COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > De Zakharchenko à Gubarev, une bourrasque politique s’empare de Donetsk (...)

De Zakharchenko à Gubarev,
une bourrasque politique s’empare de Donetsk
par Karine Bechet-Golovko

mardi 14 octobre 2014, par Comité Valmy


De Zakharchenko à Gubarev, une bourrasque politique s’empare de Donets

L’annonce de l’élection des députés et du Gouverneur de la République de Donetsk semble avoir ouvert la boîte de Pandore sur un territoire qui devrait avoir pour l’instant d’autres priorités que le combat politique, j’entend politicien. Drôle de communication autour du départ/retour express du premier-ministre de Donetsk, A. Zakharchenko. P. Gubarev, dont l’enregistrement de la candidature est refusé, dément lui-même avant d’être victime d’un attentat. Mais quel vent souffle sur cette petite République ?

Dans le cadre du processus de Minsk, des élections locales devaient avoir lieu dans les Républiques de Donetsk et de Lugansk, suite à quoi, Kiev disait savoir enfin avec qui discuter. Par ailleurs, pour des raisons politiques évidentes, les deux Républiques ne voulaient pas organiser leurs élections en même temps que celles de la Rada à Kiev. Le 2 novembre a donc été choisi comme date des élections des députés et des gouverneurs des deux Républiques et maintenu, même si quelques hésitations sont survenues suite à la préparation du processus électoral.
Dans un système pré-étatique comme celui des deux républiques de Donetsk et de Lugansk, lancer un processus politique de cette importance ne peut se passer sans provoquer des remous. La question étant de savoir dans quelle mesure ils sont "naturels" à l’émergence d’un processus politique en situation de conflit ouvert et dans quelle mesure ils ne sont pas une des conséquences des pressions externes.
Si l’on reprend les faits. Le 8 octobre apparaît l’information selon laquelle le premier-ministre de la République de Donetsk, A. Zakharchenko, démissionne de ses fonctions. Le bruit se répand très vite suite à une interview donnée sur le site expert.ru où à la fin, en quelques mots, il exprime sa possible volonté de partir. Le jour même, les autorités de Donetsk démentent l’information et A. Zakharchenko lui-même dit que ses propos ont mal été interprétés - il ne veut pas démissionner.

Le 11 octobre, un accord semble avoir été signé entre les autorités de Kiev et les représentants des républiques de Donetsk et Lugansk, qui fixe une "ligne de démarcation" de part et d’autre de laquelle l’artillerie lourde doit être déplacée de 15 km. Dans cette zone "spéciale" se trouvent les villes Lugansk et Donetsk. Zakharchenko qui, 3 jours plus tôt disait vouloir démissionner car on allait le forcer à signer un acte qui ne pouvait s’interpréter que comme de la trahison, signe le document, très mal accepté par les combattants. Par ailleurs, Kiev tantôt reconnait, tantôt dit ne rien avoir signé. Pour l’instant, l’armée ukrainienne ne retire pas son artillerie et continue à attaquer les zones d’habitation. L’on compte des morts civils et des blessés tous les jours.

Le mécontentement monte à tel point qu’un mouvement de contestation populaire se lève dans la ville même de Donetsk contre le gouvernement de Zakharchenko. Une centaine de personnes s’est regroupée sur la place centrale et demande des comptes - au nom de qui et de quoi Zakharchenko a-t-il signé cet acte fixant la ligne de démarcation ? Pourquoi avoir renoncé à la libération des territoires et même les avoir remis entre les mains de Kiev ? Notamment, cela est considéré comme un abandon de Slaviansk et Mariupole.

Et d’autres questions délicates commencent à se poser. Où est Strelkov ? Pourquoi n’apparait-il pas sur les listes ? Mais surtout où sont "ses" hommes ? Et ici les réponses commencent à être délicates à formuler. Selon El Murid, Zakharchenko aurait lancé une chasse aux hommes de Strelkov. Une chasse contre Strelkov, qui ne doit à aucun prix revenir, même et surtout sur le terrain politique.

Dans cette ambiance délétère, un nouveau bruit court hier : l’enregistrement de la candidature de Gubarev aux élections de la République de Donetsk a été refusée. Le site Novorossia annonce que, selon la Commission électorale, plusieurs mouvements politiques, dont Novorossia ou Oplot, ne pourront participer aux élections, car ils n’auraient pas rempli certaines formalités et que, maintenant, le délai ne permet plus de corriger ces erreurs.

Sur Facebook, toujours hier, Pavel Gubarev fait deux grandes déclarations. La première par laquelle il prévient que le lendemain, soit aujourd’hui, il fera toute une série de déclarations politiques quant aux élections et aux accords sur la ligne de démarcation. La deuxième, selon laquelle l’information concernant le refus de sa candidature est un faux, il n’a pas encore déposé ses documents et le fera le lendemain - aujourd’hui.

Aujourd’hui, Gubarev est dans un état critique, sans toujours avoir repris consience, dans un hôpital de Rostov suite à un attentat cette nuit contre le véhicule dans lequel il se trouvait. Ce qui commence à faire réfléchir. Certes, ce n’est pas la première tentative d’attentat contre lui, mais celle-ci a particulièrement bien réussie et tombe, dans un certain sens, à point. Surtout pour ceux qui veulent à n’importe quel prix, j’insiste, à n’importe quel prix, faire taire les armes, c’est-à-dire négocier le prix du sang. Or, Gubarev, comme Strelkov, se battent dans la région, ou se sont battus dans la région, pour un idéal, pour instaurer un régime plus juste et plus humain. Les habitants résistent car ils ne peuvent se résoudre à accepter un régime assassin. Pas pour que Kiev paie ses dettes à Gazprom. Ce "détail" risque de coûter cher.

Cet enchaînement étrange d’évènements fait réfléchir. Qu’en partie il soit "naturel", dans la mesure où les combats armés continuent et les risques existent, dans la mesure où le combat politique est d’autant plus fort qu’aucune structure unifiée, même militaire, n’a été réellement mise en place dans la République de Donetsk et les différents "commandants" sont en concurrence, c’est incontestable.

Mais d’autres questions se posent. Et commencent à être reprises par la population. Pourquoi avoir tout arrêté justement quand les combattants reprenaient du terrain ? Car la question sous-entend : on se bat pour quoi ? Voire pour qui ? Et la lourde main des "politekhnologues", ou les techniciens de la politiques, se sent un peu trop. Et c’est une grave erreur.

Karine Bechet-Golovko
lundi 13 octobre 2014

Russie politics

Mise en ligne CV : 13 octobre 2014


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>