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Du sort tragique de Charlie Hebdo et de la comédie qui s’ensuivit
Par Fida Dakroub

samedi 7 février 2015, par Comité Valmy


Du sort tragique de Charlie Hebdo et de la comédie qui s’ensuivit

Généralités

Le matin du 7 janvier (heure de l’est, Canada) - c’est-à-dire le jour de l’attaque terroriste contre le journal Charlie Hebdo - assise dans le fauteuil à bascule en osier, mon thé vert sur la table devant moi, je regardais la télé. Droguée par la propagande et la manipulation médiatique, n’ayant su s’il fallait en avaler de plus ou s’il fallait m’en échapper vers la cuisine, où j’eus plantai en plein hiver de roses, de fougères et de bégonias pour me protéger des maux du siècle, lorsque je commençai à quitter le sol et à m’élever avec le fauteuil dans lequel j’étais assise. Je me redressai à peine et haussai les épaules, quand la voix de l’animateur m’arriva à travers la fumée de l’encens tibétain que je brûlais dans l’espoir qu’un jour j’arriverais à éloigner de mon appartement les effets négatifs de l’impérialisme, de la mondialisation, de la crise économique, du racisme, de l’homophobie, de l’antisémitisme et du chômage qui s’y accumulaient chaque nuit. Or, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être ; et la fumigation que je brûlais pour éliminer les mauvaises énergies résultant de la mondialisation me trahit en m’en attrapant d’autres. J’étais en effet en contemplation devant un réseau d’information (canadien francophone) - je me fusse mieux exprimée, si j’eusse ajouté le préfixe dés à information -, et la voix de l’animateur annonçait une fusillade ; où ? à Paris. Aucun détail. Plus tard dans la matinée, les nouvelles se précipitèrent de la capitale du shopping indiquant l’assassinat de l’équipe de rédaction de Charlie Hebdo par deux terroristes djihadistes ( je m’arrête ici, car la suite n’est qu’un tas de détails sanglants).

Des médias mainstream, augures de l’Empire

C’est la norme ! Chaque fois que le terrorisme frappe au cœur de l’Empire ou dans l’une de ses provinces, les marabouts et les augures de la désinformation officielle se précipitent aux chaînes d’info pour lire les présages et interpréter les volontés de Jupiter, maître des signes. Or, qu’est-ce qu’un marabout peut nous offrir autre que de se proposer de résoudre tout type de problèmes ? Et qu’est-ce qu’un augure peut nous raconter autre que des préceptes retenus par cœur et transmis d’un sacerdos1 à un autre ? Chaque fois que l’on veut consulter les présages, ces augures récitent de nouveau les mêmes préceptes déjà psalmodiés. Rien de nouveau, rien d’objectif, rien de réel. Tout fut bien préparé, bien rédigé, bien encodé par le pontifex maximus2 et distribué en ordre du jour à tous les médias dominants. Or, avoir confiance aux augures est un jeu dangereux avec un bénéfice et un risque, une arme à double tranchant qui peut se retourner contre celui qui l’emploie. L’exemple notoire d’Octave en fait preuve. Octave, sur la foi des Chaldéens, des devins et des sibyllistes, qui lui promettaient un changement favorable, prit le parti de rester à Rome. Ce consul (...) avait malheureusement le plus grand faible pour la divination, et passait beaucoup plus de temps avec des devins et des charlatans, qu’avec des militaires et des hommes d’État. Marius avant d’entrer dans Rome, envoya des satellites qui arrachèrent Octave de son tribunal, et l’égorgèrent sur la place publique. On trouva, dit-on, dans son sein, après sa mort, un horoscope de sa naissance, dressé par un Chaldéen ; et il parut singulier que, de ces deux généraux célèbres, la même confiance en la divination eût remis Marius sur pied, et perdu Octave :

Octavius, however, remained behind. A number of Chaldaean astrologers, professional inspectors of sacrifices, and interpreters of the Sibylline books had induced him [Octavius] to believe that all would be well (...) he was unbalanced, spending more of his time with charlatans and soothsayers than with men of political or military distinction. What happened to him was that, before Marius entered Rome, he was dragged down from the public platform in the forum and down from the public platform in the forum and butchered by men who had been sent on in advance (...) They say that a Chaldaean document was found on his person after the murder. It was something not very easy to explain - that one of these two famous leaders, Marius, did well through paying attention to prophecies, while the other, Octavius, was destroyed by them. (Plutarch, 57)3.

