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#JeSuisVolnovakha# : les limites d’une technologie
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 15 janvier 2015, par Comité Valmy


#JeSuisVolnovakha# : les limites d’une technologie

Le 13 janvier, un attentat sanguinaire, gratuit, stupide, bref un attentat a encore touché des civils dans le Donbass, à côté de la ville de Volnovakha. Des passagers, dans un bus qui allait vers Donetsk, tous des civils, semblent avoir été tué par une roquette qui a explosé à proximité du bus, mais d’autres versions existent comme celle d’une mine ou d’une bombe. 12 morts, 16 blessés. Alors que le cessez-le-feu est encore - formellement - en vigueur. La visite de Poroshenko à Paris, sa participation à la grande marche républicaine, comme il est convenu de l’appeler, lui a donné des idées, ou les commanditaires ont eu cette idée.

Et pourquoi ne pas reprendre le schéma : glorification des victimes, récupération politique, journée de deuil national et durcissement de la politique intérieure avec le soutien de la communauté internationale. Le plan a en partie marché, pour ce qui correspond au durcissement, mais il aurait marché de toute manière. Pourtant, la sauce n’a pas pris, tout le monde ne peut pas être Charlie. Pourquoi ?

Ce bus de ligne passait simplement par là, là où la guerre est sensée ne pas exister, là où la paix est sensée se reconstruire. Ils en sont morts. Les ukrainiens, évidemment, comme à chaque fois, renvoient la responsabilité des massacres vers les combattants et donc vers la Russie, ce qui en général permet à la communauté internationale de prendre des sanctions contre la Russie avant que toute enquête n’ait aboutie. Car aucune enquête, à ce jour, n’a jamais aboutie, qu’elle soit menée par les autorités ukrainiennes qui doivent donc se juger elles-mêmes ou par des "commissions internationales". Etrange. Ni sur les snipers qui ont permis d’ensanglanter le Maïdan et de faire tomber le régime qui résistait, ni sur Odessa qui a permis de bloquer le révolte des territoires contre le putsch à Kiev, ni contre le Boeing qui a permis de bloquer le recul de l’armée ukrainienne dans la zone de combat.

En quoi ce bus est-il si différent ? Une commission d’enquête sous l’égide de l’OSCE avec les ukrainiens, les représentants du Donbass et les représentants de la Russie doivent mener une enquête, qui devrait débuter le 15 janvier. On verra si des conclusions seront possibles.

Sans perdre de temps, le pouvoir à Kiev s’est pourtant empressé de récupérer la situation. Poroshenko, censé appartenir au clan des "pacifistes", a signé, le 14 janvier, l’ordre de mobilisation partielle. C’est le 4e, si je ne me trompe pas dans les comptes. Yatséniuk et son Front populaire, classé dans le camp de la guerre, demande au ministère de la justice de reconnaître les République de Donetsk et de Lugansk comme des organisations terroristes qui agissent pour le compte de la Russie. Une requête identique est adressée aux instances européennes et à la communauté internationale.

Juste une question idiote : si l’enquête démontre une "erreur" de tir de l’armée ukrainienne, qui est très active ces derniers jours et a été bien équipée comme l’affirme le Président lui-même avec fierté, sera-t-il possible de déclarer le pouvoir ukrainien actuel comme terroriste ? Question idiote ... Simplement, dans ce cas, comme dans les autres, l’enquête n’aboutira pas.

Pour autant, malgré toute l’énergie dégagée par Poroshenko et Yatséniuk afin de faire bouger le monde entier face à ces civils massacrés par les méchants terroristes, les réactions sont pauvres. La Pologne a adressé un message de soutien aux familles des victimes. Et c’est tout.

Pourquoi cela ne marche pas ? Pourquoi #JeSuisVolnovakha# ne fera pas bouger les foules ? Pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, ces civils sont des anonymes. Et les gens ne peuvent et ne veulent s’identifier à de pauvres diables qui se sont fait massacrés, mal habillés, prenant bêtement le bus, sans aucunes revendications, dans un conflit que l’on ne veut pas voir. Pas de revendication religieuses, ni politiques. Rien. Que de pauvres personnes. Il y en a tant qui meurent, alors pourquoi ceux-ci plutôt que d’autres ? Il faut bien faire un choix, on ne peut pas pleurer tout le monde, le coeur n’est en général pas assez grand. Et il y a suffisamment de conflits dans le monde avec des victimes bien identifiables, les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Les gentils kurdes contre tous les autres méchants. Les gentils combattants islamistes modérés contre le méchant pouvoir syrien. Etc.

Ensuite, la douleur collective, ça se construit, ça se met en scène, pour que la société puisse en accoucher en même temps, comme un seul homme - ou plutôt comme une seule femme. Et ici que dire. Où sont les journalistes ? Où est la presse internationale qui va expliquer que des innocents sont morts, le répéter, le marteler, qui va mettre en scène l’identité de chaque victime, la rendre unique, donc proche. Aucun lien n’a été créé entre ces victimes et "l’auditoire" international potentiel.

Pourtant, de la bonne volonté, il y en a dans nos société. Mais pourquoi expliquer aux gens que le régime démocratique que l’Occident soutient contre la méchante Russie risque de pouvoir commettre des actes pareils ? A quoi bon réveiller les consciences collectives qui ont d’autres chats à fouetter ? A chacun ses terroristes finalement et Dieu reconnaîtra les siens.

Et enfin, les victimes doivent pouvoir être socialement "canonisées". Or, depuis un an environ, le pouvoir ukrainien explique que ces habitants de l’Est sont des terroristes, sont presque des sous-hommes. Qui va naturellement se mobiliser en Ukraine ? Personne. Spontanément, personne. Sans oublier que l’hiver s’est installé, avec ses coupures d’électricité, ses prix qui augmentent tous les jours, les manques de produits et de médicaments, le problème du chauffage etc.

La tentative du pouvoir ukrainien pour récupérer la technologie qui permet aujourd’hui à la France de s’occuper à coup d’arrestations applaudies et de condamnations à de la prison ferme des terroristes présumés, des humoristes de mauvais goûts et de ceux qui osent critiquer, tous amalgamés dans un même sac, pour la plus grande inefficacité de la lutte réelle contre le terrorisme, cette technologie ne peut pas marcher en Ukraine. Ce ne sont pas les bonnes victimes.

D’un autre côté, l’Ukraine n’en a pas besoin. L’Occident la couvre, couvre ses crimes de guerre, ses atteintes à l’état de droit, toutes les violations possibles et imaginables, puisqu’elle est passée sous tutelle expresse étrangère. Ce qui n’est pas le cas de la France, à qui l’Histoire oblige de tenir les apparences. Enfin, pour l’instant.

Certes, Poroshenko aussi aurait aimé sauvé les apparences. Mettre un peu de romantisme et d’humanisme dans tout ce sang. Mais, pour cela, il aurait du y penser plus tôt. Trop de sang à couler. Il n’a plus le choix. Soit la victoire militaire, soit la prison ou la mort.

Karine Bechet-Golovko
jeudi 15 janvier 2015

Russie politics


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