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Déclaration de Nadine Gordimer en faveur de la libération des cinq cubains prisonniers politiques aux Etats-Unis - Par Gloria Gonzalez Justo

samedi 20 février 2010, par Comité Valmy


Nadine Gordimer, écrivaine sud-africaine, prix Nobel de littérature, qui se trouve à Cuba en qualité d’invitée d’honneur de la Foire internationale du livre 2010, a lu cette déclaration au Centre de presse internationale.

Hier, mardi 16 février, j’ai rencontré les familles des cinq prisonniers politiques cubains incarcérés aux États-unis depuis 11 ans. J’ai pu ainsi constater le drame que traverse ces familles. Les renseignements qui m’ont été fournis confirment ceux que je possédais déjà.

Le 16 et le 17 juin 1998, le gouvernement cubain a invité deux importants responsables du FBI afin de leur remettre de nombreux documents prouvant la dangerosité de plusieurs personnes résidant en Floride, impliquées dans des actes terroristes contre Cuba. Jusqu’à ce jour, aucune d’entre elles n’a été interpellée par les autorités étasuniennes, malgré les preuves en leur possession.

Trois mois plus tard, le 12 septembre 1998, le FBI a arrêté cinq cubains : Antonio Guerrero, Fernando González, Gerardo Hernández, Ramón Labañino et René González. Leur crime ? Avoir infiltré, au péril de leur vie, des groupes d’origine cubaine responsables de nombreux attentats violents qui ont coûté la vie à de nombreux innocents. Depuis 1959, le terrorisme contre le peuple cubain a causé la mort de 3 478 personnes, et 2099 autres sont restées handicapées à vie.

Après un procès émaillé de nombreuses violations juridiques, les Cinq ont été condamnés à un total de 4 condamnations à perpétuité plus 77 ans, pour avoir combattu le terrorisme.

Depuis plus de 11 ans, ils sont enfermés dans différentes prisons des États-Unis.

Ces cinq cubains ont été soumis à plusieurs reprises à des traitements cruels, inhumains et dégradants. Du jour de leur arrestation au 3 février 2000, c’est à dire pendant 17 mois, ils ont été maintenus dans des cachots, sans aucun contact avec les autres détenus ou leurs gardiens.

Le 27 mai 2005, le Groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations unies a dénoncé le caractère « arbitraire » de la détention des cinq cubains, soulignant le fait que celle-ci violait les normes internationales et il exigeait un nouveau procès.

Le 9 août 2005, trois juges de la Cour d’appel du 11e Circuit d’Atlanta, ayant plus de 80 ans d’expérience, ont décidé à l’unanimité d’annuler le verdict de première instance et ils ont requis un nouveau procès.

Le 28 septembre 2005, le gouvernement des États-Unis a demandé à l’ensemble de la Cour composé de 12 juges, de reconsidérer la décision du 9 août 2005, une démarche très rare, selon les spécialistes juridiques étasuniens.

Le 9 août 2006, après de très fortes pressions politiques, la Cour d’appel d’Atlanta a rejeté la décision des 3 juges et elle a renvoyé l’affaire devant le panel [des 3 juges]

Le 27 août 2007, la défense a présenté un nouveau procès en appel. En 2008, le panel des 3 juges de la Cour d’appel d’Atlanta a ratifié les verdicts de culpabilité des Cinq, confirmant les sentences contre Gerardo et René. Il a annulé celles de Ramón, d’Antonio et de Fernando, les considérant comme incorrectes, et il a renvoyé leur affaire devant la Cour du district de Miami pour que de nouvelles sentences leur soient appliquées.

A cette occasion, la Cour d’appel a conclu à l’unanimité qu’il n’existait aucune preuve d’obtention ou de transmission de renseignements secrets ou relevant de la défense nationale.

En 2009, la Cour Suprême des États-Unis, à la demande de l’administration Obama, a refusé de reconsidérer l’affaire.

Les témoignages des familles démontrent la torture psychologique et morale à laquelle elles ont été soumises par le gouvernement et les autorités judiciaires étasuniens. Olga Salanueva, épouse de René González, ainsi qu’Adriana Pérez épouse de Gerardo Hernández, n’ont toujours pas été autorisées à rendre visite à leur époux. Le 25 juin 2002, après cinq ans d’attente, Adriana Pérez a obtenu un visa pour aller voir son époux emprisonné à Los Angeles. Mais à son arrivée aux États-Unis, le FBI l’a arrêté, l’a interrogée pendant 11 heures, puis l’a expulsé à Cuba, sans qu’elle ait pu rendre visite à son compagnon. Cela fait plus de 11 ans qu’Adriana n’a pas vu Gerardo et 10 ans qu’Olga n’a pas vu René. Une telle cruauté est inacceptable !

Aujourd’hui, après ma rencontre avec les familles, j’ai pu mesurer la dignité et le courage de ces mères et de ces épouses qui endurent, avec une force de caractère saisissante, cette brutalité inhumaine, depuis plus d’une décennie.

Je veux me joindre à leur exigence de justice en faveur de ces cinq cubains innocents. Je demande au gouvernement du président Obama leur libération immédiate. Je lance également un appel aux citoyens du monde : le moment est venu de mettre un terme à la souffrance des cinq cubains et de leur famille.

Nadine Gordimer

La Havane, 17 février 2010

Une autre voix s’est faite entendre dans la même salle en faveur des Cinq : celle de Rask Morakabe, un ancien prisonnier politique pendant l’apartheid sud-africain, qui s’est dit particulièrement sensible à la situation des Cinq, expliquant qu’« en Afrique du Sud, cette affaire est très importante car nous avons vécu pendant des décennies l’emprisonnement de Nelson Mandela, et tout comme nous avons lutté pour sa libération, nous sommes persuadés que nous obtiendrons celle des Cinq. »

La veille, dans la ville de Neuquen, en Argentine, Emir Kusturica, cinéaste et musicien serbe, a aussi réclamé que justice soit faite, et a sommé le président étasunien de lever les condamnations.


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