COMITE VALMY

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Source : La lettre de Léosthène, le 9 janvier 2010, n° 542/2010

TOUR DU MONDE POLITIQUE VU DE CHINE - Par Hélène Nouaille

jeudi 21 janvier 2010, par Comité Valmy


Voir en ligne : carte : vue inhabituelle du monde, de la Méditerranée au Japon

Carte géopolitique des 6 membres permanents (en rouge), des 4 observateurs (en orange) et des autres invités (CEI, EURASEC, OTSC, ASEAN en jaune) de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS)

Qu’est-ce que la politique ? C’est quelque chose, comment dirais-je, qui est en train de disparaître, parce que beaucoup se résignent à ne plus peser sur le destin individuel de chacun, et sur le destin collectif, et c’est quelque chose qui est pourtant plus que jamais nécessaire. Philippe Seguin (1)

La Chine a pris, pour un mois, la présidence du Conseil de Sécurité de l’ONU. On sait qu’en dehors des cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) qui disposent d’un droit de veto, le Conseil est composé de dix membres élus par une majorité des deux tiers de l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans et renouvelés par moitié chaque année (Autriche, Japon, Mexique, Turquie, Ouganda jusqu’en décembre 2010, Bosnie-Herzégovine, Gabon, Liban, Nigeria Brésil du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011). La Présidence, tournante pour un mois, suit l’ordre alphabétique (anglais) des pays membres.

Rien de bien intéressant dans ce ronron conventionnel ?

Au contraire. Les Chinois font de la politique. L’ambassadeur Zhang Yesui, représentant permanent de la Chine aux Nations Unies a donné, le 5 janvier, un aperçu du programme que son pays se propose de mettre en oeuvre au cours de ce mois. Si l’on en croit le communiqué de presse de l’ONU, l’ambassadeur a donné un nombre étonnant d’informations sur un programme de travail qui embrasse, avec le souci de mener “ une présidence objective, juste et transparente ”, l’ensemble “ des points chauds de la planète ”. Et il l’a précisé d’entrée et à plusieurs reprises : la résolution des crises s’inscrit dans un contexte régional. “ Aussi, le débat thématique, prévu le 13 janvier, sur la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales sera-t-il couronné d’une déclaration présidentielle dans laquelle le Conseil réaffirmera son rôle directeur dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales tout en reconnaissant les « avantages comparatifs » de ces organisations ” nous dit le communiqué de presse (2).

Ce qui veut dire en langage clair ? Que la légitimité suprême appartient à l’Organisation des Nations Unies et à personne d’autre, d’une part. Que les organisations régionales sont appelées à gérer leurs propres affaires en coordination avec le Conseil de sécurité d’autre part. Une méthode, on en est conscient, qui ne prend en aucune manière en compte le rôle que les Etats-Unis ont fait leur depuis 1945, et que le président Obama a confirmé lors de la réception de son prix Nobel à Oslo (3), celui de la nation qui a la mission de mener le monde. “ En présence du Secrétaire général et d’organisations telles que l’Union africaine, l’Union européenne, la Ligue des États arabes, l’OTAN ou encore l’Organisation de Shanghai et l’Organisation du traité de sécurité collective, il sera question de réfléchir à la manière d’améliorer la coopération, la coordination et l’échange d’informations entre l’ONU et ces organisations ” précise Zhang Yesui.

D’ailleurs, ajoute-t-il, ce travail en commun est conforme à la Charte des Nations Unies “ qui reconnaît aux organisations régionales un rôle dans le maintien de la paix ”, le Conseil a, depuis 2003, tenu six débats sur ce thème, et il faut reconnaître à ces organisations des avantages “ uniques ” pour jauger en situation des actions à mener en matière de résolution des conflits et de diplomatie préventive. Voilà une position qui, quelles que soient les arrières pensées de la puissance chinoise, n’est pas critiquable frontalement ; et qui ralliera certainement un grand nombre des organisations régionales ainsi interpellées, au moins en Afrique, Asie et Amérique latine, avec lesquelles des réunions de travail sont prévues jour par jour, comme le sont celles nécessaires à l’accueil des cinq nouveaux membres non permanents du Conseil.