Lorsque le président américain Bush II, qui était un des plus puissants seigneurs de la Maison-Blanche, décida de « libérer » l’Irak pour y établir la démocratie démocratique, sans connaissance aucune de la complexité géopolitique du Moyen-Orient ni de ses antagonismes ethniques et religieux, il consulta les augures néoconservateurs du collège du Grand Pontife, Paul Wolfowitz. Ces derniers lui assurèrent que l’Iran ne pourrait jamais dominer l’Irak, car les chiites irakiens étaient arabes tandis que les chiites iraniens étaient persans, et que « monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres4 ». (Voltaire, « Candide... », 46) ».

Quelle absurdité ! Quelle ineptie ! [Ô George] malheureux fils de Pélée, ta mère t’a nourri de bile5 (Homère, « Iliade », v. 203).

Malheureusement, les conséquences d’une telle divination furent tragiques pour monsieur le président, mais catastrophiques pour le peuple irakien :

The scale of the American miscalculation is striking. Before the Iraq War began, its neoconservative architects argued that conferring power on Iraq’s Shiites would serve to undermine Iran because Iraq’s Shiites, controlling the faith’s two holiest cities, would, in the words of then deputy defence secretary Paul Wolfowitz, be "an independent source of authority for the Shia religion emerging in a country that is democratic and pro-Western". Furthermore they argued, Iran could never dominate Iraq, because the Iraqi Shiites are Arabs and the Iranian Shiites are Persian. It was a theory that, unfortunately, had no connection to reality6. (Galbraith, « Unintended Consequences... », 69).

Des analystes ; des experts ; des spécialistes ; des universitaires ; des chercheurs ; des écrivains ; des journalistes ; des fanfarons et des hâbleurs, perroquets de la désinformation médiatique ; des charmeurs de serpents qui maîtrisaient l’art d’hypnotiser les masses ; des prophètes et des messies, guérisseurs de lépreux, jouissant d’immunités et de privilèges honorifiques ; ils portaient tous la toge prétexte7 ; des places d’honneur leur furent offertes aux centres de recherche stratégique et aux médias les plus prestigieux ; ils étaient exempts, sauf cas exceptionnels et d’urgente nécessité, de toute erreur ; de rôles déterminés leur furent attribués, de fonctions précises leur furent accordées : interpréter les auspices des centres de pouvoir et en créer un discours dominant, celui de la désinformation.

C’est la tragédie de l’histoire humaine !

Mais qu’est-ce que la désinformation ? La désinformation est un ensemble de techniques de communication visant à donner une fausse image de la réalité, dans le but de protéger des intérêts privés et d’influencer l’opinion publique. Souvent, cette fausse image est créée à travers une série d’omissions voulues et bien réfléchies.

Du sort tragique de Charlie Hebdo et de la comédie qui s’ensuivit

Après la tragédie, l’idylle ; après l’éclatement de balles au siège Charlie Hebdo, le tambourinage du défilé des hypocrites dans les rues de Paris.

Immédiatement après la fusillade, l’État chercha à exploiter le sentiment de peur et la confusion régnant au sein de l’opinion publique qui, pour la première fois depuis les attaques de l’OAS dans les années 1960, se trouva terrifiée par la précision avec laquelle les terroristes eurent manœuvré les armes automatiques Kalachnikov ; une véritable scène de guerre qu’on voit se dérouler depuis quatre ans dans les rues de villes syriennes, car les auteurs de tels actes tragiques sont souvent les mêmes ; de véritables combattants, dans leur façon de bouger, de tirer, de tuer de sang-froid, pas en rafales pour ne pas gaspiller de cartouches, mais avec un ou deux coups sur chaque victime. Le peuple français fut en choc ! L’attaque était spectaculaire dans tous ses détails, dans toute l’horreur qu’elle créa, aussi spectaculaire que les attentats du 11-Septembre.

