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Haïti : quelques éléments... Jean Lévy

lundi 18 janvier 2010, par Comité Valmy


Alors que la première équipe de secouristes étrangers débarquée sur le sol haïtien, jeudi 14 janvier, était chinoise, que Cuba avait déjà sur place près de 400 médecins et en envoyait beaucoup d’autres (évènements ignorés superbement par nos médias), les Etats-Unis s’impliquent totalement dans la compétition mondiale d’aide à Haïti, saccagée par le tremblement de terre du 11 janvier dernier.

Ils ne cachent pas leur volonté d’imposer l’image de « première puissance du globe ». Près de 9000 soldats US, un porte-avion et ses hélicoptères sont dépêchés sur l’île martyre. Il est vrai que le UA ont toujours considéré la mer des Caraïbes comme « un lac américain » leur appartenant. Rappelons-nous les multiples interventions des « Marines » à Haïti, occupée pendant une vingtaine d’années, au début du siècle, à la Grenade, à Panama, à Porto Rico depuis longtemps annexé, à Cuba, longtemps considéré comme son lieu de plaisir et de débauche et dont Guantanamo reste sa propriété.

Les « prouesses » militaires des USA leur donnent , selon les journalistes de France Inter et leurs « spécialistes » dûment interrogés, le droit permanent d’intervention armée sur le territoire, théoriquement souverain, d’Haïti. L’assurance dominatrice de l’oncle Sam est naturellement soutenue par nos médias, qui se comportent comme des chiens couchants devant le « Big boss ».

La radio et la télé, toute chaînes confondues, font l’impasse sur l’histoire coloniale de l’île et de son asservissement..

Il est donc bon de rappeler ce que fut le passé et le présent d’Haïti. Découverte par Christophe Colomb, nommée Hispaniola, l’île passa en 1697, sous domination française.

Dans la partie française, Saint-Domingue, les Français continuèrent d’importer des esclaves noirs pour travailler dans les plantations de canne à sucre.

C’est au cours de cette période que fut appliqué le fameux Code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée à réglementer le régime de l’esclavage et précisant les devoirs des maîtres et des esclaves. Ce Code noir

En 1789, à la veille de la Révolution française, la colonie de Saint-Domingue comptait plus de 700 000 esclaves, ce qui était un nombre nettement supérieur par rapport au nombre des Blancs (moins de 50 000) ;

La révolte des Noirs débuta dès 1791 Sous la conduite de leurs chefs — Toussaint-Louverture (dit Toussaint Bréda), Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et Alexandre Pétion —, les Noirs menèrent une guerre de libération. Le représentant de la Convention à Parisproclama la liberté des esclaves le 29 août 1793, pour la province du Nord, et le 4 septembre dans la province du Sud. Le 2 février 1794, la Convention confirma cette déclaration et étendit l’abolition de l’esclavage à toutes les colonies françaises. Toussaint-Louverture, l’un des rares Noirs à savoir lire et écrire, se rallia au gouvernement français, et il fut nommé général de la République et gouverneur de l’île

En 1802, Bonaparte envoya À Saint-Domingue son beau-frère — il avait épousé Pauline Bonaparte —, le général Charles Victor Emmanuel Leclerc (1772-1802), avec 35 000 hommes et 96 navires, ce qui constituait la plus grande force expéditionnaire de l’histoire de France Toussaint-Louverture pratiqua une politique de la terre brûlée, une guerre d’usure, véritable guérilla usant les troupes françaises qui ne tenaient que la côte. Après trois mois d’une sale campagne pleine d’atrocités, Toussaint-Louverture offrit sa reddition (le 2 mai 1802) au général Leclerc, contre sa liberté et l’intégration de ses troupes dans l’armée française. Il fut capturé par ruse le 7 juin et interné au château de Joux, dans le Jura. On le trouva mort le 7 avril 1803 Jean-Jacques Dessalines qui avait expulsé les derniers Français proclame l’indépendance de Saint-Domingue devenu Haïti.

Dans une guerre inutile, Napoléon avait perdu quelque 55 000 soldats. La France exigea 150 millions de francs en réparation (des milliards d’euros d’aujourd’hui), contribuant ainsi à ruiner l’économie de l’île. Ce fut la cause première du retard apporté au développement de l’île. Ce fut la seule « république de nègres » de tout le XIXe siècle

L’occupation américaine

Le pays fut, dans les faits, gouverné exclusivement par des Mulâtres jusqu’en 1910 Dès 1906, les compagnies américaines commencèrent à construire des voies ferrées et à exproprier les paysans sans titres de propriété.