Position qui permet à la Chine, dans ce contexte, de passer en revue les points chauds de la planète. Quels points chauds ? “ l’Afghanistan, la Somalie, le Népal, la Côte d’Ivoire, le Kosovo, le Soudan et le Moyen-Orient ”. Pour l’Afghanistan, Zhang Yesui reprend exactement l’analyse exprimée dès septembre dernier par le Secrétaire général adjoint du Conseil de sécurité chinois, Li Qinggong, dans les colonnes de Chinaviews.cn, dont nous nous étions fait l’écho (4) : “ Commentant les « échecs répétés », selon les mots de la presse, de la communauté internationale en Afghanistan, le Président du Conseil de sécurité a rappelé le « principe fondamental » qui est de laisser les populations concernées s’acquitter de la responsabilité des affaires intérieures de leur pays. Il s’est aussi prononcé en faveur d’un dialogue avec les Taliban modérés. Ces questions doivent cependant être discutées par les parties concernées, a-t-il dit, avant de souligner l’importance du développement « pour consolider les fondations de la paix ”.

A travers la Somalie, la Côte d’Ivoire, le Soudan, la Chine empiète sur les prés carrés et les ambitions des puissances qui se veulent tutélaires, pour des raisons diverses, historiques, économiques, géopolitiques, du destin des pays ou régions concernées, en s’appuyant sur les missions régionales en cours de l’ONU. Notons que dans le même temps, le ministre des Affaires étrangères chinois, Yang Jiechi, entamait le 6 janvier une tournée africaine (Kenya, Nigeria, Sierra Léone, Algérie et Maroc), soutenu par les nouveaux medias chinois, dont, par exemple, la revue Economy of China, éditée par l’Université de Pékin, qui engage le fer avec la panoplie des think tanks occidentaux avec l’objectif de briser leur monopole de la parole et le souci d’être largement entendus (internet) et compris (publication en plusieurs langues).

Oui, direz-vous, mais la présence et les intérêts chinois en Afrique sont bien connus. D’ailleurs, Pékin, comme pour confirmer sa progression, vient d’annoncer le financement d’un nouveau port au Kenya (Lamu) et des moyens de transport qui lui permettraient d’exporter, sans passer par la mer Rouge, une partie du pétrole soudanais. Mais quand on en arrive au Kosovo, la partie est plus nouvelle. Il s’agit d’affaires européennes (en réalité américaines et européennes) que Washington et Bruxelles veulent considérer comme résolues bien que la solution retenue contredise une résolution du Conseil de Sécurité lui-même (5) et qu’il n’y ait pas d’unanimité dans l’Union européenne pour reconnaître l’indépendance du Kosovo – qui divise aussi les membres de l’ONU.

On se souvient que la Serbie avait obtenu en octobre 2008 que la Cour internationale de Justice se saisisse de la question de la légitimité de la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo. Or, le 22 janvier prochain, le Conseil devra examiner le rapport du chef de la mission ONU, Lamberto Zannier, après quoi Zhang Yesui, qui a souligné que la question du Kosovo était un “point important” (6), souhaite que s’ouvre “un débat” qui sera, n’en doutons pas, prétexte à affrontements sur le point de la régularité de l’indépendance du Kosovo, qui a déjà vivement opposé Moscou et Washington et mis à mal l’unité européenne. UE qui voit bien, si elle n’en dit rien, la Chine poser ses pions en Europe, par exemple en accordant des prêts à la petite Moldavie exsangue.

Bien sûr, il y a aussi l’Asie. En évoquant le Népal, où la victoire des maoïstes qui ont remporté en avril 2008 une majorité relative a des conséquences au-delà des frontières (les mouvements maoïstes sont, en particulier, violents en Inde), la Chine réaffirme son rôle régional – et incontournable, comme elle le fait pour la Corée du Nord : elle “ souhaite la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne par le biais d’une solution pacifique ” et la reprise d’un “ dialogue avec les Etats-Unis ” au travers du Groupe des six (Chine, Etats-Unis, Russie, Japon et les deux Corée) - sans hasarder de date, quand on sait bien son rôle et son poids sur la Corée du Nord. Dans le même temps, on se souvient que l’accord de libre échange signé en 2002 avec les pays de l’ASEAN (7) a pris effet au premier janvier 2010, ouvrant un marché (biens, services et investissements) d’1,9 milliard d’âmes...

