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Haïti : la « malédiction » n’existe pas - Louis Préfontaine

dimanche 17 janvier 2010, par Comité Valmy


Voir en ligne : Coup d’Etat en Haïti "revisité" Pierre Dubuc , L’AUT’JOURNAL

Combien de fois entend-on l’expression « malédiction » pour parler du sort d’Haïti ? Comme si, à défaut de pouvoir considérer les vraies causes politiques, on préférait toujours s’en remettre à Dieu. Plus facile. Moins dangereux. Dieu, il ne rend pas de comptes, après tout. Dieu, on ne peut pas le réélire ou non après quatre ans. L’histoire récente d’Haïti est avant tout celle d’un pays dépossédé, brisé, un pays que des politiques économiques libérales ont démoli.

Ce n’est pas Dieu qui débarqua dans l’île en 1915 et l’occupa pendant vingt ans ; ce sont des marines américains qui ont permis à Washington d’abolir l’article de la Constitution qui empêchait les étrangers de détenir des entreprises dans le pays. On expropria des milliers d’habitants, on créa de gigantesques plantations, on permit, grâce à une armée plus occupée à se battre contre son propre peuple qu’autre chose, à 1% de la population de posséder 50% des ressources du pays.

Ce n’est pas Dieu non plus qui appuya pendant des décennies la terrible dictature de Duvalier, plus occupé à s’enrichir qu’à construire un pays digne de ce nom. Ce sont la France et les États-Unis.

Ce n’est pas Dieu non plus qui renversa Aristide, en 2004, après que celui-ci ait de nouveau aboli l’armée (il l’avait fait dans les années 1990, mais avait été renversé par un coup d’État par la suite) et essayé de s’opposer aux privatisations et au contrôle externe du pays, mais bel et bien les États-Unis, le Canada et la France, qui le remplacèrent par un économiste néo-libéral, Gérard Latortue.

Ce n’est pas Dieu qui détruit ce pays ; ce sont des Hommes de chair, des Hommes qui ont préféré s’en mettre plein les poches plutôt que de lutter contre la pauvreté, de valoriser un gouvernement central fort capable de faire appliquer des normes de logement plus strictes ou de lutter contre la déforestation responsable des pires calamités lors du passage d’ouragans.

De nombreux autres pays sont frappés par des catastrophes naturelles. Combien de fois Cuba a-t-il été touché par des ouragans aussi puissants que ceux qui ont frappé Haïti ? Combien de fois le Japon a-t-il été victime de tremblements de terre aussi violents que celui qui frappé Haïti hier ? Ce n’est pas Dieu qui a détruit Haïti ; ce sont des Hommes. Ce n’est pas Dieu qui a protégé les autres pays ; ce sont des Hommes qui l’ont décidé ainsi.

Envoyer quelques dollars à Haïti, c’est bien, mais cela ne changera pas la façon dont fonctionne le système. Personne ne s’oppose à la charité, mais on ne bâtit pas une société avec celle-ci. On pourrait ensevelir Haïti sous mille milliards de millions de milliards de dollars que le problème ne se réglerait pas ; Haïti, c’est la faillite d’un pays sans État central fort, corrompu jusqu’à la moelle et dépossédé de lui-même par des choix idéologiques décidés par des pays étrangers. Haïti, c’est le résultat d’une histoire catastrophique à laquelle on a ajouté la catastrophe de réformes économiques diluant le pouvoir de l’État et créant, de facto, un véritable paradis libertarien de la débrouille et du système « D » où l’absence de cohésion sociale est à l’origine des pires aberrations.

La meilleure façon d’aider les Haïtiens, ce n’est pas en leur envoyant de l’argent. C’est en réclamant la non-ingérence de chacun de nos gouvernements pour qu’enfin, une fois pour toutes, ils puissent être responsables à la fois de leur malheur ou de leur bonheur.

Pour qu’enfin, on cesse de blâmer Dieu et qu’on regarde ce que nous, les Hommes, pouvons faire pour ce pays détruit.

Et peut-être, aussi, qu’on se souvienne que nos gouvernements ont les mains tachées du sang des Haïtiens et qu’ils sont directement responsables, de par leur persistance à s’ingérer dans les affaires d’Haïti pour l’empêcher de se développer, de cette catastrophe innommable.

On peut ajouter encore ces dizaines de milliers de morts au tragique bilan du capitalisme sauvage ; ils sont moins visibles que les victimes du « communisme », mais tout aussi décédés !

C’est peut-être aussi cela l’avantage d’avoir Dieu de son côté…


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