurs conditions de travail. C’est aussi la mode – le "mood" – chez AREVA… Dans la distribution, Carrefour, Auchan… basculent leurs produits et enseignes à l’anglais de bazar, imités par des services publics comme la SNCF, La Poste ou Air France… Loin du programme du Conseil national de la Résistance, la devise du Medef n’est-elle pas "ready for the future" ? Sommet du "dialogue social" : c’est en anglais que les ouvriers de Continental-Clairoix, réunis dans leur cour d’usine, ont appris leur licenciement collectif ! Les choses sont déjà si avancées, tels les fromages forts, que des syndicats de diverses obédiences, CGT, CFTC, UNSA, CGC…, ont dû monter au créneau pour " défendre le droit de travailler en français en France ".

Voyez aussi les travaux de la recherche scientifique française : des siècles après l’acte révolutionnaire de Descartes publiant en français le Discours de la méthode, ils ne sont souvent plus pensés et écrits par nos chercheurs qu’en anglo-américain, même pas toujours traduits en français. Passons sur la chanson, sur les pubs en anglais qui, aux heures de grande écoute, ciblent surtout les jeunes, les enfants… Que fait le CSA ?

On ne voit que trop qui sert cette politique d’anéantissement linguistique sous son emballage pseudo-moderne : elle sert cette "élite" et ces privilégiés qui, pas seulement à droite, n’hésitent pas à désintégrer leur langue maternelle pour mieux intégrer l’élite mondialisée et ressembler à leurs maîtres ! Les "gens de peu", pour leur part, sont voués à une discrimination linguistique plus forte que jamais. Quant à nos cadres moyens qui croient s’en tirer en ingurgitant le "Wall Street English" promu dans le métro parisien, le basculement au tout-anglais consacre leur aliénation dans un travail de plus en plus dévalorisé.

Face aux coups portés, le silence des autorités inquiète. Pis : des ministres approuvent ou annoncent diverses mesures de substitution de l’anglais au français, des petites classes jusqu’à l’enseignement supérieur. Ainsi la nouvelle antenne de Reims de Sciences-Po dispensera-t-elle tous ses cours en anglais. Ainsi Mme Valérie Pécresse semble-t-elle chercher à extraire l’Université du champ de la loi Toubon. Ainsi le chef de l’Etat annonce-t-il que des enseignements fondamentaux du second degré pourraient être dispensés "en langues étrangères" (traduisons : en anglais).

De cet arrachage linguistique, c’est peu dire que l’Union européenne, à laquelle ses textes fondateurs font pourtant obligation de défendre les langues nationales, fait peu de cas. Au nom du libéralisme économique, son exécutif s’emploie même à démanteler toute protection juridique des langues nationales, au point que c’est souvent de directives bruxelloises que se prévalent les décideurs français pour contourner la loi. C’est pourquoi nous exigeons un grand débat national sur la place respective du français et des autres langues, pour que l’assassinat linguistique planifié ne puisse s’accomplir en silence et pour que le peuple souverain se saisisse de la défense de sa langue.

L’actuel gouvernement qui glose sur l’identité nationale va-t-il contribuer à enfermer le peuple français dans une langue unique imposée ? La défense de notre héritage linguistique implique une protection et une promotion actives de la langue française, de la diversité linguistique et de la francophonie, sur notre continent et dans le monde. Parlons ici seulement de ce qu’il faut pour revenir au bon sens : à l’école élémentaire ou au collège, asseoir d’abord un solide apprentissage des langues nationales en Europe, puis commencer celui de deux langues étrangères dont la première, selon la recommandation du professeur Hagège, serait autre que l’anglais ; réaffirmer le français comme langue de l’enseignement supérieur ; lui rendre droit de cité dans la recherche ; faire respecter par Bruxelles sa propre législation linguistique.

Notre appel s’adresse aussi aux espérantistes, aux amis des langues régionales, vite éradiquées si la langue commune était marginalisée, aux immigrés qui veulent continuer à parler notre langue sans oublier celle de leur pays d’origine, à nos compatriotes des DOM qui veulent parler français ET créole. Si une langue de portée mondiale comme la nôtre finissait par être supplantée sur sa terre natale, quelle autre langue, en Europe, pourrait résister au rouleau compresseur de l’anglo-américain ? Cet appel à la résistance et à la créativité linguistique de tous les francophones s’adresse aux citoyens et aux décideurs conscients de leurs responsabilités, aux salariés, étudiants, enseignants, entrepreneurs de base, qui font vivre le français en l’habitant au quotidien. Car, en marginalisant sa langue, c’est le peuple qu’en définitive on voudrait déloger de ses rêves.