Que manque t-il à ce tour du monde ? Ah ! L’Iran, dont Zhang Yesui refuse de parler : Non, répond l’ambassadeur à une question de la presse, ce n’est pas le bon moment, “ il faut plus de temps et de patience ” pour laisser les diplomates continuer de travailler. C’est, de son côté, la porte parole du ministre des Affaires étrangères qui le précise : “ La Chine est toujours d’avis qu’il faut régler adéquatement cette question par voie diplomatique. Les sanctions ne peuvent résoudre fondamentalement la question. Vu les circonstances actuelles, nous espérons que les parties concernées poursuivront les efforts diplomatiques, feront preuve davantage de souplesse pour trouver une solution adéquate ” (8). L’Iran fournit à la Chine, entre autres considérations, 15% de ses besoins en pétrole. La messe est dite.

Prudence, respect de la légitimité du droit international, droit de regard chinois sur les affaires du monde et, si nous regardons bien, grande cohérence dans les différents mouvements de l’Empire du Milieu dans le même temps, maniement de la menace compris (Pékin agite la perspective de rétorsions économiques contre Washington qui envisage de livrer un système anti missiles à Taïwan). Ce qu’est la réalité de la situation économique chinoise est incertain. Comme le sont ses progrès en matière d’armement (9). Mais la Chine ne se réduit pas à son PNB – ni dans sa perception d’elle même, ni dans celle de ses partenaires. Elle se comporte en puissance, peut-être en puissance qui a des comptes à régler, une histoire, des traditions de fermeture relative qui peuvent générer des difficultés dans un monde très ouvert, mais elle ne s’enferme dans aucun tête à tête, en tous les cas.

Elle tente d’assurer son destin propre, cela s’appelle de la politique, n’est-ce-pas ?

Hélène Nouaille

En accès libre :

n° 387/2008 Aux portes du Tibet, le Népal dans la tourmente électorale http://www.leosthene.com/spip.php ?article826

n° 356/2007 Fragmentations territoriales : le Kosovo en exemple http://www.leosthene.com/spip.php ?article747

n° 479/2009 La Chine sur tous les fronts http://www.leosthene.com/spip.php ?article973

Carte :

Vue inhabituelle du monde, de la Méditerranée au Japon : http://130.166.124.2/world_atlas/4/files/4-1008-full.html

Notes :

(1) Le Monde, le 7 janvier 2010, Radiozapping http://www.lemonde.fr/radios/son/2010/01/07/hommages-a-philippe-seguin_1288530_970038.html#ens_id=1288396

(2) ONU, Conférence de presse du Représentant permanent de la Chine et Président du Conseil de sécurité pour le mois de janvier 2010 (en français) : http://www.un.org/News/fr-press/docs/2010/Conf100105-CS.doc.htm

(3) Allocution du président Obama à l’occasion de son acceptation du prix Nobel de la Paix, le 10 décembre 2009 (en français, texte officiel) : http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/ObamaNobel_French.pdf

(4) Léosthène n° 419/2009 Afghanistan : conseils chinois à Barack Obama http://www.leosthene.com/spip.php ?article1018 Disponible en anglais : Afghanistan : China’s Advice to Barack Obama http://www.leosthene.com/spip.php ?article1020

(5) La résolution 1244 de l’ONU (qui réaffirme dans son préambule “ l’attachement de tous les États Membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et de tous les autres États de la région ”) est disponible en ligne et en français à l’adresse : http://www.un.org/french/docs/sc/1999/99s1244.htm

(6) La Chine "s’inquiétait profondément" de la proclamation d’indépendance du Kosovo - 18 Février 2008 http://www.french.xinhuanet.com/french/2008-02/18/content_578836.htm

(7) ASEAN : Association des Nations du Sud Est asiatique, dix pays dont cinq États fondateurs (Indonésie, Malaysia, Philippines, Singapour et Thaïlande), puis Bruneï (1984), le Vietnam (1995), la Birmanie, le Laos (1997) et le Cambodge (1999).

(8) Site du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, Conférence de presse du 7 janvier 2010, Madame Jiang Ju (en français) : http://www.fmprc.gov.cn/fra/xwfw/fyrth/lxjzzdh/t650449.htm

(9) Janes.com, 6 janvier 2010, Ballistic Trajectory – China develops new anti-ship missile http://www.janes.com/news/security/jir/jir100106_1_n.shtml

La lettre de Léosthène, le 9 janvier 2010, n° 542/2010 Cinquième année. Bihebdomadaire. Abonnement 350 euros. http://www.leosthene.com/

1 Message

  • En plus la chine est et reste fondamentalement communiste dans son organisation politique et sociale, intégrant le capitalisme dans son ouverture sur un monde politique complexe qui se voudrait mené par un idéal néo-libéral.

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