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Extrait du théâtre de l’absurde (Ukraine)
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 15 octobre 2014, par Comité Valmy


Extrait du théâtre de l’absurde (Ukraine)

Beaucoup d’évènements ont marqué la journée d’hier. Evènements et déclarations souvent contradictoires dans leur logique, comme si l’espoir restait de modifier la réalité avec les mots. Marches des nationalistes d’extrême droite dans les grandes villes ukrainiennes avec insignes nazies et Gloire à Bandera. Adoption de la loi sur le Statut spécial du Donbass et réactions défiant les textes et les faits. Bref, les dirigeants de Donetsk et Lugansk veulent croire à la possibilité de la paix, même si des civils meurent encore tous les jours, mais Kiev est dans une phase pré-électorale qui ne s’en accommode pas vraiment.

Hier, la nouvelle Ukraine européenne célèbrait les 72 ans de "> l’armée insurrectionnelle ukrainienne, mise en place lors de la 2e Guerre Mondiale, qui fut un des éléments de répression nazie. Un bel anniversaire à l’occasion duquel les manifestants, ô combien pacifistes, voulaient que Stepan Bandera soit à nouveau reconnu comme Héros de l’Ukraine et que cette armée punitive prenne une place de choix dans l’Histoire du combat pour la libération du pays. Etrangement, Turchinov n’a absolument pas pu réunir le quorum nécessaire pour adopter ce texte historique à la Rada, les députés étant déjà discrètement partis. Donc les manifestants qui attaquaient le Parlement, apprenant que cela ne servait plus à rien - leurs représentants ayant pris la porte de derrière, sont allés brûler des pneus ailleurs. Ils avaient déjà brisé les fenêtres du bâtiment et attaqué les policiers qui en bloquaient l’accès. Ca ne vous rappelle rien ?

Voici une vidéo de la manifestation, où l’on voit le grand drapeau de Secteur droit, des insignes nazis sur le drapeau ukrainien, et des gens scander les slogans nationalites :

Pourtant, le matin encore, les députés étaient là pour prendre plusieurs décisions intéressantes. Par exemple, la confirmation dans ses fonctions du nouveau, déjà le 4e, ministre de la défense, Poltorak - aussi un Stepan, ça prédestine - ancien chef de la Garde nationale, à savoir un des organes avec les bataillons privés qui commet le plus de crimes de guerre dans le Donbass. Interprétation simple : l’armée est passée des mains d’un incompétent à celles des extrémistes.

Pour continuer dans la joie et la bonne humeur, les députés ont adopté la loi sur le Statut spécial de Donbass, intitulée loi sur l’auto-administration locale dans certains territoires des régions de Lugansk et Donetsk. Etrangement, le vice-premier ministre de Donetsk et le dirigeant de Lugansk ont eu des mots particulièrement favorables pour cet acte de capitulation politique. Ils qualifient cela de signe de bonne volonté de la part de Kiev, d’une volonté allant vers le compromis, etc. El Murid, pour sa part, voit en leur satisfaction un renoncement, voire une trahison de la volonté du peuple, qui s’était exprimée lors du référendum du 11 mai, quand les gens se battaient et quand ils espèraient encore une aide de la Russie.

Mais la Russie n’a pas voulu reproduire le scénario de la Crimée. Ce qui est son droit, seulement elle a laissé s’enraciner des illusions dont il va être difficile de sortir sans trop de casse, et pour elle et surtout pour les populations.

Tout d’abord, que les dirigeants locaux le veulent ou non, même s’ils affirment aux journalistes que cette loi n’entraîne pas le retour des territoires dans le giron de l’Ukraine, en réalité, selon les textes, c’est justement ce qui est prévu. Car rien ne parle de souveraineté, mais d’auto-administration locale. La souveraineté est la compétence de la compétence, autrement dit vous êtes compétent pour déterminer quelles types de décisions et dans quels domaines vous pouvez les prendre. L’auto-administration locale vous reconnait, par un organe étatique supérieur, ici la Rada, un certain domaine de compétence dans le cadre de la législation nationale. Par ailleurs, cette loi est temporaire, ce qui est incompatible avec la souveraineté. Qui est, point.

Ensuite, la carte est ainsi transférée entre les mains de Kiev. Soit. Cela pourrait encore avoir un sens, si l’Ukraine était un pays souverain et que son Président le présidait. Car un pays souverain a besoin de la paix pour se développer. Or, Poroshenko ne contrôle ni tout le territoire, ni toutes les personnes portant des armes et partis porter la bonne parole dans l’Est insoumis. Le nationalisme ukrainien triomphant, surtout en période de radicalisation pré-électorale, s’appuie sur le développement d’une haine aussi profonde qu’irrationnelle contre Le Russe et tout ce/ceux qui peut/risquent de s’y apparenter. Concrètement, les populations du Donbass, pour survivre dans le cadre ukrainien aujourd’hui, doivent soit combattre et gagner, soit renoncer à elles mêmes et d’une manière ou d’une autre périr.

Sans oublier que tous ces développements ne tiennent pas compte de la carte américaine, joueur qui va alors avoir la possibilité de prendre le tour. Pour relativiser la souveraineté ukrainienne, il suffit de se demander dans quel pays souverain un Chef d’Etat reçoit en grande pompe, avec ministres à l’appui, un fonctionnaire du Département d’Etat, j’entend Mme Nuland. Elle n’est pas un Chef d’Etat, elle n’est même pas un ministre, elle est l’assistante en charge du dossier européen et eurasien. Mais elle est reçue par le pouvoir ukrainien comme un laquais reçoit un missi dominici du Chef suprême. Autant en est-il de la marge de décision de Kiev dans le conflit ukrainien en particulier, et dans la gestion des affaires en général du pays.

Reste une inconnue dans ce drôle de jeu. La carte russe. Jusqu’à présent, la diplomatie russe a réussie à surprendre et à redistribuer les cartes quand la situation semblait déjà posée. A suivre. C’est imprévisible.

Zakharchenko et Purguine ne croient pas en un cessez- le-feu total pour l’instant et donc ne voient pas de fondement à un retrait de l’artillerie. En 24 heures, 3 combattants sont morts, 11 ont été blessés, 113 obus non explosés ont été retrouvés disséminés autour de Lugansk et dans la nuit 7 habitants sont morts.

Etrange bilan si l’on veut la paix. Les mots auront-ils encore le pouvoir de rendre l’espoir réel ?

Karine Bechet-Golovko
mercredi 15 octobre 2014

Russie politics


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