Or, pour faire sortir le peuple français du choc qu’il subit ; pour dissiper la peur qui s’en résulta ; pour détourner les masses de la réalité amère ; pour cacher l’échec des services de renseignements à épargner le peuple de la colère d’Arès, dieu des larmes ; pour éviter toute interrogation de type « Vents incertains ! où nous emportera ce flot ? » (Eschyle, « Les Suppliantes », 55)8 ; pour tout cela, l’État persuada le peuple à sortir dans les rues et à participer au cirque de la liberté d’expression. Ainsi, sur les artères aux alentours de la place de la République, la foule dense déborda. Soixante chefs d’État et de gouvernement se défilèrent en rangs serrés, comme de vrais légionnaires romains ; je n’en citerai que quelques-uns, parmi les plus emblématiques : Gebrane Bassil (Liban), David Cameron (Grande-Bretagne), Matteo Renzi (Italie), Angela Merkel (Allemagne), Petro Porochenko (Ukraine), délégation qatarie (Qatar), Mahamadou Issoufou (Niger), Mahmoud Abbas (Palestine), Benjamin Netanyahou (Israël), Abdallah II (Jordanie), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali) et beaucoup d’autres ; ils se précipitèrent à prendre leurs places dans une forêt de drapeaux tricolores brandis par des citoyens de toutes origines : des Chinois, des Kurdes, des Français, des Allemands, des Africains, des Arabes, des Inuits, des Sumériens, des Étrusques, des Teutons, des Vandales et des Wisigoths. Soudain, la foule scanda sous des tonnerres d’applaudissements : « Liberté ! », « Charlie ! ».

Ô Zeus père, qui veilles sur l’Ida, très grand, très glorieux, quel bonheur de voir tous ces dirigeants réunis autour de votre fils, le Bien-aimé ! Parmi eux, il se trouva aussi des cages pleines d’oiseaux, des aras effrontés, des perroquets royaux qui chantaient « Je suis Charlie » en si-bémol, sous les regards étonnés des émirs et sultans arabes, membres de la délégation qatarie pour les droits de l’homme ; et sur le côté de la place, de nombreux CRS, de centaines de journalistes, mais aussi une foule de marabouts qui exhibaient la dernière et ahurissante découverte des savants de Thèbes. Nous dûmes d’abord, tout en montrant notre gratitude à Zeus Cronide, nous féliciter de la présence de nombreux chefs d’État et de gouvernement mondiaux ; nous dûmes aussi être fiers que, malgré l’écrasement brutal des libertés publiques presque partout dans le monde, et leur doux étouffement en Occident depuis les attentats du 11-Septembre, il se trouva encore de vrais combattants de liberté ; nous dûmes enfin, remercier Leurs Majestés et Leurs Altesses, les émirs et sultans arabes, qui, malgré l’heure de la sieste dans leur résidence des faubourgs, se rassemblèrent en délégation à la place de la République pour exprimer leur attachement aux valeurs démocratiques et aux libertés publiques, mais hélas ! trois fois hélas ! cette célébration fut ternie plutôt par la présence, en tête du cortège parisien, de ces dirigeants mondiaux que par la présence de la poule qui pondait des œufs en or au son du tambourin.

C’est la comédie de l’histoire humaine !

Autrement dit, maintenant que le défilé est fini ; que les représentants de la classe politique ont prononcé leurs discours patriotiques et ont pris de photos mémorielles ; que les dirigeants mondiaux ont exprimé leur solidarité avec la France, leur affection aux valeurs démocratiques et leur respect à la liberté d’expression ; et que les poules ont sauté sur leurs perchoirs, il est temps de comprendre et d’analyser au lieu de chanter et de danser, car comprendre et analyser pour informer est la seule posture qui permettra aux peuples de s’épargner des conséquences catastrophiques résultant des politiques aventuristes de leurs dirigeants. Sans cela, on risque de subir tant de malheurs, et « ni soleil ni lune ne [resteront] saufs » (Homère, « Iliade », v. 367)9.

Le 11-Septembre / 7-Janvier : où s’en trouve la responsabilité des dirigeants occidentaux ?

S’il est vrai que l’attaque terroriste contre le siège de Charlie Hebdo a choqué l’opinion publique et l’a horrifiée par la mort violente de 12 personnes en plein centre de Paris, il est non moins vrai que cette attaque nous a aussi mis devant un tas énorme de questions sur les causes et les conséquences qui y sont impliquées. La question impérative à ce sujet reste toujours de préciser les causes qui ont mené à cette attaque, et d’en déterminer les conséquences ; ce que les augures des médias dominants ne prennent pas la peine à y répondre.

