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LE MAI 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler Par Morgan Sportès.

lundi 24 novembre 2014, par Comité Valmy


Soyons sérieux : le véritable anar, en mai 1968, ça n’était pas Cohn-Bendit, c’était le général de Gaulle. Il était seul, entouré d’ennemis. A 78 ans, ce vieil anticonformiste a livré ses dernières batailles, tiré ses dernières cartouches. C’était Roland à Ronceveau ! Dien bien phu !...

« La seule chose que les Américains ne lui ont jamais pardonné, m’a dit Pierre Messmer peu avant sa mort, ça n’est pas sa sortie de la défense intégrée de l’OTAN (où Sarkozy veut nous faire reentrer), ni son fameux discours de Pnom-Penh dénonçant la guerre au Vietnam, mais c’est sa remise en cause du « privilège exorbitant du dollar ». Monnaie de réserve mondiale, encore liée à l’or à l’époque, du moins symboliquement, le dollar permettait aux USA de vivre à crédit sur le dos du monde en faisant marcher à tour de bras la planche à billets (ça continue aujourd’hui en mille fois pire !)...

De Gaulle, Che Guevara de la finance (et autrement dangereux qu’un Che Guevara puisqu’il dirigeait une nation puissante munie de l’arme atomique) a envoyé la marine nationale aux Etats-unis, acte hautement symbolique, pour remporter « son or » en échange de billets verts, monnaie de singe dont il ne voulait plus. Là, il visait juste, il visait où ça fait mal. Et il a essayé d’entrainer avec lui, dans cette aventure (se débarrasser des dollars-papier), l’Afrique du sud, les pays arabes, la Russie, la Chine... Les stocks d’or US fondaient.

La presse d’outre-atlantique poussait des hauts cris, dénonçant « Gaullefinger » ! Par ailleurs, il tentait de construire une Europe « indépendante des deux blocs » qui inclurait des pays de l’est (en plein mai 68, il rendait visite en ce sens en Roumanie à Ceaucescu). Dans le même esprit il avait élaboré une défense « tous azimuts », ses missiles nucléaires devant être tournés vers l’est mais aussi vers l’ouest (le général Ailleret, metteur en œuvre de cette politique, mourrait opportunément dans un accident d’avion en mars 68, à la veille du fameux mois de mai).

Qui sait, disait de Gaulle pour justifier cette politique, qui gouvernera les Etats-unis et la Russie dans quelques décennies. En sus des Américains, de Gaulle avait à dos leurs suiveurs atlantistes, de Mitterrand à Lecanuet, sans compter Jean-Jacques Servan-Schreiber qui, en plein mois de mai, dénonçait « la dictature intellectuelle du Général qui avait tout gelé en France ». Et cela dans un magazine américain : « Life » qui par ailleurs voyait dans l’Elysée un nid d’espions du KGB. Aux USA une campagne de presse antigaulliste d’une violence et d’un bêtise inouïes battait son plein...

Participaient encore à cette curée, le ban et l’arrière ban du vichysme et de l’OAS : « mai » c’était l’occasion de régler son compte à l’homme de la France libre et au décolonisateur de l’Algérie. Sans compter les milieux d’affaire : « De Gaulle a pour opposants les mêmes gens, haute finance et classe moyenne, qui firent tomber le gouvernement Blum dans les années trente en spéculant contre le franc et en plaçant leur argent à l’étranger (écrit Hannah Arendt dans une lettre à Mary Mc Carty fin 68). Le tout non pas en réaction aux émeutes étudiantes, mais aux idées grandioses de de Gaulle sur la PARTICIPATION des travailleurs dans les entreprises »...

Autre crime impardonnable du vieux baroudeur en effet. Tandis que les pavés volaient, les stocks d’or français s’envolaient. La guerre contre le dollar, ourdie par de Gaulle se retournait en offensive spéculative contre le franc... Le paradoxe du gauchisme, __et sa vérité farcesque__ c’est que prétendant abattre la société bourgeoise, il avait derrière lui tous les notables, tous les nantis qui rêvaient d’abattre la statue du Commandeur gaullienne (car la France est le seul pays où le mouvement mondial de mai a pris un tour directement politique : renverser un gouvernement).

Des « situationnistes » m’ont raconté que, lors de l’occupation de la Sorbonne, des gens « louches », manifestement de l’OAS, leur avaient proposé des armes. Au cours d’une manif, un ancien mao se rappelle que, pris dans la foule, au premier rang, des mains invisibles, par derrière, distribuaient par centaines barres de fer et manches de pioches. Provocateurs ? Qui avait intérêt à mettre de l’huile sur le feu ?

