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Billet d’humeur :
la CCIFR, le business français en Russie et le suicide politico-économique européen
par Karine Bechet-Golovko

vendredi 29 août 2014


Billet d’humeur :
la CCIFR, le business français en Russie et le suicide politico-économique européen

A l’initiative de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, s’est tenue aujourd’hui à Moscou "une conférence" sur le contexte politique et les implications économiques des sanctions américaines, européennes et des contre-sanctions russes. Comme la CCIFR est l’un des rares organismes français à s’être prononcé contre la politique de sanctions économiques menée par la France en particulier, et l’UE en général, il pouvait être intéressant d’y assister. Ayant été gentillement invitée, j’y suis allée.

Et parfois, il vaut mieux rester sur de fausses bonnes impressions. Car l’idée générale est très simple : comme l’impact économique des sanctions économiques pourrait être beaucoup plus destructeur, finalement on se porte pas trop mal. Donc, en fait, ça va bien.

En effet, la CCIFR, qui se veut un organisme indépendant (de qui ou de quoi ?) de lobbying entrepreneurial français, se trouve dans la situation typique de tous ces organismes. D’une part, il faut bien être indépendant, c’est-à-dire tenter de défendre les intérêts sectoriels que l’on représente. D’autre part, il faut absolument garder de bonnes relations avec le politique, ici l’ambassade et le ministre des affaires étrangères. "Mais si, je vous assure, M. Fabius nous a rencontré et écouté avec beaucoup d’intérêt et un nouveau rendez-vous est pris ... pour quand déjà ? enfin, est pris", comme a dit le président de la CCIFR.

Un peu surprise d’entendre un entrepreneur à côté de moi, à peine débutent les festivités, dire : ça y est, ils vont nous dire que tout va bien ! J’ai rapidement déchanté. Si M. Quidet, président de la CCIFR tente d’expliquer, par ailleurs honnêtement, que l’Europe - et la France - se tire une balle dans le pied en prenant des sanctions contre la Russie, mécanisme qui ne marche nulle part en plus, les révérences devant le représentant de l’ambassade en deviennnent rapidement indigestes. Car la CCIFR, avec l’appui de l’ambassade communique, explique sa position et ça marche.

Vous pensiez que, en résultat, la France n’avait pas adopté de sanctions ? Non, simplement les membres de la CCIFR ont donné une centaine, mais oui une centaine d’interview. C’est certes utile en terme de communication, mais ça ne change rien à la tendance au suicide économique de la politique française.

Quant à la position du Chargé d’affaires à l’ambassade de France à Moscou, Frédéric Mondoloni, elle est grandiose. La France (il est encore trop jeune pour la voix chevrotante, quel dommage !), avec deux majuscules certainement, se devait de prendre des sanctions contre la Russie, car elle a annexé cette pauvre Crimée, elle soutient les combattants et est presque à l’origine du crash du Boeing. Alors, comment ne pas réagir dites-moi ? C’est une obligation morale, presque éthique. C’est beau, c’est grand et généreux ! Et pour la souveraineté, une grande déclaration est à noter, en réponse à des questions : l’UE ne suit pas les Etats Unis dans sa politique de sanctions, non, elle est totalement autonome. On se sent tout de suite beaucoup mieux.

Enfin, si l’on oublie les 3 boeing canadiens qui livrent des armes à l’armée ukrainienne, le référendum en Crimée, les rapports des observateurs de l’OSCE qui ne voient toujours pas de troupes russes envahir l’Ukraine, etc., la position officielle se la France est effectivement à la pointe du soutien à une coopération entre l’UE et la Russie et pas du tout la tête de proue de la politique américaine en Europe. On se trompe, c’est tout. Et le représentant de l’ambassade l’a bien souligné, il ne veut même pas l’entendre. Soit, taisons-nous.