1. Le 11-Septembre ou l’implication de Washington dans l’armement des moudjahidines

Dans son livre sorti au lendemain des attentats du 11-Septembre « War and Globalisation. The Truth behind September 11 », Michel Chossudovsky approche lesdits attentats comme une conséquence et non pas comme une cause. Autrement dit, l’implication des É.-U. dans des « sales affaires » avec les moudjahidines afghans mena aux attentats du 11-Septembre :

With the active encouragement of the CIA and Pakistan’s ISI, who wanted to turn the Afghan Jihad into a global war waged by all Muslim states against the Soviet Union, some 35,000 Muslim radicals from 40 Islamic countries joined Afghanistan’s fight between 1982 and 1992. Tens of thousands more came to study in Pakistan madrasahs. Eventually, more than 100,000 foreign Muslims radicals were directly influenced by the Afghan Jihad10.

En effet, entre 1980 -89, l’Empire américain s’impliqua dans un jeu dangereux : recruter, parmi les nations musulmanes, des djihadistes sunnites pour en créer de troupes militairement entrainées dans des camps établis par la CIA et les services de renseignements pakistanais et saoudiens, et idéologiquement endoctrinés dans des écoles religieuses, madrasah (arabe) ou madraseh (persan), et cela dans le but de mener une guerre de guérillas aux troupes soviétiques en Afghanistan. Nous nous rappelons, si je ne me trompe pas, comment les médias dominants présentèrent les moudjahidines afghans comme des « combattants de la liberté ». Il suffit de voir en ce sens le film de James Bond « Tuer n’est pas jouer » pour en faire preuve. Lisons-nous au paragraphe suivant de Chossudovsky (2002) :

The Central Intelligence Agency using Pakistan’s ISI played a key role in training the Mujahideen. In turn, the CIA-sponsored guerrilla training was integrated with the teachings of Islam. The madrasas were set up by Wahabi fundamentalists financed out of Saudi Arabia : "[I]t was the government of the United States who supported Pakistani dictator General Zia-ul Haq in creating thousands of religious schools, from which the germs of the Taliban emerged"11.

Quant au conflit d’intérêts entre Washington et les moudjahidines, Chossudovsky (2002) montre que la montée de l’islam radical partout dans le monde ne s’oppose pas aux intérêts des É.-U., au contraire, cette montée pourrait leur être utile :

U.S. foreign policy is not geared towards curbing the tide of Islamic fundamentalism. In fact, it is quite the opposite. The significant development of "radical Islam", in the wake of September 11, in the Middle East and Central Asia is consistent with Washington’s hidden agenda12.

Pendant la guerre en Afghanistan (1980 -1989), Washington, pour encourager les djihadistes dans leur lutte contre les troupes soviétiques, se montrait en faveur de l’établissement d’un califat dans les républiques musulmanes de l’Union soviétique. A fortiori, Chossudovsky (2002) indique que l’établissement d’un califat en Asie centrale était, durant la guerre d’Afghanistan, dans l’intérêt de Washington :

The "caliphate project" encroaches upon Chinese territorial sovereignty. Supported by various Wahabi "foundations" from the Gulf States, secessionism on China’s Western frontier is, one again, consistent with U.S. strategic interests in Central Asia13.

Cependant, une fois la guerre fut terminée et l’Union soviétique démembrée, Washington changea ses calculs, et l’établissement d’un califat en Asie centrale ne fut plus sa priorité ; au contraire, Washington se trouva obligée de se retirer des promesses qu’elle eut faites à ce propos. Par contre, elle permit en lieu et place la prise du pouvoir à Kaboul par les talibans :

While the Western media (which echoes the Bush administration) portrays the Taliban and Osama bin Laden’s Al Qaeda as the "incarnation of evil", they fail to mention that Taliban’s coming to power in Afghanistan 1996 was the result of U.S. military aid, channelled to Taliban and Al Qaeda forces through Pakistan’s ISI14.

De nos jours, les É.-U., les Européens et leurs subordonnés arabiques revivent l’établissement d’un califat en Syrie et en Irak.