Ce dont le sympathique et, dans une certaine mesure, naïf Cohn-Bendit ne se vante pas, c’est que depuis mars 68, il était suivi pas à pas par Paris-Match et RTL, entre autres, qui l’ont transformé en « star révolutionnaire ». Reportage-photos sur Cohn-Bendit dans sa cuisine, se préparant un café ; ou faisant joujou avec les enfants de son frère ; ou bien, comble de l’ironie, cliché en double-page le montrant en blouson, portant une valise de « bolchevique errant », devant la porte de Brandebourg, avec en légende : « ET MAINTENANT IL PART PRECHER L’ANARCHIE DANS TOUTE L’EUROPE ». Cela, je le dis bien, dans Match, feuille de choux « gauchiste » s’il en est !!!

C’est dans la voiture de Match, une ID 19, que Cohn-Bendit a quitté la France au milieu de mai 68, c’est dans la voiture de Match qu’il y est entré à nouveau : ses cheveux roux teints en noir. De la commedia dell’arte ! A qui appartenait Match à l’époque (et en partie RTL) : à Jean Prouvost qui, en sa personne, résume un bonne part de tout ce que de Gaulle comptait d’ennemis : le notable, le nanti, le grand industriel, le sympathisant vichyste (frappé d’indignité nationale en 45). Prouvost figure comme rédacteur en chef de Match, début juin 68, ayant purgé son équipe : grand-patron-journaliste et supervisant donc directement le contenu du journal !... Non sans ironique finesse politique, Cohn-Bendit lançait, en plein 68 : « En fait on roule pour Mitterrand ». Pour l’atlantisme ? Les manipes, il les a senties lui aussi.

En juin 68 Cohn-Bendit déclare à Hervé Bourges : « Il semble que la CIA se soit intéressée à nous ces derniers temps : certains journaux et associations américaines, filiales et intermédiaires de la CIA, nous ont proposé des sommes importantes ; inutile de vous dire l’accueil que nous leur avons fait... »(1). Les sentiments de la CIA à l’égard de de Gaulle, nous les connaissons grâce à un rapport de Richard Helms au président Johnson du 30 mai 1968 dénonçant dans le général un dictateur qui ne pourra se maintenir au pouvoir qu’en versant des fleuves de sang (2).

Les gaullistes, me direz-vous, ont gagné les législatives de juin 1968. Certes. Mais de Gaulle les a perdues. Il a perdu sa guerre : « Notre monnaie était profondément atteinte, écrirait Georges Pompidou. Nos réserves avaient fondu comme neige au soleil...La France du général de Gaulle était ramenée à ses vraies dimensions et on ne s’en réjouissait pas moins. Finie la guerre au dollar. Finies les leçons données aux grands de ce monde. Fini notre leadership en Europe occidentale. Telle était la réaction mondiale et, si je ne le montrais guère, j’éprouvais de tout cela une immense tristesse »(3). Mai 68 ça n’est pas que cela sans doute. Mais c’est AUSSI cela...

Notes : 1-Farkas, Jean Pierre : 1968, le Pavé,Phonurgia nova éditions,1998. 2-Jauvert, Vincent : L’Amérique contre de gaulle, Seuil, 2000. 3- Pompidou, Georges : Pour rétablir une vérité, Plon 1982.

Note Valmy : nous diffusons ce texte de Morgan sportes qui ne manque pas d’intérêt tout en laissant à la responsabilité de l’auteur sa vision d’un Cohn- Bendit naif et sympathique qui depuis 1968, n’a jamais été la mienne.CB

Mise en ligne CV : 31 janvier 2010

5 Messages de forum

  • LE MAI 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler Par Morgan sportes.

    1er février 2010 11:45, par MARAT EL MOKRANI

    Le GENERAL DE GAULLE aura été le plus grand chef d’état depuis que la République a été proclamé en France,nous devons etudier sa pensée et son action pour dans l’action redonner à la FRANCE son RANG dans le monde.Nous devons militer pour un retrait de la France à la fois de l’Europe des Marchands,de l’Euro et enfin de l’OTAN.Quand je dis que la France a un Rang a tenir dans le monde ce n’est pas par chauvinisme mais par Patriotisme,car notre Histoire ,1789,commune de paris, resistance pendant l’occupation nous crée le devoir d’etre un pole pour les révolutionnaires et patriotes du monde entier,et un point d’appui à tous les peuples qui luttent pour leur INDEPENDANCE.Je pense en particulier à la Russie la Chine ,Cuba et les pays Latino Americains ainsi que tous les pays qui secouent l’hydre capitaliste.

