COMITE VALMY

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Le charme discret des nazis ukrainiens

lundi 20 octobre 2014, par Comité Valmy


Le charme discret des nazis ukrainiens

Un de mes collègues journalistes s’est plaint avec une ironie amère que nombreux sont ceux qui, pris par la fièvre de la guerre de l’information, comparent les radicaux ukrainiens à des nazis. Soit disant la propagande certes, mais on ne doit pas perdre complètement le bon sens ! Plusieurs d’entre nous possédons si ce n’ai des parents, du moins des amis ou des relations en Ukraine. Ils restent comme ils l’étaient, des gens simples qui vont travailler, rendent visite à leurs amis, tombent amoureux, font des enfants. Quels nazis, à quoi bon ?
En réponse à ça, j’ai demandé à mon collègue comment il imaginait de véritables nazis ? Ils sont censés avoir des cornes qui poussent, des crocs, des griffes ? Ou bien les nazis se baladent en uniforme ornée de croix gammées tous les jours et fusillent tout ce qui bouge avec leurs "schmeissers" ? Les Allemands après 1933 sont devenus nazis, mais en même temps ils n’ont pas changé extérieurement et même intérieurement. Ils continuaient à aimer comme avant leurs enfants et leurs femmes, appréciaient la bonne musique, la poésie. Ils venaient sans doute à l’aide aux vielles dames pour monter leurs courses. Et il est difficile de dire ce qui les différenciait de ce qu’ils étaient avant de devenir nazis. Au premier abord, ils sont restés des gens tout à fait normaux et même respectables.

Ce n’est qu’aujourd’hui, avec du recul qu’on voit en quoi ils n’étaient pas normaux. Le trait caractéristique des nazis allemands résidait dans leur foi en leur exception, dans le fait de croire d’être un peuple élu. Et le fait d’être élus n’était justifié ni par leur richesse, ni par leurs talents, mais uniquement par leur appartenance à la grande race allemande, la race des "aryens". Le deuxième trait caractéristique consistait en l’absence totale d’un moindre remord et de compassion envers ceux qui n’avaient pas le même sang qu’eux. Au contraire : la pitié envers les "inférieurs" humilie le véritable aryen et peut témoigner de ses propres origines douteuses.

Je pense que ça ne vaut pas la peine de continuer à énumérer d’autres traits caractéristiques, tout le monde a eu des cours d’histoires. Revenons donc à nos affaires ukrainiennes. Je suis d’accord avec mon collègue que, par le rapport à l’Ukraine, souvent on parle des nazis pour faire de l’esprit, ou à court d’arguments. Lorsqu’il est plus simple de coller une étiquette que d’aller au fond des choses. Les Ukrainiens que j’ai pu croiser n’ont fait que tourner leur index contre leur tempe et me demander si nous sommes tous devenus complètement fous, chez nous en Russie, pour faire d’eux des nazis.

Eh non, nous ne sommes pas fous. Moi, honnêtement, je cherche à y voir clair pour savoir s’il y a des nazis en Ukraine contemporaine. Je pense qu’il y en a. Non pas parce que des morveux du "Secteur droit" ou des soi disant ultras du foot utilisent des symboles nazis légèrement transformés, copient l’uniforme de Wehrmacht : képi, veston, ceinturon. Et non pas non plus, parce qu’on a traduit en ukrainien la vocifération nazie "Sieg Heil !" qui donne maintenant "Gloire à l’Ukraine- Gloire aux héros". Ce n’est que du mimétisme provenant d’un sentiment de faiblesse et de l’infantilisme : soi disant, si tu ressemble aux grands et terribles soldats hitlériens, tu hériteras d’un peu de leur gloire et de leur force.

Des hommes et des femmes sérieux et respectables, ceux qui travaillent honnêtement dans leur bureaux et usines, payent leurs impôts, élèvent des enfants, ne portent pas de croix gammées - des chemises brodées tout au plus. Et pour le moins du monde ils ne se considèrent pas être nazis. Ils sont simplement persuadés de leur supériorité initiale par rapport aux "vatniks" (NDT : "des vestes ouatinées", vêtements portés en Russie par la période des froids par les ouvriers travaillant dehors, surnom donné aux habitants de Donbass, région minière, pour faire allusion à leurs origines prolétaires) et aux "colorades" ("doryphore" en russe, pour faire l’allusion aux couleurs du ruban Saint-Georges, emblème patriotique russe) , en d’autres termes par rapport aux Russes tout court, du fait d’être Ukrainiens, eux. Puisque pour un véritable Ukrainien de nos jours, les Russes ne sont pas tout à fait des êtres humains, un peu comme des slaves pour des aryens. Et comme pour des aryens qui sont maintenant disparus, la compassion ou même la simple compréhension envers les "vatniks" est une honte, et relève presque d’une trahison.

Les femmes ukrainiennes se font sincèrement du souci pour leurs maris et leur fils envoyés aux combats, et se désolent devant chaque avis de décès reçue depuis la zone ou se déroule l’Opération antiterroriste (NDT : euphémisme kiévien pour éviter de parler de la guerre civile) ce qui n’est qu’une réaction humaine et normale. Mais lorsqu’on a brûlé vifs ceux qui manifestaient contre le Maïdan dans la Maison des Syndicats à Odessa, lorsqu’on a étranglé des femmes enceintes, lorsqu’on a achevé des blessés à coups des bâts de baseball, ces mères et ces épouses, leurs maris et leurs fils s’exerceraient à faire de l’esprit, et s’échangeaient sur les résaux sociaux des répliques sur les "grillades façon Odessa" ou des "biftecks cuits à cœur". Tandis que les meurtres quotidiens des "terroristes" au Sud-Est, enfants compris, est une source de fierté pour la classe ukrainienne moyenne. On est bien allé jusqu’à lancer des appels à exterminer plusieurs millions d’habitants de son propre pays pour ne plus avoir d’obstacles à faire fièrement partie des européens. Qui aux yeux des ukrainiens "consciencieux" sont synonyme d’une race suprême.

D’ailleurs, pas seulement des Ukrainiens "consciencieux". Bien avant le Maïdan de Kiev, la foi en supériorité intrinsèque des valeurs européennes est devenue une idée fixe pour les peuples Baltes. "Le vaccin contre le nazisme", comme a remarqué Vladimir Poutine, perd de son efficacité dans certain pays de l’Europe. Et ça ne se voit pas toujours. En apparence, les Ukrainiens qui nous sont si proches et si chers, sont restés les mêmes qu’avant : ils ne portent pas l’uniforme noire, on peut toujours venir leur rendre visite, on peut parler russe en toute tranquillité dans les rues de Kiev et de Lvov. Peut-être ils ne sont pas tous devenus nazis, ou plutôt, ils n’ont pas tous participé à l’Oradour-sur-Glane d’Odessa. Mais quelle est la différence entre les nazis convaincus et ceux qui ne font que les soutenir ? Pour ceux qui se font tuer, aucune. Alors, qu’ils ne se vexent pas.

19 octobre 2014

Vladimir Novkov,
Nevskoïe Vremia


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