COMITE VALMY

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Le bal des faux-culs
Par Philippe de Saint Robert

lundi 11 août 2014, par Comité Valmy


Le bal des faux-culs

La diplomatie française s’enfonce dans l’impasse où le précédent quinquennat l’a engagée. Il y eut l’affaire libyenne dont on a retrouvé, comme par hasard, certains protagonistes place de Maïdan. C’est peu de dire que nous avions plus que dépassé le mandat des Nations Unies, avec pour conséquence la déstabilisation de l’Afrique sub-saharienne et la rancune de Vladimir Poutine (qui ne parla cependant pas de nous « punir »).

Dès le début des émeutes syriennes, nous nous sommes employés à jeter de l’huile sur le feu, rompant les relations diplomatiques avec Damas et alimentant la rébellion en armes et en « soutien psychologique ». L’une des traditions les mieux établies de notre diplomatie était pourtant que la France, à la différence des États-Unis, reconnaît des États et non des régimes. Ce faisant, Paris s’alignait sur le Département d’État américain.

Il n’a pas fallu attendre les événements de Kiev pour que nous livrions une véritable guerre psychologique à la Russie : on prétendait déjà « punir » Poutine (de quoi ?) en n’allant pas à Sotchi. À Kiev même, depuis des semaines, les émissaires « occidentaux » n’avaient cessé, Mme Ashton en tête (et ensuite les agents déclarés de la CIA), de semer le trouble et de vaines promesses, poussant à la confrontation. Le « partenariat oriental » ( ?) proposé par l’Union européenne à l’Ukraine était un attrape-nigaud assorti d’un prêt ridicule, eu égard aux besoins d’un pays déjà en faillite qui ne pouvait hésiter entre cette aumône et l’offre russe. Machiavélisme ou inconscience ? Poutine eut été bien bête de s’imposer une retenue que nous ne nous imposions pas nous-mêmes.

On nous a dit que la consultation référendaire en Crimée serait « illégale » et contraire au droit international, qu’il est inadmissible de se prêter à la division d’un pays. Pourtant, que de précédents, à commencer par le démantèlement de la Yougoslavie, organisé sans le moindre mandat des Nations Unies par les mêmes puissances de l’OTAN qui prétendent aujourd’hui donner des leçons de « droit international » et d’indivisible souveraineté. Où étaient la « légalité » et le « droit international » lorsque nous avons séparé, de notre propre chef, le Kosovo de la Serbie ou lorsque nous avons accepté l’éclatement du Soudan ?

Il est des exemples plus pacifiques, comme la séparation de la Slovaquie d’avec la République tchèque, … tout en permettant à la vieille Écosse de se prononcer au grand dam de Londres, en attendant que le Québec remette cela un jour au grand dam d’Ottawa et que la Flandre belge s’y mette à son tour sans que l’Union européenne semble s’en préoccuper le moins du monde. N’avons-nous pas nous-mêmes, par un référendum de notre propre chef, détaché Mayotte de l’archipel des Comores ? L’Union européenne achève de se couvrir de tartufferie en persistant à vouloir faire entrer la Turquie en son sein, alors que cette dernière occupe illégalement, selon les critères de l’Union, la moitié de l’île de Chypre depuis 40 ans, au mépris des condamnations des Nations Unies. De qui se moque-t-on ? Et quoi de plus habituel à ce que des juristes de rencontre appellent le « droit international » ? Et que fait-on du fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce principe d’auto-détermination qui semble ne servir que quand on en a besoin ?

La Crimée est russe, dans cette région où les frontières n’ont cessé d’être déplacées au gré des grandes puissances. La politique dite « occidentale » pousse, depuis la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’Union soviétique, à l’encerclement de la Russie par une avancée systématique de l’OTAN, notamment par Pologne interposée. On mit à profit la période du gouvernement de Boris Eltsine pour humilier la Russie, et favoriser la main-mise sur ses richesses par ceux qu’il est convenu d’appeler les oligarques. Les Etats-Unis, qui ne respectèrent pas l’engagement pris par George Bush père, par la voix de James Baker, qui avait promis aux Russes que l’OTAN ne s’incorporerait pas les anciens pays du Pacte de Varsovie, ne manquèrent pas de trahir cet engagement trois ans plus tard. On s’étonne néanmoins que Moscou soit de mauvaise humeur.