    VIVE LA REPUBLIQUE ?VIVE LA FRANCE

  • LE MAI 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler Par Morgan sportes.

    1er février 2010 13:09, par MARAT EL MOKRANI

    S’agissant de ce triste clown de Cohn Bendit il me vient à l’esprit deux ou trois petis souvenirs.Dabord dans un long entretienaccordé au Nouvel Observateur dans les années 92 à 94 environ il parlait de son fils en s’attendrissant sur le fait que celui ci etait du coté du plus fort .Ensuite au cours de l’affaire de la marée noire en bretagne au cours de laquelle dominique Voynet etant ministre de l’environement avait été mal perçue de l’opinion publique suite à son retard pour se rendre sur les lieux de la catastrophe,Cohn-Bendit declara que Voynet parlait comme une infirmiére.Il faisait allusion auux infirmiéres qui l’ont soigné au cours de son hospitalisation ,voulant dire que quelqu’un de sa "qualité" etait au dessus de la Plébe qu’étaient les infirmiéres.enfin derniere remarque il y a peut etre 3 ou 4 ans j’ai entendu ce sinistre personnage dire qu’a Sabra et Chatila les responsables etaient les Syriens ce scoop n’a pas été repris par la presse !

    VIVE LA REPUBLIQUE ET VIVENT LA FRANCE ET L’ALGERIE

    • Oui il y a toujours retour de la vérité. Toutes les manipulations en cours ne font plus guère illusion, pas plus que le révisionnisme historique visant à réhabiliter le fascisme et même le nazisme comme c’est le cas dans certaine contrée de cette Europe Empire qui se désagrège déjà. Il y a plus de souci à se faire avec la jeunesse, qui n’apprend plus l’histoire mais des histoires. C’est à la mode de se désintéressé de tous ces qui n’est pas gadjet. Pour eux réveil sera très dur. Le Général de Gaulle avait compris que les USA et leur moniteur l’Empire Britannique consolidaient leur domination en devenant de faux monnayeurs. J’ai toujours pensé que Cohn Bendit était un larbin de la CIA, il ne se gène pas pour dire que, pour faire l’Europe il faut défaire la France ! Lorsque les Yankees sous la « présidence » de Nixon en 1971 décidèrent de détruire les accords de Breton Wood et de laisser filer le dollar pour en faire une monnaie papier et obligèrent tous les pays à payer leur pétrole en Dollar, ceci grâce à la complicité de l’Arabie Saoudite. Ils ont ainsi imposé leur dictature au monde entier et l’on dévalisé. C’est tout cela qui s’écroule aujourd’hui et c’est très bien, mais attention, le monstre est gravement blessé, mais il n’est pas mort !
  • LE MAI 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler Par Morgan sportes.

    5 février 2010 21:45, par Bertrand Fessard de Foucault

    Je vous félicite bien sincèrement.

    Quelle a été votre relation avec Pierre Messmer que je voyais (et enregistrais) régulièrement dans sa maison bretonne de Saint Gildas de Rhuys ; je fus, hors sa soeur, son dernier visiteur, le 28 Juillet, veille de son accident et de son transport d’urgence à Paris le dimanche en milieu de journée.

    Et souhaite entrer en relation électronique avec vous : b.fdef@wanadoo.fr

    Bertrand Fessard de Foucault

    ancien ambassadeur, universitaire

  • Merci pour ces informations qui apportent un éclairage inédit mais tout à fait édifiant sur les agissements de cet histrion écolo-libéral.

    Charles de Gaulle est le dernier homme d’état que la France a connu. Nous n’avons eu depuis que des politiciens, parfois sincères, souvent sans foi ni loi. La différence entre l’homme d’état et le politicien est à la fois d’ordre moral et d’ordre intellectuel, elle repose sur l’existence d’une vision et d’un engagement.

    Si je n’approuve pas toujours l’action politique qu’il a menée, je ne peux qu’admettre que l’engagement et la probité du Général ont toujours été à la hauteur de la vision qu’il avait du pays. Qui peut de bonne foi soutenir que Cohn Bendit a une vision ? Qui peut prétendre qu’il est engagé ?...

    La question demeure de savoir si nous devons éternellement nous épancher en gémissements nostalgiques ou plutôt nous décider à entreprendre, c’est à dire à nous engager, nous-mêmes. Pour cela, au delà d’une vision, il faut une stratégie, une tactique et des gens et des lieux, réels ou virtuels, pour en décider et entraîner les autres. Les deux questions annexes sont bien entendu : qui ? et quand ?...


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