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Quand Igor Shuvalov se prend pour le sauveur de la Russie
par Karine Bechet-Golovko

mardi 3 février 2015, par Comité Valmy


Quand en 2008, les libéraux au pouvoir veulent sortir la Russie de la crise

Quand Igor Shuvalov se prend pour le sauveur de la Russie

Les périodes de crises donnent des ailes. Mais pas toujours aux grands hommes. D’autres y voient d’excellentes opportunités, qu’ils savent saisir. C’est ainsi qu’ils font carrière. Et la crise économique que traverse la Russie réveille les appétits. Voire la grandiloquence. Ici, Igor Shuvalov, vice premier-ministre en charge du bloc socio-économique depuis 2008, a voulu monter à la tribune de Davos et se lancer comme homme providentiel. Oubliant juste en passant que la crise systémique de l’économie russe vient de la mauvaise gestion de la sortie de la crise de 2008, dont il était en charge. Mais c’est un détail.

A Davos, au Forum économique, les délégations nationales viennent expliquer aux investisseurs à quel point leur marché est intéressant, de conclure des contrats. C’est pourquoi, généralement, ils enjolivent la situation. Cela fait partie des règles du jeu. Sauf une. La délégation russe. Et I. Shuvalov a fait fureur, mais pas forcément dans le bon sens du terme, en noircissant le tableau au-delà du pensable vu le contexte, et en n’envisageant absolument pas sa responsabilité ni celle du Gouvernement.

Il a ainsi n’eut de cesse d’expliquer que la Russie est dans une situation de crise économique structurelle, qui date en réalité de bien avant les sanctions et la chute du prix du pétrole. Mais plutôt de la sortie de crise de 2008, puisque, quand le prix du pétrole est remonté, le Gouvernement n’a pas pris les mesures nécessaires pour restructurer l’économie. Chacun est retourné à ses habitudes.

A ce moment, I. Shuvalov était déjà en charge de la question, justement au Gouvernement, mais il n’en parle pas. Et il prévient que cette crise est encore pire que celle de 2008, que les particuliers et les entrepreneurs vont devoir apprendre à vivre dans une autre réalité et que le plan anti-crise du Gouvernement va les aider à négocier un atterrissage catastrophe. Donc le Gouvernement ne prévoit pas de solution mais a sorti un stock de sparadraps pour amortir la chute ? Etrange déclaration.

Le plan en lui-même n’a pour l’instant rien d’exceptionnel. Il s’agit d’un soutien aux secteurs productifs, aux PME, à l’agriculture. Et il faut voir où il faudra couper le robinet. Je ne suis pas économiste, mais à premier vue, il est difficile de parler d’une réforme structurelle, réforme qu’est en droit d’attendre la population si la crise est à ce point justement structurelle et non conjoncturelle, c’est-à-dire liée au contexte géopolitique. Et ce plan est à tel point inconsistant que, dès à présent, il est prévu de le modifier alors qu’il ne peut déjà avoir produit d’effets. Mais n’étant pas économiste, je m’arrêterai là. Juste à citer l’économiste M. Déliaguine qui insiste sur la responsabilité du Gouvernement et de ce clan autoproclamé libéral qui a développé, notamment, les emprunts en dollars et non en roubles. M. Deliaguine les accuse directement d’être au service de l’idéologie de la globalisation, qui est au cœur de la crise actuelle. En ce sens, les mesures qui sont prises ne peuvent être efficace pour sortir le pays de la crise car le Gouvernement est prisonnier de son parti-pris idéologique.

Il est déjà amusant de voir confier un plan de crise à la personne qui soit par sa vision du monde, soit par son incompétence, est directement impliqué dans la situation économique actuelle du pays. Mais quand en plus cet individu hurle à tout vent, devant des investisseurs potentiels, que la crise est terrible et le sera pour longtemps. Que ces cris de détresses sont poussés sur la scène internationale. L’on en arrive vraiment à se poser des questions. Juste après le discours d’Obama parlant du crash économique russe. Que les économistes remettent en cause puisque les paramètres restent bon.

I. Shuvalov fait-il la différence entre la scène internationale et une réunion fermée du Conseil des ministres ? Si oui, son attitude n’appelle que la "démission pour sauver l’honneur", si non son incompétence demande sa destitution. Ce qui pourrait être justement un signal fort de réforme structurelle : la mise en place réelle de mécanismes de responsabilité politique au sein de l’exécutif, en attendant la distinction du politique de l’économique.

Karine Bechet-Golovko
lundi 2 février 2015

Russie politics


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