Dans cette ambiance exceptionnelle d’objectivité et d’analyse, E. Gavrilenkov, économiste russe en chef à la Sberbank, explique, lui avec compétence, que les difficultés économiques de la Russie ne sont absolument pas liées aux sanctions prises par l’UE ou les Etats Unis, mais liées au refinancement massif des banques qui a eu lieu suite à la crise américaine des subprimes. Par ailleurs, le marché russe n’est pas fermé, il a juste changé de fournisseurs. Donc, et comme le précisera également F. Lukianov, rédacteur en chef de Russia in Global Affairs, à la guerre des sanctions, l’Europe perdra, car la Russie a changé de politique internationale, elle s’autonomise de l’Europe. La Russie d’aujourd’hui n’est plus celle d’après la chute de l’Union soviétique, elle va défendre ses intérêts vitaux. Mais de cela aussi, le Chargé d’affaires de l’ambassade dit ne pas vouloir entendre parler : l’avenir de l’Europe est lié à celui de la Russie.

Et il a raison : l’avenir de l’Europe est lié à la Russie, mais la Russie peut vivre sans l’Europe. Et de ça non plus il ne faut pas parler. C’est un peu aussi comme l’intervention de A. Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, qui pose l’avancée - peut être - des "séparatistes", des "manifestations" de Maïdan, de ces russes qui osent soutenir ces terroristes etc. Bref, les gentils manifestants de Maïdan qui sont légalement arrivés au pouvoir contre les méchants pas contents du Donbass, que l’Etat ukrainien peut, cette fois légitimement écraser. On en est encore là à l’ambassade de France. Puisque le compréhensif Fabius n’a toujours pas dépassé ce stade. De toute manière BHL s’en occupe.

Pour autant, tous prônent le dialogue, reconnaissent les intérêts vitaux de la Russie dans la région, comprennent tout ce que l’on veut, mais ne peuvent aller plus loin. Car politiquement, comme le disait A. Dubien, l’image de la Russie était mauvaise, maintenant elle est catastrophique. Mais il n’analyse absolument pas la propagande dans la presse occidentale, les atteintes portées au travail des journalistes en Ukraine, les crimes commis. Personne ne parle non plus des pressions sur les partis politiques ukrainiens, des mercenaires employés pour soutenir Kiev. La grande expression, dans ce cas-là, est "c’est une autre question". Donc, on évacue ce qui dérange.

A la fin de ce triste spectacle, de cette totale démonstration d’impuissance et des représentants des milieux d’affaires français et de la diplomatie française, un entrepreneur souligne, un peu inquiet et ça se comprend, que ces sanctions économiques que les intervenants français qualifient de réaction très mesurée de la Russie qui aurait pu faire pire, que ces sanctions donc risquent d’avoir des effets dévastateurs à long terme pour le business français en Russie. Et M. Quidet de s’esclaffer : mais non, mais non, voyons, ces sanctions peuvent être otées à n’importe quel moment ! Hein, Frédéric (le Chargé d’affaires) c’est vrai ??!! Pour répondre une absurdité pareille il faut être de très mauvaise foi, être totalement incompétent ou n’avoir vraiment pas le choix - donc pas de courage politique. Car des entreprises étrangères prennent les marchés en Russie et personne n’imagine la Russie, quand un jour les sanctions seront annulées - ce qui prendra du temps - rompre les contrats avec ces entreprises pour faire plaisir aux français qui l’ont trahie. Et, par ailleurs, quels sont les critères pour retirer les sanctions ? Que la Russie abandonne la Crimée ? Dans ce cas, elle seront pérennent.

Bref, à ce moment, je me demandais vraiment ce que je faisais là ...

Je vous passe les détails, vous avez compris l’essentiel : la France n’a plus aucune volonté politique propre, n’a plus les moyens politiques de ses intérêts stratégiques et les entrepreneurs doivent faire face, seuls, à un pouvoir politique qui ne prendra pas réellement en compte leurs intérêts.

Karine Bechet-Golovko

vendredi 29 août 2014

Russie politics


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