COMITE VALMY

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Au fil des jours et des lectures n°60 - 28 Février 2010

LE BALOUTCHISTAN, ABCES INTERNATIONAL - Comaguer

comaguer@orange.fr

dimanche 28 février 2010, par Comité Valmy


Le Baloutchistan n’est pas un Etat et cette région d’Asie n’a connu dans l’Histoire qu’une seule période d’unité politique, les 68 ans de règne de Nassir Khan dans la seconde moitié du XVIII° siècle. Mais Il existe une population baloutche ayant sa propre langue –du rameau des langues iraniennes -répartie de part et d’autre de la frontière entre le Pakistan et l’Iran. A l’est la province pakistanaise du BALOUTCHISTAN, à l’Est la province iranienne du SISTAN/BALOUCHISTAN et dont le mode de vie est resté à dominante tribale.

Terres ingrates au relief tourmenté et très pauvres en eau Ces deux provinces sont peu peuplées : 1,5 million d’habitants côté iranien et entre 5 et 7 millions selon les sources côté pakistanais pour une superficie qui représente plus de 40 % de celle du Pakistan Il existe aujourd’hui un séparatisme baloutche dans chacune de ces deux provinces et malgré les précautions prises par les deux Etats pour « sécuriser » la longue frontière qui sépare ces deux provinces il est très probable que des relations existent entre les mouvements séparatistes de part et d’autre.

Ce séparatisme vient de faire une nouvelle irruption dans les grands médias de masse occidentaux et en particulier en France. Mais alors que les médias français de masse ont consacré ces jours-ci dans leur rubrique internationale une place importante à la capture par les services secrets iraniens du principal responsable du mouvement JOUNDALLAH, elle semble ignorer que la France abrite un mouvement séparatiste baloutche …

Le Joundallah, ce mouvement se réclamant de l’Islam Sunnite est actif depuis quelques années en Iran. Classé comme organisation terroriste par la Grande-Bretagne il a revendiqué plusieurs attentats spectaculaires en Iran, sa cible politique étant le régime islamique chiite iranien et ses victimes étant principalement les Pasdarans (gardiens de la révolution). D’après le journaliste étasunien SEYMOUR HERSH qui l’a révélé dans le NEW YORKER le 9 juillet 2008 le Joundallah a reçu des fonds des Etats-Unis à la demande de George W.BUSH. Il se serait partagé 400 millions de dollars avec Al Qaida et les Moujaheddin-e-Khalq

Le dernier évènement est donc la capture par les services secrets iraniens du chef du JOUNDALLAH : Abdolmalek RIGHI

Les circonstances de cette capture* -voir in fine -, telles qu’elles sont relatées par les grandes agences de presse sont étranges. Il aurait été capturé comme passager d’un vol civil reliant le Pakistan à un pays arabe (non précisé) au cours du survol du golfe Persique par cet avion. Aucune précision n’est donnée sur la compagnie aérienne qui aurait laissé effectuer cette capture en plein ciel ni sur l’aéroport où le captif a été débarqué. Il semble exclu qu’Abdolmalek RIGHI, l’homme le plus recherché d’Iran ait voyagé dans un avion iranien. Les photos diffusées par les agences de presse le montrent tranquillement au pied de la passerelle d’un avion – de taille moyenne - encadré de quatre « ninjas » encagoulés de noir. Cette photo a manifestement été prise en Iran, mais d’où venait Righi ?

D’autres sources ne parlent pas d’arrestation en plein ciel mais de capture sur le sol iranien, l’avion ayant été « contraint » (comment ? par qui ? sans protestations diplomatiques ?) Ce point reste donc à éclaircir.

Toutes ces incertitudes sur le déroulement des faits ne doivent pas faire oublier que depuis des mois l’Iran réclamait au Pakistan qui avait déjà extradé en 2009 plusieurs dirigeants du JOUNDALLAH parmi lesquels Abdolhamid Righi, frère d’Abdolmalek, l’extradition d’Abdolmalek lui-même. Entretemps Abdolhamid et ses compagnons ont été condamnés et pendus. Si donc le Pakistan a accédé sans le reconnaitre officiellement à la demande de Téhéran il n’ignore rien de ce qui attend Abdolmalek Righi qui payera ainsi la mort dans des attentats suicides revendiqués par le Joundallah de plusieurs dizaines de pasdarans. La question qui se pose alors est celle d’une possibilité de début de riposte commune des deux gouvernements de l’Iran et du Pakistan au séparatisme baloutche.

Officiellement il n’y a pas un séparatisme baloutche unifié des deux côtés de la frontière et le JOUNDALLAH s’en prend uniquement au régime iranien, mais les autorités pakistanaises ont bien trouvé les extradés de 2009 sur leur territoire et Abdolmalek venait bien du Pakistan au moment de son arrestation.

Qu’en est-il du séparatisme baloutche côté pakistanais ? Il a pris une forme armée (attentats et sabotages) à partir de 2004. Sévèrement réprimé ensuite par l’armée pakistanaise il semble être aujourd’hui à la recherche d’une démarche plus politique permettant au projet stratégique de l’impérialisme étasunien d’avancer en pleine lumière.