L’effondrement du communisme n’a pas sonné le renoncement des Russes à leur patrie ; il les a plutôt réveillés. Les méthodes de Poutine nous choquent mais il ne faut pas oublier le mal que nous nous sommes donné à les susciter. Les Américains font la morale au monde entier mais comment oublier leur guerre d’Irak de 2003 au mépris du « droit international » et leurs méthodes à Guantanamo et à Abou Ghraïb ? Aurions-nous oublié les propos scandaleux de Madeleine Albright disant que l’établissement de la « démocratie » en Irak valait bien cinq cent mille morts ? Nous sommes, avec notre morale à la manque, des arroseurs arrosés.

Hollande et Fabius en chaperons de l’unité ukrainienne et menaçant Moscou de représailles, à notre propre détriment, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle… Ce n’est pas d’hier que les puissances « occidentales » s’en prennent à une Russie qu’elles ont aidée à se déconstruire au lendemain de l’éclatement du bloc soviétique, et dont elles ne tolèrent pas la restauration. L’intérêt stratégique de la France est pourtant dans la restauration de la Russie comme importante puissance européenne.

Notre gouvernement poursuit la ligne adoptée, à la suite de Sarkozy et de Juppé, dès le début des troubles de Syrie. Comme l’a remarqué Dominique de Villepin, il est étrange que, tout en nous prétendant être un État de droit, nous nous portions systématiquement du côté des rébellions en tous genres, vite noyautées dans un cas par les djihadistes, dans l’autre par des hordes revenues de loin. Si les méthodes de Bachar El-Assad sont condamnables, il incarne seul l’Etat syrien. Les méthodes des prétendus rebelles ne sont pas moins condamnables (Carla del Ponte, vite censurée a pointé qu’ils ont eux-mêmes fait usage d’armes chimiques) et nous savons que leur victoire instaurerait un état de désordre pire que le précédent : ce qui se passe en Libye montre assez ce à quoi nous exposent les fanatiques aidés malgré lui par l’ « Occident ».

Dans l’affaire de Syrie non seulement notre diplomatie s’est fourvoyée eu égard à ses principes fondamentaux, mais le jugement politique de nos gouvernements successifs s’est totalement égaré. Geneviève et Jean-Claude Antakli, dans un livre très documenté 1 , rapportent la visite officielle faite par le patriarche maronite Bechara Raï, après son élection, au président Sarkozy, le 5 septembre 2011, au cours de laquelle il ressort que le Président ne l’écoute pas mais tape du poing sur la table en prononçant un impitoyable : « Assad, c’est fini ! ». Les auteurs ajoutent : « Il en faut plus pour ébranler les convictions de Sa Béatitude, qui se fait fort de rappeler à son interlocuteur dont la seule culture de l’Orient passe par les visées américaines, qu’on ne peut pas d’un claquement de doigt changer des dictatures en démocraties. D’ailleurs, de quelle démocratie parle-t-on ? Celle du diktat, de la violence ou des armes ? Les problèmes de l’Orient doivent être résolus avec la mentalité de l’Orient, c’est ce que Sa Béatitude est venue dire à notre impérieux président dont les méthodes impulsives ont de quoi surprendre. »