Nous interpellons enfin avec gravité les écrivains, penseurs, traducteurs et autres créateurs de toute la francophonie, partout où notre langue est pratiquée et aimée : vous dont la langue constitue l’outil de travail et l’élément existentiel, entrez en résistance publique contre la langue unique ! Cinq siècles après Joachim du Bellay appelant à la "défense et [l’]illustration" du français, faisons vivre notre langue et défendons-la contre la logique barbare de l’argent roi.

Signataires :

Alliance Champlain,

Association francophonie avenir (Afrav),

Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (Asselaf),

Avenir de la langue française (ALF),

Cercle littéraire des écrivains cheminots (CLEC),

CO.U.R.R.I.E.L.,

Défense de la langue française Paris-Ile-de-France (DLF Paris-IDF),

Forum francophone international France (FFI France),

Le droit de comprendre (DDC),

Le français en partage,

Gerflint.

Comité Valmy

8 Messages de forum

  • La defense de la langue Nationale est un devoir et un combat essentiel pour les citoyens .De plus la defense de la langue Française n’est pas incompatible avec l’acquisition d’autres langues ;ainsi en plus du Français je parle le kabyle et l’arabe Algérien.C’est quand on a la maitrise de sa langue maternelle qu’on peut s’enrichir d’autres langues la langue est aussi le fondement meme de l’idenité et de l’indépendance.Il n’est pas annodin que le Français ait ete la langue des lumieres et de la revolution de 1789 !

    VIVE LA REPUBLIQUE ET VIVENT LA FRANCE ET L’ALGERIE

  • Il faut absolument défendre cette langue qui est un instrument d’unité et le reflet de ce que nous sommes.

    Avez-vous remarqué que les français ne la dominent plus et font des fautes d’accord impardonnables à l’oral comme à l’écrit ?

    Et que dire de la musique des alexandrins de Racine, de Corneille ; de la justesse et de la précision avec lesquelles poëtes, chanteurs et écrivains ont ciselé cette langue pour notre bonheur.

    Nous pouvons parler d’autres langues mais la communion intime avec la langue natale est unique et la vibration intérieure qu’elle provoque, incommunicable .

  • Une suggestion, n’hésitez pas, pour un problème de langue ,à envoyer un courriel à l’Académie française qui répond toujours rapidement et avec pertinence.

    Consultez aussi le dictionnaire, en ligne, de l’Académie française ; il et excellent.

    Diffusez ces deux informations.

    Luc Elmlinger

  • Je suis évidemment tout à fait d’accord avec votre appel. Et les films, dont on nous donne le titre très souvent en anglais : Whitness, In the mood for love (qu’on a pu revoir récemment à la télé), Mullholand drive, etc... Comme dit une de mes amies, professeure d’anglais pourtant : "Comment font-ils, ceux qui ne comprennent pas l’anglais ?" Je suis assez âgée, et j’ai du mal souvent à comprendre certaines personnes, à lire certains articles de journaux. Une langue évolue, c’est vrai, c’est normal. Mais il me semble que là nous assistons à une destruction délibérée de ce qui constitue notre "identité nationale", sujet dont on nous rebat les oreilles en ce moment.
  • Je suis tout à fait d’accord avec votre message ! "ESPERANTO-info" association nationale, se joint à votre message. Francis BERNARD président de l’association

    Voir en ligne : ESPERANTO-info

  • Profondément instillé par une vieille idéologie nationaliste, le citoyen français demeure imbu de sa supériorité qu’il fonde sur son "glorieux" passé et sur son appartenance à une puissance culturelle, jadis de premier plan. Replié sur lui-même à l’intérieur de son étroit hexagone, ce citoyen de base n’a pas vu venir et se retrouve a quia devant une évolution qu’il n’a pas anticipée. Il faut sortir de ce bastion pour rencontrer de vrais amoureux de notre langue. Mais ceux-ci sont exaspérés et désespérés devant l’incurie des Français, responsables de ce naufrage. Pour lui survivre, le plus élémentaire bon sens serait de faire d’abord sa propre anamnèse.

    F. Schwan - Bruxelles

  • Défendre notre langue est impératif ! J’ai trouvé dans ma boîte une publicité de Citroën elle commence ainsi : « i love Loeb, » à chaque modèle de voiture présenté un ou plusieurs mots anglais, c’est insupportable. J’ai eu envie de leur faire savoir que j’achèterais une voiture étasunienne pour être en conformité avec leur publicité. M.R.
  • On ne peut gagner un combat en s’y engageant en ordre dispersé. Cette interpellation nous a inspiré la création d’une structure au niveau de laRDCongo sous la dénomination : protégeons le français ; et des stratégies pour une défense efficiente de notre bien collectif, le français. Collaborons !

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