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Le voyage de quatre parlementaires à Damas...
La bourde de Gérard…
Proche&Moyen-Orient.ch

lundi 2 mars 2015, par Comité Valmy


EDITORIENT

La bourde de Gérard…

Le voyage de quatre parlementaires français à Damas « a fait le buzz », comme disent les jeunes gens. Depuis la fermeture de l’ambassade de France à Damas en mars 2012, c’est effectivement le premier événement officiel qui pose les bonnes questions sur une relation bilatérale brutalement et unilatéralement interrompue par Paris, sur la coopération des services de renseignement et sur l’utilité, sinon la fonction minimale du métier.

Malheureusement, le format et le cadrage d’une telle visite ont été quelque peu improvisés et brouillés par la présence de « porteurs d’affaires » et d’ex-barbouzes, présents à la périphérie de cet événement important. Quoiqu’il en soit, ces impuretés logistiques ne méritaient pas le flot de colères et d’injures, plus ou moins maîtrisées, des autorités françaises : le président de la République et le Premier ministre ont préféré dire qu’ils n’étaient pas au courant (ce qui est une contre-vérité, sinon un pur mensonge) ; la très kouchnérienne présidente de la Commission des Affaires étrangères a condamné clairement l’opération, tandis que le patron du Parti socialiste en a profité pour traiter à nouveau le président syrien de « boucher », comme s’il était le seul responsable d’une guerre civile qui a fait plus de 200 000 morts… Symptomatique d’une prétention bien française à dire la morale et le droit avant même de procéder à une expertise politique, militaire et diplomatique factuelle, équilibrée et honnête. Quelques jours avant cette visite, le représentant spécial des Nations unies chargé de la Syrie, Staffan de Mistura - fin connaisseur du Proche-Orient -, déclarait que « le président Bachar al-Assad fait partie de la solution… » C’était sans compter avec les certitudes a priori de certaines élites françaises qui semblent avoir oublié les enseignements de Montesquieu sur la séparation des pouvoirs… mais surtout cette modestie qui consiste tout simplement à écouter le terrain…

En définitive, la délégation française a rencontré le président du Parlement syrien Jihad Allaham, le ministre des Affaires Etrangères Walid Moallem, le vice-ministre des Affaires Etrangères Ayman Soussan, l’ambassadeur de Syrie à Beyrouth, ainsi que le grand Mufti, Ahmad Badr Al Din Hassoun, entouré du patriarche catholique Grégorius III et du patriarche Grec Orthodoxe Ignace IV Hazim, qui soutiennent la politique du régime. Après la visite d’un hôpital, d’une ancienne école accueillant des réfugiés et du Lycée français Charles de Gaulle de Damas qui continue à former quelques 250 enfants franco-syriens, les parlementaires se sont entretenus avec une délégation américaine dirigée par l’ex-Attorney-General à la Cour suprême, Ramzy Clark, attestant qu’il existe bien des contacts avec les Américains.

Dans son communiqué du 27 février, Jacques Myard, député-maire de Maisons-Laffitte (l’un des quatre parlementaires) fait, notamment trois remarques : « 1) il n’existe pas, à ce stade, de possibilités de victoire militaire sur le terrain d’un parti ou de l’autre. Le gouvernement tient une grande partie du pays (60 % ?) mais il existe toujours des zones d’insécurité y compris dans le voisinage de Damas. Les terroristes syriens seraient entre 50 et 80 000 selon diverses sources ; 2) l’ensemble de nos interlocuteurs nous ont clairement indiqué que si la France continue à exiger le départ de Bachar au motif qu’il est infréquentable, la Syrie éclatera car il est le seul à pouvoir maintenir l’unité de l’armée, le Liban sera balayé, le chaos s’installera dans tout le Proche et Moyen Orient ; 3) seul un règlement politique peut ramener la paix : Damas a donné son accord pour un cessez le feu de cinq semaines au représentant de l’ONU qui négocie avec plusieurs groupes d’insurgés à Alep, alors que Moscou poursuit des négociations directes entre le gouvernement et des représentants de l’opposition. Le gouvernement a mis en place un Comité de conciliation nationale avec des députés Kurdes qui déclarent « leur volonté de rester dans la patrie syrienne ». L’amnistie a été accordée à des terroristes repentis qui ont déposé les armes ».

Il conclut : « il est évident qu’au-delà des postures qui ne font en rien avancer la sortie du conflit, il faut des initiatives pour avancer à petits pas. Le point n’est pas de savoir si on aime ou pas Bachar, il est un élément du conflit incontournable. Exiger son départ, c’est à coup sûr, poursuivre une guerre civile pendant des années (…) Paris doit urgemment changer de politique en Syrie. Certains experts dénoncent l’incohérence de la France dans la lutte contre les terroristes. Nous luttons contre eux au Sahel, au Mali, au Nord Nigéria, en Irak, mais nous avons une politique confuse et brouillée en Syrie. A l’Assemblée Nationale, Alain Marsaud a montré aux députés des fusils Famas, livrés à l’opposition dite modérée et qui se sont retrouvés dans les mains d’Al Nosra. Tous nos interlocuteurs, au-delà du cercle gouvernemental, ont dénoncé le double langage et la complicité de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie, ce dernier pays commerce avec Dae’ch et lui permet ainsi d’avoir des subsides financiers importants ».

Enfin, reprenant ces différents points, la délégation française s’est longuement entretenue avec le président Bachar Al-Assad à l’exception du député PS Gérard Bapt qui avait pourtant fait le voyage… Bombardé de coups de téléphone, tant du chef de son parti que de l’Elysée, le député toulousain a eu peur de se faire gronder et d’être sanctionné… S’il convenait certainement de mieux évaluer les conséquences que ne manquerait pas d’avoir un tel voyage avant de prendre l’avion, il fallait tout aussi certainement faire preuve d’un peu de courage politique et assumer l’ensemble de cette visite importante, y compris la visite au président syrien. Heureusement, Jacques Myard a eu ce courage et de nombreux citoyens français et européens l’en remercient et saluent sa rigueur, sa probité intellectuelle et morale, ainsi que son sens des responsabilités.

2 mars 2015
La rédaction

Source : Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique


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