Pour le patriarche maronite, c’est évidemment l’avenir des chrétiens d’Orient qui est en jeu. Un commando de notre service de contre-espionnage, chargé de structurer les forces de la rébellion, ayant été capturé par les forces gouvernementales syriennes, notre ambassadeur, Eric Chevallier, notent les auteurs, engage de délicates tractations pour les faire libérer, et « devant la preuve du soutien inconditionnel de la France aux insurgés (…) rassure les responsables laïcs ou religieux : la protection des minorités chrétiennes par la France ira même jusqu’à faciliter leur exil. En fait, le cercueil ou la valise ! C’est avouer implicitement que la France a opté pour l’islamisation de la Syrie, qu’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy cautionnent ouvertement en Tunisie, en Libye et en Egypte. » Curieuse démarche que celle d’Alain Juppé, pour un disciple de Jacques Chirac (version 2003), à défaut de l’être du général de Gaulle…

Avec nos dirigeants socialistes, on se croirait de retour au temps de Guy Mollet et du sabre de bois de Christian Pineau. Jamais les socialistes français ne se sont libérés du syndrome de Suez. Mitterrand, dès son arrivée au pouvoir, nous a, pour ce qui est du Proche-Orient, décrochés du plan établi non sans mal à Venise par la Communauté européenne de l’époque, à l’instigation de la diplomatie de Valery Giscard d’Estaing. L’effondrement du mur de Berlin a été vécu comme une catastrophe par Mitterrand et Delors. On ne sait comment depuis réchauffer les braises de la guerre froide. Laurent Fabius, tout comme Nicolas Sarkozy, nous a un beau jour assurés qu’ « Assad, c’était fini ». Non content de s’être trompé, il veut aujourd’hui nous faire croire, relayé par le Premier ministre, que la situation ne serait pas ce qu’elle est … si les Américains nous avaient écoutés, c’est-à-dire si nous avions propulsé les djihadistes à Damas. Etrange continuité avec la politique de Nicolas Sarkozy. Pire : François Hollande encourage les représailles israëliennes sur la population de Gaza.

« D’où vient ce sentiment diffus que les Français éprouvent de ne plus avoir de politique étrangère claire ? » s’interroge Renaud Girard dans son dernier livre 2 . C’est un euphémisme. En réalité, nous avons tourné le dos à près de quarante ans de politique étrangère conforme aux fondamentaux de notre histoire, tels que rétablis par le général de Gaulle. Obnubilés que nous sommes par le choix d’une politique européenne hantée par un projet intégrationniste qui n’ose dire son nom, nous sommes réduits soit à l’impuissance totale, soit à l’aliénation à la politique des États-Unis, ce qui du reste revient au même.

1 Syrie, une guerre sans nom ! François-Xavier de Guibert, 2014.

2 Renaud Girard, Le monde en marche, CNRS éditions, 2014.

Par Philippe de Saint Robert

PHILIPPE DE SAINT ROBERT
Ecrivain et journaliste, né à Paris XVIIe
Licencié en droit
Diplômé d’Etudes supérieures d’Economie politique, de Sciences économiques, d’Histoire du droit et de Droit romain
Ancien Elève de l’Ecole pratique des Hautes Etudes (Séminaire de Jean Weiler)
Ancien Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la défense nationale (24e session)
Commissaire général de la langue française de 1984 à 1987
Conseiller culturel et scientifique à l’Ambassade de France à Bruxelles de 1988 à 1991
Membre du Haut Conseil de la Francophonie de 1984 à 2003
Fondateur et président de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF) depuis 1990, directeur de la revue Lettre(s)
Membre de la Fondation et Institut Charles de Gaulle
Prix Vaugelas 1992 du Club de la grammaire de Genève (Institut national genevois)
Prix Combourg 1998
Membre de l’Académie des arts, des sciences et des lettres de Languedoc Chevalier de la Légion d’honneur
Commandeur de l’Ordre de la Couronne de Belgique

Collaborations diverses (journaux, revues, etc.) :
Combat
Notre République
La Table Ronde
Le Monde
Le Quotidien de Paris
Témoignage chrétien
France Culture
Les Lettres Françaises
Valeurs actuelles
Le Figaro
France Forum
Les Cahiers de l’indépendance
Service littéraire

Date de parution : 9/8/2014


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