2. Le 7-Janvier ou l’implication de Paris dans l’armement des djihadistes

C’est une absurdité de dire que les É.-U. et l’Europe s’opposent au projet d’un califat au Moyen-Orient. Au contraire, un tel projet tombe dans l’intérêt direct de Washington qui cherche à empêcher l’Iran d’établir un « croissant chiite » s’étendant de l’Iran jusqu’au Liban tout en passant par l’Irak et la Syrie :


Tandis que le Département d’État US accuse plusieurs pays « d’héberger des terroristes », les États-Unis sont, au niveau mondial, le « Sponsor Étatique du Terrorisme » Numéro Un : l’État Islamique de l’Irak et d’al-Sham (ISIS, Islamic State of Iraq and al-Sham, ndlr) – qui sévit à la fois en Syrie et en Irak – est soutenu en sous-main par les USA et leurs alliés, dont la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar.


De plus, le projet de califat sunnite de l’État Islamique de l’Irak et d’al-Sham coïncide avec un project US visant à découper l’Irak et la Syrie en territoires distincts : un Califat Islamique Sunnite, une République Arabe Chiite, une République du Kurdistan, entre autres (...) L’État Islamique de l’Irak et d’al-Sham (ISIS) est souvent pris pour une « entité indépendante » plutôt qu’un instrument de l’alliance militaire occidentale15.

Or, ce mariage d’intérêt entre l’Occident et l’islam radical, comme tout autre mariage, connait des épisodes de « chicanes » et de malentendus ; et lorsque les djihadistes islamistes se sentent trompés par l’Occident, ils expriment leur colère en des attaques terroristes contre les intérêts occidentaux. Cependant, cette colère passagère ne touche pas aux infrastructures des intérêts stratégiques qui lient l’Occident aux groupes terroristes. Il reste à dire que ceux qui paient le coût, lors d’une chicane entre les deux parties, sont toujours les civils. L’attaque contre Charlie Hebdo, comme les attentats du 11-Septembre, doit être lue dans ce contexte précis : l’implication de l’Occident dans de sales affaires avec les djihadistes, la première fois en Afghanistan et la seconde fois en Syrie.

En ce qui concerne l’attaque contre Charlie Hebdo, les services de renseignement français confirmèrent que l’un des agresseurs eut suivi, en 2011, un stage complet de préparation militaire dans un campement d’al-Qaïda de Yémen. Cette découverte n’étonna pas l’opinion publique qui n’attendait pas à que les auteurs de l’attaque eussent participé à la Guerre de Troie ! Pourtant, ce qui fut fort étonnant c’est que, selon les preuves fournies par la presse, l’Arabie Saoudite et le Qatar eurent dépensé plus de 4 milliards de dollars américains pour générer l’instabilité à large échelle en Syrie par le recrutement, l’entrainement, l’endoctrinement, par l’armement et l’infiltration des djihadistes, tout cela en connaissances des capitales occidentales qui ne cachèrent pas leur joie ni leur impatience au jour où le palais présidentiel à Damas tomberait aux mains des djihadistes :


Presque 10000 citoyens européens, à côté d’autres dizaines de milliers du Moyen-Orient, ont été recrutés, payés en avance et transportés dans des campements clandestins d’instruction du type terroriste. En dehors de la préparation militaire, ces recrues ont été aussi bénéficiaires d’un lavage de cerveau, d’un endoctrinement du type religieux16.

En outre, la France fut directement impliquée dans l’armement de groupes terroristes en Syrie. Ainsi qu’en témoigne l’entretien exclusif du président français, François Hollande au « Monde ». M. Hollande confirma, pour la première fois, que la France eut soutenu la « rébellion syrienne démocratique » - selon lui - en lui livrant des armes17.


Selon une source officielle, plusieurs livraisons ont été effectuées l’an dernier par des voies clandestines. Le matériel comprenait notamment des mitrailleuses de calibre 12.7 mm, des lance-roquettes, des gilets pare-balles, des jumelles de visée nocturne et des moyens de communication, mais aucun « équipement qui aurait pu se retourner contre nous », tels que des explosifs18.

