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Les mystères de l’histoire russe : le Kremlin « disparu » lors du bombardement allemand
Dmitri Kazennov

samedi 11 octobre 2014, par Comité Valmy


© Photo : lotinivan.ru

Les mystères de l’histoire russe : le Kremlin « disparu » lors du bombardement allemand

L’Allemagne de Hitler a fondu sur l’URSS dans la nuit du 21 au 22 juin 1941. L’armée allemande avançait rapidement et Moscou s’est retrouvé à la portée des bombardiers ennemis un mois à peine après le commencement de la guerre. Hitler avait ordonné à ses pilotes d’effacer la capitale soviétique de la surface de la terre et le 22 juillet, des centaines d’avions allemands lançaient le premier raid contre Moscou.

Ils devaient avoir pour repère le Kremlin, parce que cette vieille citadelle située au cœur de Moscou offrait une cible excellente. Mais au grand dam des ennemis qui ont rempli le ciel de Moscou, le Kremlin, la Place Rouge et les majestueuses cathédrales surmontées de bulbes dorées, avaient disparu sans laisser de traces. Les usines d’armements et d’autres sites à bombarder avaient également disparu de la même façon mystérieuse. Les pilotes désemparés ont dû larguer leurs bombes n’importe où avant de se sauver des tirs particulièrement nourris de la DCA soviétique. Que sont donc devenus les monuments historiques et les sites stratégiques ?
Ils demeuraient à leur place mais étaient si bien camouflés que les pilotes ne pouvaient pas les voir. Personne n’a jamais entrepris jusqu’ici de travaux de camouflage à une si grande échelle en prévision de raids aériens. C’est d’ailleurs pour cette raison que les villes des belligérants, surtout les capitales, ont subi des destructions terribles pendant la Seconde guerre mondiale. Un groupe d’architectes soviétiques dirigés par Boris Iofan avait proposé à Staline de camoufler Moscou pour le protéger des frappes aériennes allemandes. L’autorisation reçue, ils se sont mis au travail. Tous les édifices anciens pouvant servir de repères au centre de Moscou, ont été « camouflés » en immeubles ordinaires. Les croix des églises étaient démontées et les bulbes dorées peintes en noir. Les étoiles sur les tours du Kremlin étaient recouvertes de housses, les murs de la citadelle étaient peints de fenêtres et de portes et les créneaux se dissimulaient sous des feuilles de contreplaqué en imitation de toits. Une maisonnette en contreplaqué à un étage a surgi au-dessus du Mausolée où reposait le corps de Lénine. Mais le corps lui-même avait été évacué loin à l’arrière pour le mettre à l’abri d’une bombe perdue et ne devait reprendre sa place qu’au printemps 1945, peu avant la victoire.

Les travaux de camouflage se sont également étendus à toute la ville devenue méconnaissable à cause de leurres, alors que les silhouettes des vrais immeubles étaient déformées par des filets de camouflage. Plusieurs faux ponts ont également enjambé la Moskova.

Ce camouflage aussi habile est devenu une mauvaise surprise pour les Allemands qui étaient également impressionnés par l’efficacité de la DCA de Moscou. De l’aveu des pilotes allemands, les raids contre Moscou étaient une plus rude épreuve que les bombardements de Londres. Ils ne s’attendaient pas à une riposte aussi vigoureuse. Après avoir subi de lourdes pertes, les hommes d’Hitler ont dû renoncer aux raids de jour et Moscou n’était plus attaqué que de nuit. Sous un feu nourri de canons antiaériens et aveuglés par la lumière des projecteurs, les pilotes tentaient de retrouver leurs cibles dans un Moscou qui avait changé de physionomie. Les Allemands attaquaient généralement en deux vagues. Si les bombardiers de la première vague larguaient les bombes incendiaires qui éclairaient les objectifs au sol, ceux de la deuxième vague s’en prenaient aux sites ainsi « illuminés ». Pourtant, il n’est pas facile de distinguer un leurre d’un objectif réel même à la lueur des incendies. C’est pour cette raison que la plupart des bombes étaient largués chaotiquement et que de nombreuses frappes ciblées rasaient des fantômes. Souvent les citadins éclairaient exprès des faux objectifs et les bombes allemandes faisaient voler en éclats un leurre inoffensif.

Il convient de noter que l’armée de l’air allemande était à l’époque l’une des meilleures au monde et ses pilotes avait une riche expérience de combat et comptaient pas mal de victoires à leur actif. Hitler avait appelé ses meilleurs pilotes pour anéantir Moscou mais ils se sont cassés les dents sur la capitale soviétique. Moscou est demeuré debout grâce à une DCA efficace et à un camouflage habile. Les raids contre Moscou ont duré de juillet 1941 à avril 1942 et y ont pris part plus de 8 000 bombardiers. En 9 mois, les Allemands n’ont pu détruire que 19 entreprises et 227 immeubles mais ont en revanche perdu environ 1500 avions. C’était un grave revers pour l’aviation allemande. En 1941, l’armée soviétique passait à l’offensive en faisant refluer l’ennemi à des centaines de kilomètres de la capitale. Au printemps de l’année suivante, les raids ont cessé et la ville a progressivement repris son train de vie habituel. Mais la victoire définitive n’a été remportée qu’en mai 1945, lorsque les troupes soviétiques ont occupé Berlin. Une grandiose parade de la Victoire a eu lieu le 24 juin 1945 à Moscou. C’est dans toute sa beauté que la capitale soviétique accueillait les soldats victorieux : il n’y avait plus besoin du camouflage.

Dmitri Kazennov
9 octobre 2014


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