Ce projet est très simplement résumé par la carte ci-dessus établie par l’Etat major de l’armée US. Le BALUCHISTAN LIBRE créé en assemblant les territoires baloutches iraniens et pakistanais assure un débouché maritime à un Afghanistan sous domination US, s’appropriant le port de Gwadar construit par la Chine et offrant aux régions occidentales de cette dernière un accès à la mer via le Pakistan et torpillant le projet de nouvelle base navale pakistanaise au voisinage immédiat de GWADAR. Pour sortir des cartons de l’armée US, ce projet doit trouver une expression publique plus large.

L’opération est en cours. Elle s’organise autour de l’AMERICAN FRIENDS OF BALUCHISTAN une association /lobby comme il en existe beaucoup aux Etats-Unis. Elle réclame l’indépendance et mène campagne contre les essais nucléaires au Baloutchistan (en effet le caractère aride et semi-désertique de la région a conduit le Pakistan à y réaliser ses essais nucléaires de 1998). Cette association a organisé les 21 et 22 Novembre 2009 à Washington une grande conférence internationale pour promouvoir ses objectifs

Cette première opération de modelage de l’opinion vient d’être suivie d’une seconde tenue cette semaine à Bangkok. Sous le titre « BALOUCHISTAN, HIER, AUJOURDHUI, DEMAIN, REPONDRE AUX DEFIS » elle était organisée par la BALOCH VOICE FOUDATION (Fondation pour la voix baloutche).Les orateurs ont explicitement plaidé pour un ETAT BALOUTCHE souverain.

LA BALOCH VOICE FOUNDATION a son siège à Paris où elle a été créée par un banquier d’origine baloutche MUNIR MENGAL. Elle y bénéficie de l’appui de REPORTERS SANS FRONTIERES et ne peut être ignorée des pouvoirs publics et des services de renseignement français en particulier dans la mesure où son objectif est de porter atteinte à l’intégrité territoriale de deux Etats souverains avec lesquels la France entretient des relations diplomatiques.

De création récente LA BALOCH VOICE FOUNDATION serait soutenue par le think tank étasunien JAMESTOWN FOUNDATION.

Quelques réflexions d’ensemble sur ces évènements récents : Le projet de BALOUTCHISTAN LIBRE s’inscrit dans le grand dessein de l’impérialisme dans la région : maitriser les routes stratégiques à partir du bastion afghan, encercler la Chine et entraver le développement de la politique de structuration économique de l’espace d’Asie Centrale promue par l’ORGANISATION DE COOPERATION DE SHANGHAI.

Il vise directement deux Etats : le premier, l’adversaire déclaré : l’IRAN, l’autre , Le PAKISTAN qui a rendu de grands services mais qui désormais dérange une politique visant à faire de l’Inde le nouveau partenaire privilégié supposé être le seul capable à terme de contrebalancer l’influence chinoise sur l’Asie. Cette nouvelle donne rappelle l’extrême versatilité de l’impérialisme US qui a jusqu’en 1979 (chute du Shah) investi l’Iran du rôle de gendarme régional puis a transmis le relais au Pakistan (pour répondre à l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS) et tente aujourd’hui de redistribuer les cartes.

Mais la coopération de ces deux Etats, même non affichée, dans la répression de la JOUNDALLAH indique qu’ils ont bien compris être victimes des mêmes manœuvres impériales et il reste à espérer que tous ceux qui veulent, depuis l’extérieur de la région, mettre de l’huile sur le feu religieux et créer un conflit caricatural : IRAN CHIITE contre PAKISTAN SUNNITE, en soient pour leurs frais.

En accueillant sur son sol la BALOCH VOICE FOUNDATION, la France de son côté confirme, bien au-delà de son engagement militaire en Afghanistan, son implication profonde dans la politique de guerre et de domination des Etats-Unis en Asie, témoignant ainsi d’un acharnement fébrile à s’inviter à la table de tous les festins impérialistes même quand son couvert n’a pas été mis.

*Dernière heure : dimanche 28 Février 11h

Selon l’agence iranienne PressTV (réseau satellitaire en langue anglaise), Righi est passé à des aveux qui peuvent être résumés ainsi

« Contacté par l’administration Obama il lui a été assuré des moyens financiers et militaires importants pour déstabiliser l’Iran qui ne pouvait pas être attaqué directement. Présent en Afghanistan avant sa capture il lui a été proposé par un émissaire de la CIA se rendre à Dubaï où il rencontrerait une personne qui le conduirait jusqu’à la base US de Manas au Kirghizstan pour une rencontre importante »

Righi est entre les mains des iraniens et pour cette raison, ses aveux doivent être regardés avec circonspection. Cependant leur cohérence avec notre analyse de la situation plaide pour leur véracité.

Et deux évènements récents de DUBAI, qui est décidément un endroit très fréquenté par ces messieurs de l’ombre, sont à mettre en parallèle : d’un côté l’assassinat de Mahmoud al Mahbou par un commando manipulé pas les services secrets israéliens, de l’autre l’enlèvement d’Abdolmalek Righi par les services secrets iraniens

c’est-à-dire du côté israélien une « n et unième » opération de liquidation physique sans bénéfice politique, et du côté iranien un coup politique de grande portée.


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