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La nouvelle Rada ou l’unification par la force du paysage (politique) ukrainien
par Karine Bechet-Golovko

lundi 27 octobre 2014, par Comité Valmy


La nouvelle Rada ou l’unification par la force du paysage (politique) ukrainien

Hier se sont déroulées les élections parlementaires en Ukraine, ces élections qui sont censées remplir plusieurs fonctions : légitimer la prise de pouvoir qui a eu lieu avec Maïdan et que les élections présidentielles n’ont pu totalement couvrir, harmoniser le champ politique, exclure l’opposition et en finir avec le Donbass. Parler de la légalité de ces opérations électorales est un non sens, mais il n’en reste pas moins important d’en analyser les résultats. Et Poroshenko est en totale concurrence avec Yatséniuk et Turchinov, les partis extrémistes font environ 20% et il apparaît un "indépendant" de Lvov à environ 10% qui propose une 3e voie. L’électorat des "pro-russes" représenté par le Bloc d’opposition tombe à moins de 10%. Une configuration hautement conflictuelle se met en place. Pourtant un changement de taille ne doit pas être négligé. Pour la première fois, on ne peut plus dire que l’Ukraine est divisée entre l’électorat de l’Est et celui de l’Ouest. L’unification par la force a gagné : cette division politique n’existe plus, les pro-russes ont été détruits, physiquement et politiquement. Et là est le véritable enjeu de ces élections, enjeu dont on ne maîtrise pas encore toutes les conséquences.

A 25% du décompte des voix, le Bloc Poroshenko et le Front populaire de Yatséniuk et Turchinov n’arrivent pas à se départager à environ 21% chacun. Le parti du maire de Lvov arrive à la surprise générale à 10,5%, le Bloc d’opposition tourne autour de 9%, Liachko stagne à 7,6% et le parti de Timoshenko arrive péniblement à 5,8%. Selon la Commission électorale, le parti Svoboda qui était attendu à plus de 6% n’a pas passé la barrière des 5% et ne sera pas représenté à la Rada. Le taux de participation officiel est de 52,42%, ce qui est assez faible vu les enjeux. Mais pour la composition finale, il faudra attendre aussi les résultats des élections des candidats indépendants, qui ne se sont pas présentés sur une liste. Et les personnalités fortes peuvent ici apparaître.

Quelques remarques :

La question de la légalité est presque absurde. Ces élections sont certainement les plus sales que l’Ukraine n’ait jamais connues. Évincement des partis d’oppositions (Parti communiste et Parti des régions), achat massif des voix, la "lustration des poubelles" en période pré-électorale, menace contre les candidats, etc. Sans oublier que tous les bureaux de vote n’ont pas été ouverts en raison du conflit armé sur le territoire et ainsi la Rada comptera 30 députés de moins. Le Donbass ne sera pas représenté à la nouvelle Rada, ce qui déjà va poser quelques difficultés pour pouvoir régler la situation. Et ne manquera pas de poser la question de sa légitimité.

Sur le plan de la légitimité, les résultats ne sont pas meilleurs. Les résultats ne sont légitimes que pour ceux qui ont intérêts à les voir ainsi. Ainsi, sans même être sûr d’avoir gagné, sans savoir comment gouverner, P. Poroshenko annonce déjà que le parti de la paix a gagné. Ce qui permettrait en fait de légitimer les élections, au moins aux yeux de la communauté internationale et de la Russie. La Communauté internationale peut ainsi continuer à ne pas voir ce qui se passe en Ukraine et la Russie peut espérer normaliser la situation tout en protégeant ses intérêts. Pourtant, la radicalisation de la Rada est officialisée.

Comme cela était attendu, la Rada s’est radicalisée, même si cela ne s’est pas fait comme les analystes l’envisageaient. Chacun attendait une véritable victoire de Poroshenko, compensée par une entrée triomphale de Liachko. Finalement, Poroshenko commence déjà à négocier, car sans coalition il ne pourra gouverner, puisqu’il est dépassé par Yatséniuk et Turchinov, qui renforcent ainsi leur position, et Liachko a fait un score beaucoup plus faible qu’il ne s’y attendait, son électorat finalement étant surtout regroupé dans l’ouest du pays. En fait, les radicaux sont à la fois officiellement représentés à la Rada, notamment avec le parti de Liachko, et maintenant aussi par le parti de Timoshenko, mais les deux partis gagnants ne sont pas composés que de pacifistes, loin de là. Il ne faut pas oublier que le parti de Yatséniuk et de Turchinov, issu de Maïdan, était il y a encore peu considéré comme parti de la guerre. Donc les rebaptiser aussi rapidement comme le fait Poroshenko est illusoire. Ensuite, pour ne prendre qu’un exemple, des individus comme Kolomoïsky ont des hommes dans chaque parti. Le but est de pouvoir infléchir la politique générale, quel que soit le parti ou la coalition de partis au pouvoir. Finalement, les radicaux et extrémistes, même s’ils ne dirigent pas officiellement le pays, vont avoir une influence directe sur l’évolution de la situation. Et cela va se renforcer avec les résultats des élus indépendants. Ainsi, Iaroch (Secteur droit) qui était candidat dans la région de Kolomoïsky va être élu et entrer à la Rada. Il faut encore voir quels seront les autres.

Sans oublier que dans le cadre de la "coalition", Poroshenko annonce déjà vouloir gouverner avec tous les représentants de Maïdan pour renforcer la politique de rapprochement avec l’Europe. Il envisageait même Svoboda, l’allié de la première heure, avant que celui-ci ne puisse dépasser la barrière des 5%. En quoi Svoboda peut-il représenter les valeurs européennes, personnellement je ne vois pas très bien, mais Poroshenko et ses sponsors semblent avoir une vision très particulière de la question.

C’est certainement pour cette raison que les politiciens et analystes russes n’attendent pas autre chose de la nouvelle Rada que la continuation, voire le renforcement, de la politique anti-russe qui était déjà menée. Certains espèrent toutefois que les députés ouvriront les yeux et mèneront au minimum une politique qui tienne compte des réalités, c’est-à-dire qu’ils chercheront à restaurer les liens avec leurs collègues russes afin de régler toutes les questions en instances. En d’autres termes, la Russie est n’est pas dupes de la signification des résultats des élections législatives ukrainiennes, mais espèrent toujours que finalement le bon sens gagnera. Comme l’on dit en russe, l’espoir meurt le dernier.

Tout cela est vrai si l’on centre l’analyse des résultats sur les relations russo-ukrainiennes. Pourtant, il y a un enjeu interne ukrainien fondamental. Et là, la victoire est sans conteste. Pour la première fois, l’électorat, et donc la représentation à la Rada, n’est plus divisée entre l’est et l’ouest, entre pro-russe et autres. L’Est a été rayé de la carte, la population pro-russe étouffée, tuée ou exilée. Donc l’électorat n’est plus significatif. Il n’en reste plus que les 10% environ du Bloc d’opposition. Et déjà l’on ne peut plus parler de la division de l’électorat ukrainien. La première victoire a été remportée par les sponsors de Maïdan : l’électorat a été unifié par la force. L’on ne pourra plus parler de l’Ukraine de l’est et de l’Ukraine de l’ouest. Ce n’est plus un marqueur politique, l’est a été rayé. Et l’ampleur des conséquences de ce changement radicale de paysage politique reste encore à analyser.

Karine Bechet-Golovko
lundi 27 octobre 2014

Russie politics


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