De façon similaire, le gouvernement britannique considéra envoyer des armes aux « rebelles modérés » qui, en réalité, n’étaient que des combattants du Front al-Nousra, une « franchise » d’al-Qaïda en Syrie. Lisons-nous au paragraphe suivant :


The British Government is considering sending weapons to the moderate rebel fighters, arguing that a failure to do so would not only further empower President Assad but also weaken future potential Western allies. The bulk of the arms that get into opposition areas in Syria go to Islamist rebels, courtesy of wealthy benefactors in the Gulf, especially Qatar19.

Or, nous savons bien que la prétendue « rébellion démocratique en Syrie » n’est qu’un écran de fumée utilisé par les dirigeants occidentaux pour couvrir leur implication aux sales affaires avec les groupes djihadistes en Syrie. En plus, la plupart des armes envoyées en Syrie par l’Occident furent tombées dans les mains des djihadistes, comme l’indiqua bien The New York Times en 2012 :

Most of the arms shipped at the behest of Saudi Arabia and Qatar to supply Syrian rebel groups fighting the government of Bashar al-Assad are going to hard-line Islamic jihadists, and not the more secular opposition groups that the West wants to bolster, according to American officials and Middle Eastern diplomats (...) American officials have been trying to understand why hard-line Islamists have received the lion’s share of the arms shipped to the Syrian opposition through the shadowy pipeline with roots in Qatar, and, to a lesser degree, Saudi Arabia20.

Assad avertit l’Europe et les États-Unis : Hodie mihi, cras tibi !

Le 19 avril 2013, le président Assad avertit l’Europe et les É.-U. de payer pour leur soutien aux rebelles, et ses avertissements furent basés sur des faits et des données des opérations militaires en Syrie. Selon ces faits, de milliers de combattants islamistes, qui furent aussi de citoyens européens, eurent achevé leur stage en Syrie et revinrent dans leurs pays d’origine, endoctrinés et préparés pour mener la lutte à Paris, Rome, Berlin, Londres, Copenhague et partout en Europe :


« Assad a averti que l’Europe et les USA paieraient pour leur soutien aux rebelles "car ces derniers sont des terroristes et des bandits". Il a comparé les événements actuels avec le soutien américain des moujahids en Afghanistan dans les années 1980, qui a engendré Al-Qaïda et Oussama Ben Laden. Le dirigeant syrien a également mis en garde contre les conséquences néfastes de cette situation pour la Jordanie qui est devenue un point de transit pour les rebelles et les armements »21.

Pourtant, comment fut la réaction des capitales occidentales impliquées dans la guerre contre la Syrie à l’avertissement du président syrien ? Le point suivant est indispensable à la compréhension des causes réelles - et non fictives - des dernières attaques terroristes dans les rues de Paris. Au lieu de prendre les avertissements du président Assad au sérieux, les capitales occidentales impliquées dans la guerre en Syrie décidèrent d’envoyer plus d’armes aux groupes armés. Assad les avertit de nouveau dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung :

« In an interview with a German newspaper, he [Assad] said that arming the insurgents would strengthen terrorism in "Europe’s backyard" and lead to chaos and poverty in Syria. Speaking to the Frankfurter Allgemeine Zeitung, Mr Assad warned that lifting the arms embargo would also lead to "the direct export of terrorism to Europe." He said : "Terrorists will train for combat and return home equipped with extremist ideology. For Europe, there is no alternative to cooperation with the Syrian government, even if Europe doesn’t like it." »22.

Hodie mihi, cras tibi ! eût dit Assad. C’est dans ce contexte précis qu’il faut lire les attaques terroristes du 7-Janvier dans les rues de Paris ; c’est-à-dire dans le contexte de l’implication de l’Europe et des É.-U. dans des sales affaires avec les terroristes. Autrement dit, l’armement, le financement et l’entrainement des groupes djihadistes en Syrie par l’Occident facilitèrent la tâche auxdits groupes pour frapper au cœur de Paris ; Hic jacet lupus !