Les Américains finirent par occuper militairement Haïti, le 28 juillet 1915. En 1918, tout le pays fut en état d’insurrection. On estime que la guérilla a fait au moins 15 000 morts. Washington mit alors en place un gouvernement soumis à ses volontés

Les Haïtiens conservèrent une forte hostilité envers l’occupant américain qui n’hésitait pas, si la situation semblait l’exiger, à fusiller des Haïtiens par centaines à la fois.

En août 1934, les États-Unis quittèrent Haïti. La fin de l’occupation, ajoutée aux conséquences de la crise économique mondiale, engendra le retour à l’instabilité et encouragea les velléités dictatoriales des dirigeants locaux.

La dictature des Duvalier

Arrivé au pouvoir en août 1945, Dumarsais Estimé, un militant de la cause noire, fut renversé en novembre 1949 par une junte militaire, financée par le Etats-Unis. L’exercice effectif du pouvoir resta entre les mains de l’armée jusqu’en septembre 1957, date à laquelle François Duvalier, dit « Papa Doc fut élu président de la République.,

Le régime s’appuya sur une milice paramilitaire, les Volontaires de la sécurité nationale surnommés les « tontons macoutes ». Avec cette garde prétorienne personnelle, il neutralisa l’armée, sema la terreur dans tout le pays et parvint à étouffer toute résistance. Après des rumeurs de complot, il renforça la répression et, en 1964, il se proclama « président à vie ». Il exerça jusqu’à sa mort une implacable dictature (on compta 2000 exécutions pour la seule année 1967). En janvier 1971, une modification de la Constitution permit à François Duvalier de désigner son fils, Jean-Claude, comme successeur.

À la mort (de façon naturelle) de Papa Doc, le 21 avril 1971, Jean-Claude Duvalier, 19 ans (d’où son surnom de « Baby Doc »), accéda à la présidence de la République. Jean-Claude Duvalier exerça une dictature dont son père aurait été fier. Son régime s’enfonça dans la corruption et la violence.

En 1986, un soulèvement populaire renversa le fils Duvalier qui partit se réfugier dans le sud de la France, dont le gouvernement et tous les suivants lui assurèrent une retraite dorée, grâce à l’immense fortune (des centaines de millions d’euros d’aujourd’hui), accumulée sur le dos du peuple haïtien.

Après de années de troubles, Jean-Bertrand Aristide, un prêtre catholique qui s’était fait l’avocat des pauvres, remporta la victoire en décembre 1990. Son accession à la présidence de la République redonna un peu d’espoir au peuple haïtien, mais, en septembre 1991, il fut renversé par une junte militaire dirigée par le général Raoul Cédras (1993

Après que la situation politique et économique se fut passablement dégradée, les États-Unis décidèrent d’intervenir militairement. Les troupes américaines débarquèrent en Haïti le 19 septembre 1994 René Préval, est élu à la présidence de la République en 1995. Le mandat d’Aristide, revenu au pouvoir, touchait à sa fin et la Constitution ne l’autorisait pas à en briguer un second consécutivement.

En novembre2000, Jean-Bertrand Aristide fut proclamé vainqueur de l’élection présidentielle avec 91 % des suffrages exprimés. Compte tenu des irrégularités commises lors des élections, le président Aristide (seconde manière) commença un mandat controversé. Ce scrutin fut marqué par de multiples malversations et plongea à nouveau le pays dans une situation des plus confuses. De plus, le trafic de drogue a dépassé les records atteints sous la junte militaire. Quant à la classe moyenne, elle n’a pas semblé apprécier l’ancien « petit curé ». Elle lui a reproché ses sermons, ses origines, son caractère imprévisible et son emprise sur les masses. Ses adversaires considéraient Aristide comme un dangereux démagogue

Puis, le 29 avril 2004, Jean Bertrand Aristide a fini par démissionner de la présidence haïtienne, alors que sont arrivés les premiers Marines américains, avant-garde d’une force internationale envoyée par l’ONU pour ramener l’ordre dans la capitale, Port-au-Prince. Ces forces comprennent des troupes américaines, françaises, canadiennes et d’autres des Caraïbes.

À l’issue de neuf jours d’un dépouillement chaotique, René Préval a finalement été déclaré, le 16 février 2006, vainqueur de l’élection présidentielle d’Haïti, avec 51,5 % des voix. Depuis cette date, Haïti vit sous la tutelle directe de l’ONU, dans un total dénuement.

Et depuis ces derniers jours, dans l’horreur du tremblement de terre.


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