Fida Dakroub

Source :
http://malaise.hypotheses.org/201

Notes
[1] Dans la religion romaine antique, le sacerdos est un personnage officiel chargé du soin, de la surveillance, du contrôle de tout ce qui concernait les dieux, de tout objet ou de tout être qui leur appartenait, de tout acte qui s’adressait à eux et de tout phénomène considéré comme un signe particulier de leur volonté. En latin, le mot sacerdos vient de l’adjectif sacer « sacré » et dos, mot rattaché à la racine da, qui exprime l’idée de donner.
[2] Dans la Rome antique, pontifex maximus est le titre donné au grand prêtre à la tête du collège des pontifes. Ce titre est le plus élevé de la religion romaine.
[3] Plutarch. Fall of the Roman Republic. Translated by Rex Warner. Penguin Classics : London, 1979, p. 57.
[4] Voltaire. Candide ou L’Optimisme. Paris : Le Livre de Poche, 1995, 218 p.
[5] Homère. Iliade. Traduction de Jean-Louis Backès. Paris : Gallimard, 2013, 698 p.
[6] Galbraith W. Peter. (2008). Unintended Consequences. How War in Iraq Strengthened America’s Enemies. New York : Simon & Schuster, 203 p.
[7] Dans l’ancienne Rome, la toge prétexte, Toga praetexta, est une toge blanche bordée d’une bande de pourpre utilisée par les magistrats dits curules et par les garçons de moins de 16 ans.
[8] Eschyle. Les Suppliantes. In Tragédies complètes. Traduction de Paul Mazon. Paris : Gallimard, 1982, 433 p.
[9] « Ni soleil ni lune n’étaient restés saufs », Homère, ibid.
[10] Chossudovsky, Michel (2002). War and Globalisation. The Truth behind September 11. Canada : Global Outlook, p. 18 -19.
[11] Ibid., p. 21.
[12] Ibid., p. 33.
[13] Ibid., p. 32.
[14] Ibid., p. 4.
[15] Chossudovsky, Michel. (22 novembre 2014). « La mondialisation de la guerre ». In Mondialisation.ca, récupéré le 27 janvier 2015 dehttp://www.mondialisation.ca/la-mondialisation-de-la-guerre/5415618
[16] Vasilescu, Valentin. (11 janvier 2015). « L’attaque terroriste contre la rédaction Charlie Hebdo, conséquence de la politique globale occidentale ? ». In Mondialisation.ca, récupéré le 22 janvier 2015 dehttp://www.mondialisation.ca/lattaque-terroriste-contre-la-redaction-charlie-hebdo-consequence-de-la-politique-globale-occidentale/5423987
[17] Le Monde. (20 août 2014). « François Hollande confirme avoir livré des armes aux rebelles en Syrie ». Récupéré le 27 janvier 2015 dehttp://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/20/la-france-a-bien-livre-des-armes-aux-rebelles-en-syrie_4473715_823448.html#DhcEPuCRFLHyiRpQ.99
[18] Barthe, Benjamin ; Cyril Bensimon ; Yves-Michel Riols. (21 août 2014). « Comment et pourquoi la France a livré des armes aux rebelles en Syrie ». In Le Monde, récupéré le 27 janvier 2015 dehttp://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/08/21/comment-paris-a-livre-des-armes-aux-rebelles-syriens_4475027_3218.html#YmoA0LxYiwCUsMai.99
[19] Sengupta, Kim. (11 août 2013). « Revealed : What the West has given Syria’s rebels ». In The Independent, récupéré le 23 janvier 2015 dehttp://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/revealed-what-the-west-has-given-syrias-rebels-8756447.html
[20] Sanger, David E. ( 14 octobre 2012). « Rebel Arms Flow Is Said to Benefit Jihadists in Syria ». In The New York Times, récupéré le 27 janvier 2015 dehttp://www.nytimes.com/2012/10/15/world/middleeast/jihadists-receiving-most-arms-sent-to-syrian-rebels.html ?pagewanted=all&_r=0
[21] Ria Novosti. (19 avril 2013). « Bachar al-Assad menace les "colonialistes" qui "soutiennent Al-Qaïda" ». Récupéré le 22 janvier 2015 dehttp://fr.ria.ru/presse_russe/20130419/198119456.html
[22] The Telegraph. 17 juin 2013). « Syria’s Bashar al-Assad warns Europe to ’pay price’ for arming rebels », récupéré le 23 janvier 2015 dehttp://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/10125455/Syrias-Bashar-al-Assad-warns-Europe-to-pay-price-for-arming-rebels.html

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est collaborateur régulier du Centre de recherche sur la mondialisation / Centre for Research


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